Emy Legault

Le bonheur est à Hong Kong

Même si elle est une jeune adulte et qu’elle a l’habitude des camps ou des compétitions à l’étranger, la triathlète Emy Legault a bien dû annoncer à sa famille que ce serait différent cette fois. À ses parents et à sa sœur dont elle est très proche, il a bien fallu dire que son prochain lieu d’entraînement allait maintenant se situer à… 15 heures d’avion.

Originaire de L’Île-Perrot, tout juste à l’ouest de Montréal, Emy Legault s’entraîne depuis plus d’un an avec l’équipe nationale de Hong Kong, où elle espère engranger suffisamment d’expérience pour gagner sa place aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2020.

« Mes parents trouvent ça dur, mais ils savent que c’est mon rêve d’aller aux Jeux. Ils savent que je suis heureuse ici, et c’est tout ce qui compte pour eux. »

— Emy Legault

Âgée de 23 ans, la Montréalaise a saisi l’occasion d’aller à l’autre bout du monde lorsqu’une ancienne entraîneuse, Kyla Rollinson, a obtenu un poste auprès de l’équipe hongkongaise. Elle a décliné la première offre, en mars 2018, en raison d’un calendrier sportif chargé et de travaux universitaires à terminer. Mais l’été venu, elle a rejoint l’équipe pendant son séjour en Europe avant de la suivre lors du retour en Asie.

Et même si Kyla Rollinson est rapidement revenue au Canada, la triathlète a choisi de tester la vie au Hong Kong Sports Institute. Là-bas, elle dispose d’une piscine, d’un gymnase, d’une clinique, d’une cafétéria et d’un centre de vie. Le vélodrome n’est qu’à quelques kilomètres. Le programme hebdomadaire inclut de cinq à six séances de natation, quatre de vélo et six courses à pied.

« Il n’y a pas beaucoup de filles dans l’équipe nationale. Il y a deux filles seniors contre une dizaine de gars et ils cherchaient quelques triathlètes internationales pour venir aider le groupe féminin », précise celle qui a tout de même vécu un certain dépaysement.

« C’est spécial d’être en Asie. Je n’étais jamais allée avant et tout ce que je connaissais, c’était ce que j’avais vu dans les films. C’est une grande ville avec beaucoup de monde. L’une des choses les plus marquantes, c’est la température. La chaleur et l’humidité y sont incroyables. Aussi, ce n’est pas une langue que l’on peut reconnaître facilement », poursuit la jeune athlète, qui avait commencé le triathlon pour imiter sa grande sœur.

Bien accueillie par un « groupe gentil et respectueux » qui « s’entraide beaucoup », Emy Legault a vu certaines améliorations dans la dernière année. Les 15 et 22 septembre, par exemple, elle a pris les quatrième et septième rangs lors de deux épreuves continentales disputées au Japon. « Ce sont quand même de bons résultats. C’est mieux que ce qu’imaginait mon entraîneur. »

Son défi a davantage été du côté physique. Après une première blessure au moment de démarrer son aventure asiatique, elle a de nouveau rejoint l’infirmerie au début de la présente saison.

Un regain de passion

À travers les blessures, elle indique avoir connu ses « meilleurs résultats à vie » depuis son installation à Hong Kong. Mais ce nouveau départ n’a pas fait du bien qu’à son corps. Au cours d’une année 2018 particulièrement difficile, elle s’est même demandé si elle aimait encore le triathlon. Cette remise en question n’est plus d’actualité.

« Ce nouvel environnement positif avec de nouveaux coéquipiers et coéquipières m’a aidée à me reconstruire mentalement. Il faut vraiment être heureux pour performer et, pour moi, la question était de trouver cette place. »

— Emy Legault

Aujourd’hui gonflée à bloc, elle espère bien participer aux Jeux olympiques qui se tiendront pas trop loin, au Japon. Pour y arriver, elle devra d’abord intégrer le top 140 du classement olympique grâce aux points récoltés lors des Coupes du monde et de la Série mondiale (WTS). Le nombre de représentants de chaque pays est ensuite déterminé en fonction du classement de ses athlètes. Lors de récentes simulations réalisées par la Fédération internationale de triathlon, le Canada ne comptait qu’une seule place qui serait attribuée à Joanna Brown.

« Je suis très consciente que je ne suis pas la favorite, mais j’essaie toujours de me rappeler que les Jeux, c’est très incertain. Il y a beaucoup de choses qui peuvent arriver avant entre ceux qui vont saisir les occasions et ceux qui vont les rater, répond Emy Legault, actuellement troisième Canadienne au classement olympique. Je ne suis pas la favorite, mais je sais que j’ai quand même mes chances. Si on travaille comme il faut, ce n’est pas impossible. »

Jeux olympiques ou pas, Emy Legault se voit à Hong Kong encore un bon bout de temps. En fait, son choix est dépend du renouvellement du contrat de son entraîneur, l’Australien Stephen Moss, à l’issue du présent cycle olympique. « Je m’entends super bien avec l’entraîneur ici et j’ai confiance en cette personne-là. Si ça devait changer, il se pourrait que ce ne soit plus le bon environnement pour moi. »

Pour l’instant, donc, le bonheur est à Hong Kong.

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