Desjardins et Equifax

L’a b c de la surveillance du crédit

À quoi ont droit exactement les 2,9 millions de membres Desjardins avec le forfait de surveillance Equifax ? Est-ce utile ? Et comment se retrouver dans ce labyrinthe de chiffres et de sous-menus ? La Presse a compilé les questions des lecteurs à ce sujet et vous propose un petit guide.

Qu’Est ce que Le « service de surveillance du crédit Equifax » ?

Le gros morceau de ce forfait, habituellement offert à 19,99 $ par mois, c’est la consultation instantanée de son dossier de crédit et des alertes quand certaines modifications y sont apportées. Ces « alertes » sont envoyées et affichées quand on accède à son compte sur Equifax selon 11 critères, notamment quand une nouvelle carte est demandée, un compte ouvert, un nom changé et quand la cote de crédit est modifiée.

On offre en outre un service de balayage de l’internet pour détecter la présence de vos renseignements personnels sur certains sites suspects, ainsi que l’aide d’experts en cas de vol d’identité.

Est-ce que le site d’Equifax est enfin stable ?

Non, comme nous l’ont rapporté de nombreux lecteurs et comme nous l’avons constaté plusieurs fois hier. Plusieurs se plaignent de longues heures d’attente au téléphone, du site qui plante constamment et des communications en anglais.

En date d’hier, selon un communiqué de Desjardins, 300 000 membres avaient réussi à s’inscrire, soit 10 % de ceux dont les données ont été dérobées, et 93 % des codes d’activation avaient été envoyés par la poste. On a de plus annoncé que le service d’activation par AccèsD allait être offert « progressivement » aux membres, dans leur boîte de messagerie sécurisée AccèsD.

À quoi ressemble la page personnalisée d’un abonné d’Equifax ?

Il faut d’abord avoir reçu son code d’activation et être passé sans bogue à travers tout le processus d’inscription. Voici une saisie d’écran de ce qui accueille la personne inscrite, tirée d’un vrai compte :

La première information importante, c’est le score de crédit, qui va de 300 à 900. À 834, notre exemple a un crédit considéré comme « excellent », « meilleur que celui de 89 % des consommateurs canadiens », peut-on lire quand on clique sur Détails du score.

L’autre point d’intérêt, ce sont les alertes, sur lesquelles on peut cliquer pour avoir plus de détails, notamment le numéro de téléphone de l’institution financière concernée.

Enfin, tout en bas, on a un résumé du dossier de crédit, notamment le nombre de prêts et de comptes ouverts. On peut d’un seul clic consulter l’ensemble de son dossier de crédit, tous les comptes, les défauts de paiement, les prêts, les institutions financières associées et les demandes de consultation du dossier.

Renonce-t-on à ses droits de poursuivre Desjardins en acceptant le forfait gratuit chez Equifax ?

Non. D’abord, précise l’avocat Jean-Philippe Caron, de CaLex Légal, personne n’a à s’inscrire à l’une des deux demandes d’autorisation d’action collective déposées contre Desjardins. Toutes les victimes du vol de données en font partie d’office.

Mais les victimes « ont l’obligation de minimiser les dommages », explique Me Caron, et profiter du forfait offert en est un exemple. « Desjardins pourrait utiliser le fait qu’un membre ne s’est pas inscrit pour déclarer sa réclamation irrecevable », estime-t-il.

Est-ce que c’est utile, la surveillance du crédit ?

Difficile de trouver des statistiques sur ce sujet puisque, par définition, il s’agit de prévenir des fraudes qui ne sont pas encore commises. La Sûreté du Québec, par exemple, a refusé de répondre à cette question de La Presse.

Les experts interrogés estiment toutefois qu’il s’agit d’un outil utile. « C’est comme un détecteur de fumée : ça va sonner l’alarme, dit Sylvain Paquette, président du Bureau canadien du crédit, une entreprise spécialisée dans les dossiers de consommateurs et d’entreprises. Ça ne peut pas éviter une fraude, mais ça va avertir le consommateur. »

Richard Marier, enquêteur privé, estime que ces services « diminuent de 50 % le risque d’être victime d’une fraude ». « Est-ce que c’est efficace à 100 % ? Non. Il y a tellement de facteurs qui font que tu peux te faire frauder, tellement de façons qui ne passent même pas par Equifax. » Mais il assure qu’il vaut mieux utiliser ces services : à titre de « victime » chez Desjardins, il s’est inscrit au forfait offert gratuitement pour cinq ans chez Equifax, et s’est en plus inscrit pour 19,95 $ par mois au service chez le concurrent TransUnion. « Je ne prends pas de risque… »

Existe-t-il d’autres façons de se protéger ?

Oui, bien entendu, il y en a plusieurs, à commencer par la prudence avant de fournir ses données personnelles – ce qui n’aurait rien changé dans l’affaire Desjardins, on en convient. Mais il y a un outil gratuit et peu connu : l’alerte de fraude. Que ce soit chez Equifax ou TransUnion, un consommateur peut demander que cette alerte soit placée sur son compte s’il craint une fraude ou s’il est victime d’un vol d’identité.

Le commerçant ou l’institution financière qui tentera de consulter le compte verra apparaître cette alerte, qui lui demandera de ne pas procéder à la transaction avant d’appeler le consommateur. « Ça fonctionne », confirme l’avocat Jean-Philippe Caron, victime d’un vol d’identité il y a quatre ans et qui a réussi à faire coffrer un fraudeur l’an dernier avec cet outil.

Évidemment, tout repose sur le commerçant ou l’institution financière qui doit tenir compte de l’avis de fraude, note Richard Marien. « Et beaucoup ne prêtent pas attention à ça. » Précisons que cet avis de fraude n’est pas intégré au service de surveillance chez Equifax offert par Desjardins.

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