Un dernier merci à vous, M. Benning

Elmer Benning aura dévoué corps et âme aux Canadiens durant les 47 dernières années de sa vie.

Monsieur Benning a amorcé sa carrière à titre de dépisteur pour le Tricolore dans la Ligue de l’Ouest (WHL) en 1971, en raison du manque de recruteurs pour couvrir les ligues de l’Ouest. L’homme originaire de Muenster en Saskatchewan était à ce moment pompier pour la caserne d’Edmonton. Benning aura tout de même continué à pratiquer ce métier fort important jusqu’en 1993, tout en dénichant de jeunes talents pour la formation montréalaise après avoir terminé ses journées de travail à la caserne.

L’adjoint au directeur général, Trevor Timmins aura eu la chance de côtoyer et travailler avec M. Benning durant les 17 dernières saisons.

« Ce fut un privilège pour moi et pour tous les membres de l’organisation qui ont eu l’opportunité de travailler aux côtés d’Elmer Benning », a exprimé Timmins. « Il était un grand connaisseur de hockey, mais également un gentleman de première classe. En termes de gentleman, nous pourrions le mettre dans le même bateau que Jean Béliveau. »

Durant ses 78 années, M. Benning aura marqué la vie de plusieurs gens, dont celle de Timmins.

« C’était un homme passionné et humble. Il était un excellent mari pour Liz, un bon père pour ses enfants et un grand-père extraordinaire », a souligné Timmins qui en est à sa 24e saison dans la LNH. « Il n’était pas seulement qu’un dépisteur pour nous, il était un membre de la famille. Il était comme un grand-père pour moi. »

Les funérailles de M. Benning ont eu lieu le 4 janvier dernier à St-Albert, en Alberta. Timmins et le directeur général Marc Bergevin se sont d’ailleurs rendus sur place pour rendre un dernier hommage à la famille Benning.

Son rôle dans la sélection de Price

Étant le recruteur qui couvrait la Ligue de l’Ouest, c’est certain que M. Benning a eu un rôle clé dans la sélection du gardien Carey Price au cinquième rang du repêchage de 2005.

Il est cependant important de se rappeler que la saison qui a précédé cette séance de repêchage avait été l’année du lockout dans la LNH.

L’ordre du repêchage de 2005 avait donc été déterminé le 22 juillet 2005 par une loterie spéciale. Un total de 48 boules avait été réparti entre les différentes équipes de la LNH. Certaines équipes avaient reçu trois boules, d’autres deux et certaines équipes n’en possédaient qu’une seule. La répartition des boules avait été faite selon les classements et les choix de repêchage des années précédentes. Ne possédant qu’une seule boule, les Canadiens avaient tout de même bénéficié du cinquième choix au total de l’encan.

Le Tricolore avait alors arrêté son choix sur un certain Carey Price, mais il n’en demeure pas moins que ce fut l’un des repêchages les plus difficiles selon Timmins.

« Vous devez comprendre que l’année de ce repêchage, aucune équipe ne savait à quel rang elle allait choisir, car c’était l’année du lockout. Il y a eu une loterie pour déterminer l’ordre des 30 équipes. Le nombre de joueurs que nous avions sur notre liste était donc plus élevé que toutes les autres années. Exemple, la saison dernière nous repêchions au troisième échelon. Nous avions donc une liste d’environ huit joueurs que nous observions. Mais cette année-là, nous devions regarder au moins 30 joueurs, car nous n’avions aucune idée de notre rang de repêchage », a expliqué l’adjoint au directeur général. « Elmer était le dépisteur qui couvrait la Ligue de l’Ouest. C’est donc certain que son rôle fut important dans la sélection de Price. Il était amplement confiant de ce choix. Il était convaincu que Price allait devenir non seulement un excellent gardien de but numéro un, mais également un joueur de franchise pour les Canadiens de Montréal. »

À la fin de son stage junior, Price affichait un dossier de 83-78-11-4 avec une moyenne de buts alloués de 2,53 et un pourcentage d’arrêts de,914 en plus de 15 blanchissages en 193 matchs avec les Americans de Tri-City.

Price occupe désormais le deuxième rang dans l’histoire de la franchise pour le plus grand nombre de victoires chez les gardiens ayant enfilé l’uniforme bleu-blanc-rouge.

Grâce à son flair pour dénicher les jeunes talents, le gardien originaire d’Anahim Lake, en Colombie-Britannique est l’un des bons coups de la part de monsieur Benning.

Du kilométrage au compteur

Durant ses 20 dernières années de service, M. Benning s’est déplacé partout dans l’Ouest du Canada à l’aide de sa fidèle Toyota Camry 1995. Le recruteur des Canadiens aura parcouru pas moins d’un million de kilomètres avec cette voiture.

Pour vous donner un exemple de toute la distance que M. Benning a parcourue avec ce véhicule afin de découvrir de jeunes joueurs, c’est comme s’il avait fait un aller-retour vers la lune, en plus de huit allers-retours entre Montréal et l’Antarctique.

Timmins a d’ailleurs eu la chance de voyager dans ce véhicule historique à plusieurs reprises.

« J’en ai fait du chemin avec lui dans cette voiture. Son truc pour préserver sa voiture était de faire des changements d’huile régulièrement avec de l’huile synthétique », a mentionné Timmins. « Chaque fois que l’un de ses fils s’achetait une nouvelle automobile, il lui donnait son ancien véhicule, mais Elmer continuait tout de même à utiliser sa Camry 1995 et laissait le nouveau véhicule stationné dans sa cour chez lui. Je dirais que ce fut le deuxième amour de sa vie, sa femme Liz étant la première. »

Vers la fin de sa vie, M. Benning et sa femme Liz ont pu réaliser l’un de leurs plus grands rêves en habitant une petite ferme à Sandy Lake.

Merci, M. Benning pour votre dévouement et votre loyauté durant ces nombreuses années. Votre histoire continuera de voyager à travers le temps, comme vous l’avez fait durant toutes ces saisons à l’aide de votre fameuse Toyota Camry 1995.

Un texte de Pierre-Antoine Mercier

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