Tensions entre les États-Unis et l’Iran

Entre « bluff » et bras de fer

Annonce du déploiement d’un porte-avions américain au Moyen-Orient, imposition de sanctions draconiennes contre l’Iran, mystérieux sabotage de quatre pétroliers et attaque d’un oléoduc saoudien par des rebelles chiites près de l’Iran : cette semaine, la température diplomatique a grimpé près du point d’ébullition dans la région du golfe Persique. Avant de redescendre de quelques degrés.

Les deux pays au centre de l’escalade, les États-Unis et l’Iran, sont peut-être à couteaux tirés depuis près de 40 ans, l’escalade soudaine n’a pas moins surpris à peu près tous les experts de la région.

Tout a commencé le 5 mai lorsque le principal conseiller du président des États-Unis en matière de sécurité nationale, John Bolton, a annoncé le déplacement du porte-avions USS Abraham Lincoln et de sa force de frappe de la Méditerranée au golfe Persique. Le lendemain, le secrétaire de la Défense américain affirmait que le déploiement était une « réponse à des indications d’une menace crédible de la part des forces du régime iranien ».

Ces déclarations ont été le début d’un bras de fer entre les deux pays.

« On ne sait pas trop ce qui a déclenché tout ça, mais les États-Unis ont sorti l’artillerie lourde tout d’un coup : le porte-avions, les B-52, le retrait de diplomates de la région, les sanctions », dit Pierre Pahlavi, professeur au département des études de la défense du Collège des Forces canadiennes. 

« Cependant, si on prend du recul, on voit que ça s’inscrit dans une volonté des États-Unis de renvoyer l’Iran dans sa sphère d’influence. » — Pierre Pahlavi

Depuis 2001, début de la guerre contre le terrorisme de George W. Bush, l’Iran a étendu les ailes de son influence au Moyen-Orient, jouant un rôle crucial – en intervenant directement ou en finançant des groupes armés – dans les conflits en Irak, en Syrie, au Yémen, dans les territoires palestiniens ou encore au Bahreïn.

Cette expansion inquiète tant les États-Unis que ses deux principaux alliés dans la région, l’Arabie saoudite et Israël. « Là, les États-Unis disent à l’Iran : OK, vous avez assez joué à la superpuissance régionale, c’est fini », ajoute Pierre Pahlavi, qui estime que les États-Unis, comme au poker, ont mis tout ce qu’ils avaient sur la table pour obliger l’Iran à s’asseoir à la table de négociations.

Improbables négociations

L’administration Trump, qui s’est retirée l’an dernier de l’accord sur le nucléaire que l’Iran avait conclu en 2015 avec l’administration précédente de Barack Obama et les cinq autres plus grandes puissances mondiales, a dit ouvertement cette semaine, malgré l’aigreur des échanges avec les vis-à-vis iraniens, que la ligne téléphonique du président américain était grand ouverte pour recevoir un appel de l’ayatollah Khomeini. Selon les États-Unis, des négociations sont un prérequis pour la levée des sanctions économiques contre l’Iran.

L’invitation inspire bien peu confiance aux Iraniens. Hier, l’ambassadeur de la République islamique aux Nations unies a tourné en dérision l’offre de pourparlers. « Ils veulent avoir un bâton dans les mains, essayant d’intimider l’Iran tout en nous appelant au dialogue », a dit Majid Takht-e Ravanchi.

Pour le moment, à Téhéran, le régime des mollahs semble avoir bien peu d’appétit pour accepter cette sortie de crise. Idem pour son aile armée, les puissants Gardiens de la révolution.

Se dirige-t-on du coup vers un affrontement armé ? Thomas Juneau, professeur adjoint à l’Université d’Ottawa et spécialiste du Moyen-Orient, estime qu’une guerre est improbable. « Au sein de l’administration Trump, John Bolton et le secrétaire d’État, Mike Pompeo, sont très agressifs envers l’Iran. Bolton était ouvertement proguerre avant d’entrer dans l’administration Trump, mais, quand on est au gouvernement, on doit faire des compromis avec les autres acteurs de l’appareil étatique. Et, selon ce qu’on lit, il ne semble pas y avoir d’enthousiasme au sein du Pentagone pour un conflit avec l’Iran », soutient l’expert du Moyen-Orient, qui s’attend à une désescalade au cours des prochains jours.

Pierre Pahlavi est du même avis. « Personne ne veut que ça se transforme en guerre. Mais disons qu’on joue avec des allumettes » à côté d’un baril de poudre, dit le spécialiste, en ajoutant qu’une seule étincelle pourrait transformer ce qui semble être un « bluff » à l’américaine en véritable bras de fer régional.

Tensions entre les États-Unis et l’Iran

Douze jours d’escalade

5 mai 

Les États-Unis, prétextant une « menace » de l’Iran, annoncent le déploiement d’un porte-avions au Moyen-Orient.

7 mai 

Washington annonce aussi l’envoi de bombardiers  B-52, d’un navire de guerre et d’une batterie de missiles Patriot dans le Golfe.

8 mai 

Les autorités iraniennes annoncent qu’elles ne respecteront plus certaines clauses de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015, à moins que les pays signataires ne respectent leurs engagements. En réponse, l’administration Trump impose de nouvelles sanctions.

12 mai 

Quatre navires, dont deux pétroliers saoudiens, sont la cible « d’actes de sabotage » au large des Émirats arabes unis. L’Iran dénonce ces actes.

13 mai 

Donald Trump, niant les révélations d’un article du New York Times, affirme qu’il n’a pas l’intention d’envoyer 120 000 militaires dans le Golfe.

14 mai 

Des rebelles houthis au Yémen – réputés proches de l’Iran – lancent une attaque contre un oléoduc saoudien.

15 mai 

Affirmant qu’il y a une menace contre son personnel, le département d’État américain ordonne à son personnel diplomatique non essentiel de quitter l’Irak.

16 mai 

Le président des États-Unis, interrogé par les médias, dit qu’il « espère » qu’il n’y aura pas de guerre contre l’Iran. Téhéran rejette « toute possibilité » de négociations avec Washington. L’Arabie saoudite lance des raids aériens contre les Houthis.

17 mai 

Malgré des signes du contraire, Donald Trump affirme qu’il n’y a pas de dissension au sein de son administration à l’égard de l’Iran.

— Avec l’Agence France-Presse

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