ALEXANDRE SIROIS

Si Ottawa écoutait Angelina

Le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, s’est récemment fait interpeller par Angelina Jolie.

Lui ainsi que tous les autres ministres de la Défense des pays qui participent aux missions de maintien de la paix de l’ONU, en fait. Ils étaient réunis à Londres, et l’actrice a profité de ce rassemblement pour prononcer un discours mobilisateur.

Son message : l’exploitation et les agressions sexuelles commises contre des femmes et des enfants lors des missions de paix de l’ONU minent leur crédibilité. Il faut y remédier.

S’entendre sur une « nouvelle façon de mener les opérations de paix », a-t-elle suggéré. « Au cœur de laquelle on retrouverait les droits, la protection et la participation des femmes. »

Ce message, alors que le Canada s’apprête à renouer avec ces opérations de paix – Justin Trudeau est censé le rappeler aujourd’hui lors d’un discours aux Nations unies –, doit être entendu. Et un débat doit être mené par nos élus et les autorités militaires canadiennes à la fois au pays et au sein de l’ONU pour parvenir à faire mieux dans ce dossier.

Car il ne suffit plus de sonner l’alarme et d’effectuer rapports et études à ce sujet. D’excellentes recommandations ont été émises au fil des ans depuis la publication par l’ONU, en 2005 (vous avez bien lu : 2005 !), d’une « stratégie globale visant à éliminer l’exploitation et les abus sexuels dans les opérations de maintien de la paix ».

Pourtant, à l’ONU, on se traîne les pieds. Preuve en est que le nombre de cas d’agressions sexuelles rapportés demeure élevé : 69 l’an dernier, 52 en 2014 et 66 en 2013.

Ces nouveaux cas ont mené à de nouvelles enquêtes. L’an dernier, un groupe d’experts mené par l’ex-juge de la Cour suprême du Canada Marie Deschamps s’est penché sur des allégations d’agressions sexuelles commises en Centrafrique. La plupart des personnes soupçonnées de les avoir commises étaient des soldats français qui participaient à la mission de paix dans ce pays.

Parmi les recommandations principales de ce groupe : créer un bureau de coordination qui agirait rapidement dans chaque cas rapporté, constituer une équipe d’enquêteurs spécialisés et créer des mécanismes plus efficaces pour que les auteurs de ces crimes soient poursuivis.

Mais la volonté politique au sein de l’ONU, essentielle pour mettre de l’avant de telles initiatives, semble encore aujourd’hui faire défaut.

À Ottawa, les Forces armées canadiennes semblent à la croisée des chemins ; déterminées à tourner la page sur l’époque –  récente – où prévalait une culture ouvertement hostile aux femmes.

Questionné au sujet de la prévention des cas d’agressions lors des opérations de paix, un porte-parole a indiqué que tous les membres des forces armées seraient formés avant d’être déployés. On les mettra notamment au courant des « mesures disciplinaires ou administratives » si la politique de « tolérance zéro » n’est pas respectée.

C’est louable. Et cela nous pousse à suggérer d’aller plus loin et de profiter du grand retour du Canada dans les opérations de paix pour contribuer à un changement de culture à l’ONU en la matière.

D’autant que nous ne ferons pas que fournir des troupes. Des centaines de millions seront investis, entre autres, pour rendre les opérations de paix plus efficaces. Pousser et aider l’ONU à prendre plus au sérieux le problème des cas d’agressions sexuelles lors des missions de paix rendrait encore plus noble et salutaire notre retour tant attendu.

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