Coupe Rogers

À une marche du triomphe

Âgée de 19 ans, Bianca Andreescu est devenue hier la première Canadienne à se rendre en finale de la Coupe Rogers en 50 ans. Aujourd’hui, elle aura la chance d’écrire une page d’histoire du tennis canadien, même si elle ne s’y pensait pas prête !

Coupe Rogers

Portée jusqu’en finale par les émotions !

Bianca Andreescu n’arrête pas ! Elle s’est qualifiée hier pour la finale de la Coupe Rogers en prenant la mesure de l’Américaine Sofia Kenin, 6-4, 7-6 (5). La joueuse de 19 ans, qui affrontera aujourd’hui nulle autre que Serena Williams, pourrait devenir la première championne canadienne du tournoi depuis Faye Urban, en 1969.

Fidèle à son habitude, la Torontoise s’est un peu compliqué la vie en fin de match, gâchant une avance de 5-2 en deuxième manche, avant de finalement s’imposer en jeu décisif, à sa cinquième balle de match et au terme de deux heures d’échanges acharnés.

Incrédule d’avoir accédé à la finale, Andreescu s’est caché le visage dans les mains et, après avoir salué sa rivale au filet, elle a embrassé le court et s’y est étendue afin de vivre pleinement toute l’émotion du moment.

« La raison pour laquelle j’étais si émue est que la fin du match m’a vraiment fait passer par toute la gamme des émotions. »

— Bianca Andreescu

« Et c’est incroyable aussi de penser que je suis en finale de la Coupe Rogers, après les mois difficiles que je viens de traverser et alors que je n’avais aucune attente en arrivant ici, a-t-elle expliqué. Tout cela se bousculait dans ma tête. »

La jeune joueuse a reconnu qu’elle avait bien failli laisser filer la deuxième manche : « À 5-2, c’était difficile de ne pas penser à ce qui allait arriver ensuite. Après tout, je n’étais qu’à un jeu de la victoire. Je pense que ça m’a dérangée. Et à 6-5, je ne mentirai pas, j’étais vraiment nerveuse ! J’ai essayé de rester aussi calme que possible, et je pense que cela m’a aidée à passer à travers. »

Le match opposait deux des meilleures jeunes joueuses du circuit, Kenin ayant remporté deux titres cette saison, en plus d’obtenir plusieurs victoires significatives, dont une élimination surprise de Serena Williams au troisième tour à Roland-Garros. C’était la troisième fois qu’elles s’affrontaient cette saison, Andreescu ayant gagné à Miami, alors que Kenin s’était imposée à Acapulco.

C’est toutefois Andreescu qui avait volé la vedette, avec un parcours spectaculaire jusqu’au titre à l’important tournoi d’Indian Wells. Blessée à une épaule, elle avait dû se retirer de la compétition suivante, à Miami justement, après avoir atteint le quatrième tour, et elle n’est vraiment revenue au jeu que cette semaine, à Toronto.

Sa performance est donc d’autant plus remarquable que, si son épaule semble guérie, c’est maintenant une blessure aux muscles adducteurs qui la gêne un peu dans ses mouvements. De son côté, Sofia Kenin a expliqué qu’elle était aussi blessée aux muscles adducteurs, ce qui explique son passage au vestiaire en fin de deuxième manche.

« Cela a été difficile, une rude bataille, mais je savais que ce serait ce genre de match. »

— Sofia Kenin

« Je savais aussi que je n’aurais pas un gros appui de la foule. Elle est la favorite ici, et ça ne m’a pas dérangée », a souligné l’Américaine.

« Honnêtement, je pense que la victoire aurait pu aller d’un côté comme de l’autre. J’étais bien revenue en deuxième manche et je sentais que j’aurais l’avantage si je pouvais gagner le jeu décisif. Nous nous sommes battues jusqu’au bout, dommage que cela n’ait pas tourné en ma faveur. »

Écrire l’histoire

Andreescu aura donc la chance d’écrire une page de l’histoire du tennis canadien aujourd’hui.

« Bien sûr, la pression sera forte, mais je n’ai vraiment rien à perdre. Comme je l’ai dit, je ne m’attendais assurément pas à me retrouver en finale de la Coupe Rogers. Je vais essayer de rester dans le moment présent. »

« Je sais qu’il va encore y avoir plein, plein de pensées qui vont traverser mon esprit, mais je vais essayer de garder mon calme et j’espère pouvoir aller jusqu’au bout de ce rêve. »

— Bianca Andreescu

Cette semaine, Andreescu racontait avoir assisté au tournoi alors qu’elle était encore une débutante. « Si j’étais encore cette petite fille, je ne croirais pas la personne qui me dirait que je serais un jour en finale du tournoi, c’est certain. Ça représente beaucoup pour moi. J’ai mis beaucoup de travail et je me suis consacrée à 100 % à ce sport. Mes parents ont fait de gros sacrifices pour m’aider, et c’est gratifiant de voir que tout ça rapporte aujourd’hui ! »

Serena Williams était déjà une vedette quand la petite Bianca a découvert le tennis ; c’est l’Américaine que la grande Andreescu affrontera aujourd’hui en finale.

« Ce sera un honneur de partager le court avec elle, a déclaré la Canadienne. Elle a gagné, quoi, 20, 23 tournois de Grand Chelem ? C’est une légende de notre sport. Mais quand je vais sur un court pour un match, je n’ai aucune crainte. J’espère que ce sera encore le cas quand je me retrouverai devant elle ! »

La dernière championne canadienne

Quelques mots sur Faye Urban, la dernière Canadienne à avoir remporté le tournoi, en 1969. Aujourd’hui âgée de 73 ans, Urban a été la grande dame du tennis canadien dans les années 60. Avec son amie et rivale Vicky Berner, elle a surtout brillé en double, avec notamment cinq titres au tournoi du Canada, aujourd’hui la Coupe Rogers. Elle a aussi pris part à trois finales en simple, remportant la dernière, en 1969, contre Berner, justement. Faye Urban a disputé 12 tournois du Grand Chelem, à Roland-Garros, Wimbledon et New York, atteignant le troisième tour aux Internationaux des États-Unis en 1967.

Coupe Rogers

« On ne pensait même pas être prêts… »

« C’est un peu difficile à croire, a convenu Sylvain Bruneau, l’entraîneur de Bianca Andreescu, hier en entrevue, après une autre performance exceptionnelle de la Canadienne. On ne pensait même pas être prêts pour la Coupe Rogers… »

Après qu’elle se fut blessée à l’épaule droite au printemps, Andreescu et son équipe ont traversé une longue période difficile, avec des rechutes qui ont retardé son retour à l’entraînement. Elle espérait jouer à Roland-Garros et a bien gagné un match à Paris, mais elle a déclaré forfait avant le deuxième et n’avait plus joué depuis.

« On y est vraiment allés très progressivement par la suite, vraiment au compte-gouttes, afin de ne prendre aucun risque, a expliqué l’entraîneur de la Torontoise. Nous étions à Montréal, les deux semaines avant le tournoi et nous n’étions encore sûrs de rien.

« Pourtant, quand nous sommes arrivés ici, j’ai senti quelque chose. Bianca est incroyablement douée et elle est capable de vite retrouver ses sensations quand elle revient sur un court. C’est ce qu’elle a fait ici ! »

On a donc retrouvé la joueuse qui avait bousculé l’élite du tennis féminin au printemps à Indian Wells, la combattante qui n’abandonne jamais. Hier, c’était la première fois en cinq matchs qu’elle gagnait en deux manches, mais elle a dû se livrer à fond pendant plus de deux heures.

« Quand même, wow, quelle performance ! a estimé Bruneau. À Indian Wells, elle avait eu des matchs marathons, mais aussi une couple de matchs plus faciles. Ici, avec la pression de jouer au Canada, c’est incroyablement exigeant. Je ne l’avais jamais vue aussi nerveuse quand elle a pris l’avantage 5-2 en deuxième manche. »

« Elle m’a d’ailleurs dit après le match qu’elle ne s’était jamais sentie comme ça sur un court, mais c’est la marque des champions que de savoir se ressaisir dans des situations tendues comme celle-là. »

— Sylvain Bruneau

Tout de même difficile de ne pas être impressionné par l’aplomb d’Andreescu devant une foule qui attend beaucoup d’elle. « Il y a deux ans, à sa première participation, elle était complètement passée à côté de son premier match, alors qu’elle avait raté le tournoi l’année dernière à Montréal en raison d’une blessure, a rappelé Sylvain Bruneau.

« Bianca est une joueuse bien différente cette année et, même si elle subit une très grosse pression, elle aborde chaque match avec la même assurance. Et malgré sa longue pause, son jeu est déjà au même niveau que ce printemps. Bien sûr, il y a encore du travail, mais on continue dans la bonne direction. »

Et aujourd’hui, il va y avoir une finale à jouer, contre Serena Williams.

« Je l’ai d’ailleurs vite rappelé à Bianca après le match. Ce qu’elle a fait jusqu’ici cette semaine est remarquable, mais il reste un match à jouer et il faut bien le préparer. Affronter Serena, c’est une finale de rêve, mais Bianca n’est pas facilement impressionnée et je sais qu’elle va encore tout laisser sur le court. »

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