Festivulve

Un festival tabou qui fait jaser

Connaissez-vous la vulvodynie, la méditation orgasmique ou encore l’art vulvien ? C’est aujourd’hui que ça se passe. Le tout premier Festivulve est en effet lancé ce matin, à Montréal, pour 48 heures de conférences, d’ateliers et de festivités célébrant cet organe à la fois méconnu, essentiel et surtout tabou : la vulve, mesdames et messieurs.

Vous avez bien lu. Si vous avez toujours voulu coudre vos propres protège-dessous, assister à un cours de yoga sensuel ou encore réfléchir à l’influence du porno sur l’esthétisme génital, c’est maintenant ou jamais.

Si vous avez toujours rêvé de faire photographier votre vulve ou, mieux, de la faire mouler, encore une fois, c’est l’occasion rêvée.

« La révolution vulvienne est arrivée et elle est clitoridienne ! » signale le site du festival, question de donner le ton (à la fois pédagogique, coquin et un brin provocateur).

De nombreux défis

Cela fait des mois que le concept fait jaser, tant dans les médias traditionnels que sur les réseaux sociaux. Plusieurs humoristes, chroniqueurs ou observateurs s’en sont d’ailleurs donné à cœur joie, proposant à la blague de lancer leur propre festival (insérez ici le mot grivois de votre choix). Mais tout cela ne fait pas sourciller sa fondatrice, l’activiste Mel Goyer, loin de là. « Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en ! », dit-elle en riant.

Selon elle, le festival tombe d’ailleurs à point. Après la vague #metoo, « voici un événement positif pour nous redonner du pouvoir. Parce que l’éducation, c’est ça que ça fait : ça redonne du pouvoir », dit celle qui plaide haut et fort pour « l’égalité des orgasmes ».

« Voici l’occasion d’inspirer un regard différent sur cette partie du corps humain, s’éduquer, se conscientiser, informer, présenter aux gens une sexualité plus saine et égalitaire. »

— Mel Goyer, fondatrice du Festivulve

La jeune femme ne cache pas avoir dû relever plusieurs défis pour lancer son événement : censure sur Facebook (autour du mot vulve) ; censure de la part du Registraire des entreprises du Québec (qui, après avoir qualifié le concept d’« obscène, scandaleux et immoral », signale-t-elle, est finalement revenu sur sa décision) ; affaire « Hugo Chaloux », cet agresseur qui s’est fait passer pour un photographe du festival ; sans parler de toutes les attaques personnelles reçues… « On va toujours trop loin, trop vite, pour ceux qui ne vont nulle part », réagit celle qui s’étonne encore qu’on lui reproche ici d’être « provocante ».

« Est-ce qu’on dit que le Salon de l’amour et de la séduction est provocant ? Non ! Moi, je parle du corps humain et on me dit que je provoque ! »

En finir avec le tabou

« Dans l’imaginaire collectif, dans la culture populaire, il y a une omerta, une non-représentation du bas-ventre féminin, des organes génitaux, de la vulve », déplore la doctorante Sandrine Galand, qui s’intéresse au fait féminin dans la culture populaire.

Alors que, traditionnellement, tout ce qui est en lien avec le phallus est synonyme de « force et de fierté », poursuit-elle, « tout ce qui a rapport à la vulve est tabou et policé. On nous dit comment elle doit avoir l’air, avec ou sans poils, quel goût, quelle odeur… »

D’où l’intérêt d’un tel festival, croit-elle. « Fondamentalement, c’est une bonne idée. […] C’est intéressant parce qu’il faut que ça sorte du silence et du tabou. »

Quatre choses à savoir, selon la fondatrice

Le Festivulve, c’est… « l’opportunité de s’accepter et de célébrer la diversité naturelle des vulves ».

Le Festivulve, ce n’est pas… « vulgaire, pornographique, ni payé avec vos impôts ! »

Tout le monde est bienvenu : oui, même les hommes et les enfants. « Parce que si tu apprends petit que tout le monde est unique et que la communication, c’est important, tu n’auras peut-être pas la même sexualité plus tard. »

Festivulve et non Festivagin : « Parce que le vagin, c’est la partie intérieure de la femme, là où va l’homme, disait ma grand-mère. Arrêtons de mettre l’accent là-dessus, c’est le système reproducteur ! Alors que la vulve, c’est le plaisir ! »

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