Deux Québécois expulsés d’un bateau de croisière

Une mère et son fils ont été expulsés d’un bateau de croisière à Miami, le 1er février. La raison ? Deux semaines plus tôt, Marc-Anthony Dumesnil revenait d’un séjour à Pékin, en Chine. 

Martine Diotte et son fils Marc-Anthony Dumesnil prévoyaient passer la première semaine de février sous le soleil des Caraïbes, à bord de l’énorme MSC Seaside, en compagnie de 16 autres amis. C’était pour retrouver d’ex-collègues de travail de Martine et, par la même occasion, célébrer son anniversaire, le 3 février.

Les voyageurs se rendent à Miami pour monter à bord du paquebot le 1er février à 13 h 40, au premier jour de la croisière d’une semaine qui s’annonce exceptionnelle. « C’était mon premier voyage avec mon fils », raconte Martine.

À l’entrée, une hôtesse du MSC Seaside leur fait remplir un nouveau formulaire. Première question : « Avez-vous, ou une personne qui vous accompagne, voyagé en Chine au cours des 30 derniers jours ? »

Marc-Anthony est revenu d’un voyage à Pékin le 16 janvier. Il coche donc « Oui » et rend le formulaire à l’hôtesse, qui le range et lui donne le feu vert pour embarquer. Les passagers se soumettent à une prise de température par caméra thermique.

Exaltés, Marc-Anthony et Martine s’installent dans leur cabine et défont leurs valises. Mais quelques heures plus tard, les choses se gâtent. « Autour de 17 h, ils nous ont appelés à la réception », explique Martine. Une responsable de la croisière désire voir leurs passeports.

« Aussitôt que j’ai vu son visage, j’ai su ce qui allait se passer. Elle m’a dit : “Étant donné que ça fait moins de 30 jours [que vous avez quitté la Chine], vous devez quitter immédiatement le bateau.” » 

— Marc-Anthony Dumesnil

Martine refuse de laisser son fils partir seul et décide à contrecœur de quitter elle aussi le navire.

« À partir de ce moment-là, c’était comme si le feu était pris, décrit-elle. Il fallait sortir immédiatement, ils nous ont escortés, ils nous ont donné cinq minutes pour faire nos valises. J’ai demandé qu’ils me donnent dix minutes, et ils m’ont dit non. Pendant ce temps-là, ils n’avaient aucune considération, ils nous poussaient dans le dos. »

Le personnel leur dit que la toute nouvelle directive a été décidée la veille, au siège social de MSC Cruises, en Suisse, et que l’équipage en aurait pris connaissance le matin même. Le voyage était organisé en septembre, des mois avant le tumulte entourant l’éclosion du coronavirus à Wuhan.

« J’étais dans tous mes états. À un moment donné, je pensais m’évanouir. J’avais tellement d’attentes envers cette croisière-là ! »

Martine et Marc-Anthony sont finalement expulsés vers 17 h 40, sans avoir le temps de dire au revoir à leurs amis.

Une fois sur le quai, valises en main, aucune ressource n’est mise à leur disposition par MSC Cruises. 

On leur dit que 21 autres personnes ont été expulsées ou n’ont pas été admises à bord.

Après des heures passées avec une responsable du port, la mère et son fils finissent par dénicher une chambre d’hôtel à Miami, une rareté durant la fin de semaine du Super Bowl. Avec l’aide de la responsable et de Sunwing, ils reviennent le lendemain à Montréal, la mine basse.

« Ils ont vraiment improvisé »

« Ce que je déplore dans tout ça, c’est qu’à partir du moment où on met en place une telle mesure, qu’on mette aussi un groupe d’aide pour les gens qui sont expulsés, avance Martine. Ils ont vraiment improvisé. »

Si l’entreprise avait bien fait ses devoirs, estime-t-elle, jamais ils n’auraient pu monter à bord. Selon Marc-Anthony, le site web de MSC Cruises a affiché les nouvelles directives seulement le 7 février, soit une semaine après leur mésaventure. Martine et Marc-Anthony n’ont été avertis de la décision qu’après coup.

MSC Cruises n’a pas répondu aux requêtes de La Presse. Le billet de Marc-Anthony sera remboursé. Martine attend toujours une réponse de MSC Cruises.

Les bateaux de croisière sont sous la loupe depuis l’éclosion du coronavirus. Le Diamond Princess, un bateau de 3700 passagers, est coincé sur la côte de Yokohama, au Japon, depuis maintenant plus d’une semaine. Au total, 136 passagers sont infectés par le coronavirus, dont 8 Canadiens.

Les 3600 passagers d’un second bateau de croisière, le World Dream, ont été coincés pendant quatre jours à Hong Kong, jusqu’à ce que prenne fin leur quarantaine, lundi matin (heure locale). Les résultats des examens médicaux effectués à bord se sont tous révélés négatifs, et les passagers ont finalement pu regagner la terre ferme.

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