À l’étude 

Quels médicaments pendant la grossesse ?

Il existe peu d’études sur les risques des médicaments durant la grossesse et l’allaitement, dénonçait l’automne dernier un rapport du gouvernement américain. Les sociétés pharmaceutiques sont souvent frileuses, préférant ne pas prêter le flanc à des poursuites et jugeant ce marché trop petit pour être rentable. Et pourtant, il serait facile d’utiliser les données existantes pour formuler des recommandations.

Le contexte

La future maman ne savait pas à quel saint se vouer. Elle était allée voir son médecin de famille à cause d’étourdissements anormaux à son deuxième trimestre de grossesse. Il lui avait trouvé une tension artérielle anormalement élevée et lui avait prescrit des antihypertenseurs et un arrêt de travail, puis l’avait dirigée en obstétrique. « Ça a lancé une suite de recommandations contradictoires », explique Catherine Spong, obstétricienne à l’University of Texas Southwestern, qui a entendu le témoignage de la patiente durant des audiences sur les médicaments durant la grossesse qu’elle a dirigées pour le gouvernement américain l’an dernier. « On lui a dit de retourner au travail, de diminuer ses journées, de diminuer les doses d’antihypertenseurs. Rien n’était clair. Et pour cause : il existe très peu de lignes directrices sur la prise de médicaments durant la grossesse et l’allaitement. »

La genèse

La Dre Spong a travaillé pendant 23 ans pour l’Institut national pour la santé de l’enfant et le développement humain des États-Unis (NICHD). Quand est venu le temps de se pencher sur cette question, on lui a tout naturellement donné la responsabilité des audiences. « C’est une situation inacceptable, dit-elle. J’avais entrevu le problème dans ma pratique avant le NICHD et dans mes recherches, mais j’ai constaté que le flou sur la prise de médicaments durant la grossesse et l’allaitement cause des drames humains. Des femmes tombent malades, des bébés aussi, parce qu’on hésite à prescrire des médicaments essentiels. Et c’est sans compter l’anxiété que suscite le poids du choix qu’on fait porter à ces femmes. »

Ce que révèle l’étude

À la base, on retrouve un problème de métabolisation des médicaments. « Le volume de sang de la femme double durant la grossesse, dit la Dre Spong. Ça modifie l’absorption des molécules et le fonctionnement de différents organes, dont les reins et le foie. Dans certains cas, il faut augmenter la dose parce que le médicament est évacué trop vite, par exemple. La formation de liens avec les protéines du sang, un mécanisme important pour le bon fonctionnement de certains médicaments, est aussi touchée. Mais on a très peu de données cliniques sur le sujet, comme si les sociétés pharmaceutiques étaient frileuses et craignaient de prêter le flanc à des poursuites. »

Le système gastrointestinal, de son côté, ralentit, ce qui influe sur les médicaments qui s’y retrouvent. Ces changements au métabolisme inhibent aussi le développement de médicaments pour traiter des problèmes liés à la grossesse. « Prenez la production anormalement basse de lait, dit la Dre Spong. Normalement, on devrait régler ce problème facilement dans beaucoup de cas. Mais il n’y a aucune recherche sur la question. »

Et maintenant ?

L’obstétricienne texane pense que des trésors dorment dans les bases de données de recherches obstétricales. « Souvent, les femmes vont prendre des médicaments même s’il n’y a pas de lignes directrices et vont participer à des études cliniques sur le suivi de grossesse. On devrait profiter de cette manne. L’autre manière de débloquer les recherches, c’est de simplifier l’approbation de participation aux essais cliniques. Actuellement, si une femme est enceinte, elle ne peut y consentir seule, le père de l’enfant doit aussi le faire. Ça ne correspond plus à la société d’aujourd’hui, d’autant que si le bébé est né et que la mère allaite, l’approbation du père n’est pas nécessaire. »

90 %

des femmes enceintes prennent au moins un médicament durant la grossesse aux États-Unis

70 %

des femmes enceintes prennent au moins un médicament sous ordonnance durant la grossesse aux États-Unis

Source : Institut national pour la santé de l’enfant et le développement humain des États-Unis (NICHD)

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