OPINIONS

Courrier

Feu rouge au ministère des Transports

Je travaille à l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe. Nous avons tout récemment eu la chance de voir l’installation d’un radar photo dans la rue principale menant de l’autoroute 20 à l’hôpital.

Réfléchissons quelques instants : qu’allons-nous capter sur ces radars ? Des gens qui ne respectent pas les règles de sécurité routière, mais aussi des ambulanciers, des infirmiers et des médecins appelés à se présenter d’urgence à l’hôpital ! Je ne sais pas si les ambulances sont considérées comme fautives sur les radars photo. J’imagine que non. Il est illogique de s’arrêter au feu rouge avec un patient en arrêt cardio-respiratoire en pleine manœuvre de réanimation.

Cela nous laisse les médecins et les infirmiers. Dans notre centre hospitalier, les gardes se font à domicile, c’est-à-dire que s’il n’y a pas de patient à voir, les médecins sont à la maison et l’équipe d’infirmières du bloc opératoire aussi. Je suis régulièrement de garde à la salle d’accouchement et le gynécologue n’est pas forcément sur place en tout temps. Quand je l’appelle d’urgence et que le problème est une question de vie ou de mort pour un bébé à naître, j’ose espérer qu’il ne perdra pas son temps au feu rouge ! Chaque minute compte dans ces cas !

Je comprends très bien que nous ne sommes pas exemptés des règles de sécurité routière et que causer un accident n’améliorera pas la situation.

La conclusion de tout cela est que les médecins vont continuer à mettre la vie de leur patient en priorité, qu’ils vont continuer à transgresser un peu les règles pour sauver leur patient et qu’ils vont déclencher la sympathique lumière du radar photo. Ils n’auront qu’à contester la contravention, me direz-vous. Bien sûr.

Elle sera de combien, la facture de la contravention ? Une centaine de dollars ? Dans un Québec où l’accès aux soins de santé est difficile, le médecin va annuler une demi-journée de travail afin d’aller contester sa contravention ? Très logique.

Vous me direz que les médecins font un très bon salaire et qu’ils peuvent se permettre de payer une contravention ? Sérieusement ?

Ce que je comprends, c’est qu’à un moment donné, les médecins et les infirmiers de l’hôpital vont être confrontés aux choix suivants : payer une contravention pour aller traiter un patient gravement malade, effectuer une opération urgente ou sauver la vie d’un bébé, ou attendre au feu rouge et perdre un temps précieux.

Merci au ministère des Transports d’avoir bien réfléchi à la situation.

— Émilie Boisvert, médecin, Saint-Hyacinthe

Une société « catholaïque »

Hier, dans la salle d’attente d’un hôpital, devant moi, assises, trois bonnes sœurs, dont une portait le voile traditionnel. Pourtant, personne ne semblait s’offusquer. Je me demande s’il en aurait été de même si, au lieu de trois bonnes sœurs, j’avais eu devant moi trois musulmanes, dont une portait le voile. Nous ne sommes pas une société laïque, mais bien une société « catholaïque ».

— Marc Villemaire, Fournier

Le respect, version Montréal

Montréal fêtera son 375e anniversaire en 2017 et pour se faire belle, la ville fait souffrir ses citoyens et ses visiteurs. La cure de rajeunissement et la refonte de ses infrastructures, certes incontestablement nécessaires, sont cauchemardesques. Les chantiers progressent ou stagnent partout sur l’île, les déboussolants détours, la congestion monstre, l’omniprésente poussière et le bruit…

Dans le tronçon de rue où nous habitons, un corridor scolaire, nous nous attendions à des travaux, car, en mai dernier, nous apprenions l’imminence d’une réfection exhaustive, incluant entrée de service, trottoirs et chaussée. Un fonctionnaire joint par téléphone prévoyait l’amorce des travaux dès fin juin, donc avant l’habituelle cohue de la rentrée scolaire.

Nous reportons de menus travaux d’entretien autour de la maison. Depuis, aucune autre information, aucun chantier en juillet-août. C’est le jeu de la devinette. Surprise, le 11 septembre, des panneaux d’interdiction de stationnement sont installés, et à 3 h la nuit suivante arrivent les cônes orange. Le 12, un scieur d’asphalte nous informe que les trottoirs seront refaits de part et d’autre, d’abord de notre côté. Tôt au lever, le 13, nous buvons notre premier café pendant que la maison vibre intensément sous l’effet du séisme que cause un énorme marteau-piqueur et l’après-midi s’achève en constatant qu’une bétonnière vient d’arracher nos fils de téléphone et de câblodistribution. Nous passons la soirée de notre anniversaire de mariage à attendre des retours d’appel et la visite de Vidéotron, Bell ne pouvant se pointer que 24 heures plus tard.

Si Montréal était vraiment une ville intelligente, les arrondissements tiendraient à jour une banque de données sur les travaux en cours et à prévoir, un calendrier fiable en tout temps, et informeraient par courriel ou réseaux sociaux les citoyens visés dans un délai d’au moins 7 à 15 jours d’avance.

Non, la Ville préfère déranger du jour au lendemain et prendre en otage ses citoyens, peu importe les désagréments et contretemps causés. Quelle ville moderne et profondément respectueuse de tous !

— Carol Patch-Neveu, Montréal

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