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Pourquoi limiter le champ de pratique des superinfirmières ?

Depuis le début de leur pratique en 2006, les infirmières praticiennes spécialisées (IPS), communément appelées les « superinfirmières », travaillent fort pour faire valoir leur expertise.

Ces infirmières ont complété deux programmes universitaires de deuxième cycle. Elles sont bien formées et possèdent les connaissances nécessaires pour poser certains diagnostics. 

Pourtant, le Collège des médecins du Québec (CMQ) ne leur reconnaît toujours pas ce droit de pratique. Cette non-reconnaissance est un frein à leur autonomie, représente un coût pour le système de santé et réduit l’accès de la population aux soins de première ligne.

L’automne dernier, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et le CMQ ont convenu qu’à partir du 1er février 2018, les IPS en soins de première ligne pourront amorcer les traitements pour 6 maladies chroniques et en effectuer le suivi.

Elles ne pourront cependant pas diagnostiquer ces maladies chroniques puisque le diagnostic est considéré comme une activité médicale. Le médecin devra donc revoir le patient dans les semaines suivantes afin de prononcer officiellement le diagnostic pour lequel l’IPS a déjà amorcé un traitement. Comment peuvent-elles prescrire un traitement pour une maladie sans la diagnostiquer ? Pourquoi les IPS ne peuvent-elles pas diagnostiquer une maladie chronique si elles possèdent les connaissances pour le faire ? On jurerait que c’est tout simplement la chasse gardée des médecins !

Pourtant, sur le site de l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario, il est clairement mentionné que les IPS ontariennes peuvent poser des diagnostics. Comment expliquer cet écart entre les deux provinces ?

Possiblement par le fait qu’aucun Collège des médecins ontarien ne met des bâtons dans les roues des IPS. Le pire dans tout ça, c’est que les IPS du Québec sont mieux formées que celles de l’Ontario. En fait, les IPS québécoises doivent suivre plus d’heures de formation et de stage que celles qui étudient partout ailleurs au Canada.

Pourquoi le CMQ décide quelles pratiques les IPS du Québec peuvent effectuer ? Les ordres professionnels ont comme mandat de protéger la population. Le Collège des médecins est l’ordre professionnel des médecins et doit s’assurer de la qualité des services rendus par ses membres. Les infirmières ont leur propre ordre professionnel, l’OIIQ, qui évalue leur pratique et s’assure de la qualité de celle-ci. Pourquoi sont-elles chapeautées en plus par le CMQ ?

Soyons clairs. Selon le mode de rémunération de la majorité des médecins du Québec, plus ils effectuent d’actes, plus ils sont payés. Contrairement aux médecins, les infirmières praticiennes reçoivent une rémunération à l’heure, sans aucun supplément relié à la charge de travail. 

Ainsi, il est payant pour les médecins de garder la mainmise sur plusieurs actes médicaux simples qui pourraient être effectués par l’infirmière. Des revenus faciles pour des actes faciles, pourquoi pas ? Cependant, dans la vraie vie, pour la population et le système de santé québécois, il serait économique et avantageux que les infirmières praticiennes soient reconnues et autonomes pour de nombreux actes et le diagnostic de certaines maladies chroniques, entre autres.

Comme plusieurs études le démontrent, les IPS ont une pratique sécuritaire, elles réduisent la surcharge du système de santé, améliorent l’accès aux soins et assurent un excellent suivi des maladies chroniques. Elles sont également très appréciées par les patients. Donc, selon mon humble avis, il ne semble pas y avoir de raison valable de ne pas leur permettre de diagnostiquer des maladies chroniques évidentes. Le risque revient seulement aux médecins qui pourraient perdre une parcelle de leur suprématie.

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