Woods renoue avec l’histoire

En remportant son cinquième titre au Tournoi des Maîtres, 22 ans après le premier, Tiger Woods a vraiment mérité sa place dans la légende du golf.

De retour au plus haut niveau

Oublions un peu, si vous le voulez bien, les considérations extrasportives, le débordement de sentimentalisme et concentrons-nous sur le formidable exploit sportif qu’a réussi Tiger Woods hier au club Augusta National.

En remportant à 43 ans son cinquième titre au Tournoi des Maîtres, son 15e titre majeur, 22 ans après le premier, le golfeur américain a vraiment mérité sa place dans la légende du golf. Seul Jack Nicklaus le devance encore avec 18 titres majeurs et six triomphes à Augusta, mais l’exploit de Woods n’est pas sans rappeler la dernière grande victoire de l’Ours blond, au Tournoi des Maîtres justement, quand il avait 46 ans.

Woods est plus jeune, mais son corps est bien plus âgé ! Comme il l’a rappelé hier, il croyait ne plus jamais jouer au golf il y a deux ans à peine. En 2017, lors du Banquet des champions à Augusta, il avait dû recevoir des injections de cortisone pour simplement s’asseoir sur un fauteuil.

Quelques semaines plus tard, il subissait une quatrième intervention chirurgicale au dos, une fusion de deux vertèbres, dans l’espoir de « pouvoir retrouver une vie normale et peut-être pouvoir jouer un peu avec [ses] enfants… »

Contre toute attente, il est revenu au jeu et a couronné hier ce que plusieurs considèrent comme le plus grand retour dans l’histoire du sport, comme l’explique mon collègue Alexandre Pratt dans sa chronique.

3954

La dernière victoire de Tiger Woods dans un tournoi majeur remontait à l’Omnium des États-Unis de 2008, à Torrey Pines. Il s’était écoulé 3954 jours depuis…

Ce n’est toutefois plus le même Tiger qui a triomphé hier. En plus de ses problèmes de santé, la vie a beaucoup marqué Woods au cours des années, souvent par sa faute. Ses infidélités ont provoqué un divorce retentissant avec la mère de ses enfants, Elin Nordegren, en 2010. Et en 2017, il a été retrouvé endormi au volant de sa voiture et a plaidé coupable à des accusations de conduite dangereuse.

Moins intimidant qu’au début des années 2000, quand il accumulait les succès en écrasant ses rivaux, rejoint et même dépassé sur le plan de la puissance par plusieurs de ses rivaux, Woods a dû adapter son jeu. Il a expliqué hier avoir appris les vertus de la patience, une qualité qui l’a bien servi en ronde finale.

Venir de l’arrière

En effet, pour la première fois de sa carrière en tournoi majeur, Woods est venu de l’arrière pour s’imposer avec un coup d’avance devant ses compatriotes Dustin Johnson, Brooks Koepka et Xander Schauffele.

L’Italien Francesco Molinari, qui avait amorcé la ronde finale avec une priorité de deux coups, a gâché toutes ses chances avec deux doubles bogueys sur le neuf de retour (aux 12e et 15e trous) pour terminer au cinquième rang à égalité avec Jason Day, Bubba Watson, Webb Simpson et Tony Finau.

14

Il s’était écoulé 14 ans depuis la quatrième et dernière victoire de Tiger Woods à Augusta, en 2005, le plus grand écart entre deux titres. L’ancienne marque était détenue par Gary Player, qui avait attendu 13 ans entre ses victoires en 1961 et 1974.

Mais c’est évidemment Woods qui a monopolisé toute l’attention d’un public acquis à sa cause. Tiger s’est accroché toute la journée et était encore à trois coups du meneur en arrivant au 12e trou…

« C’est sûrement la plus difficile de toutes mes victoires, a raconté Woods en point de presse. Je voyais le tableau des meneurs, avec un véritable “Who’s who” du golf, et le classement évoluait sans cesse. Il y avait plusieurs scénarios possibles, mais tout a vraiment été chamboulé au 12e, Francesco a commis quelques erreurs, je me suis retrouvé à égalité au premier rang, puis seul en tête… »

Après qu’une poussée de trois oiselets en quatre trous, du 13e au 16e, lui eut valu une priorité de deux coups, le champion savait qu’il n’avait pas à prendre de risque au 18e trou et il a signé une carte finale de 70 (- 2), pour un cumulatif de - 13. « Je savais qu’un 5 [boguey] serait suffisant et j’ai joué en conséquence. Je ne me souviens plus de ce que j’ai fait après avoir vu la balle tomber dans la coupe, sinon que j’ai crié ! »

Pendant que la foule en délire scandait : « Tiger, Tiger, Tiger… », le golfeur a accepté les félicitations de ses partenaires de jeu avant de retrouver son cadet, Joe LaCava, qui lui a été d’une précieuse aide au cours des derniers mois. « Ce n’est qu’en retrouvant Joe que j’ai vraiment laissé sortir mes émotions », a avoué celui qui a toujours préféré masquer ses sentiments.

1 190 000 $

Un partisan de Woods a gagné hier pas moins de 1,190 million US après avoir parié à 14/1 une somme de 85 000 $ sur les chances du golfeur de remporter le Tournoi des Maîtres. Il s’agit de la plus grosse somme jamais versée par l’agence William Hill aux États-Unis.

« Et c’était très spécial de retrouver mes enfants, ma mère, tous mes proches. Je me souviens que mon père était là, il y a 22 ans, quand j’ai remporté le veston vert pour la première fois ; aujourd’hui, c’est moi qui suis père et j’étais très ému de serrer Charlie [son fils] et Sam [sa fille] dans mes bras. »

Maintenant certain d’être à nouveau compétitif au plus haut niveau, Woods peut rêver d’autres exploits. Nicklaus avait 46 ans, on l’a dit, quand il a remporté son dernier titre majeur, ce qui laisse à son second quelques années pour tenter de le rejoindre.

Woods est d’ailleurs déjà le favori pour enlever les deux prochains tournois majeurs, au Championnat de la PGA, du 16 au 19 mai au club Bethpage Park, puis à l’Omnium des États-Unis, du 13 au 16 juin au club de Pebble Beach.

Et si Rory McIlroy est toujours en tête de liste pour enlever l’Omnium britannique, en juillet chez lui en Irlande du Nord, Woods sera sûrement parmi les favoris !

LES TITRES À AUGUSTA

6 : Jack Nicklaus

5 : Tiger Woods

4 : Arnold Palmer

3 : Jimmy Demaret, Sam Snead, Gary Player, Nick Faldo, Phil Mickelson

LES TITRES MAJEURS

18 : Jack Nicklaus

15 : Tiger Woods

11 : Walter Hagen

9 : Ben Hogan, Gary Player

8 : Tom Watson

« C’est un grand moment »

La victoire de Tiger Woods a suscité de nombreuses réactions. En voici quelques-unes.

« C’est un grand moment dans l’histoire du golf. Je suis vraiment impressionné par la performance incroyable de Tiger Woods et très heureux qu’il ait remporté un autre veston vert. »

— Phil Mickelson

« Il n’y avait pas beaucoup de spectateurs qui espéraient le même résultat que moi, mais je suis heureux d’avoir pris part à la bataille. Quelques mauvais coups m’ont coûté cher, mais je me suis battu jusqu’au bout. Tiger a été brillant. Il sait comment gagner et s’est accroché jusqu’au bout. »

— Francesco Molinari

« J’ai joué une bonne ronde [- 4], mais il m’a manqué quelques coups. J’entendais les cris de la foule et je sais faire la différence entre une ovation pour moi et une ovation pour Tiger ! Ses performances sont incroyables, et ce n’est sans doute que la première d’une nouvelle série de victoires. »

— Dustin Johnson

« Un gros “bien fait” de ma part à Tiger Woods ! Je suis tellement content pour lui et pour le golf. C’est vraiment fantastique. »

— Jack Nicklaus

« Je suis littéralement en larmes en regardant Tiger Woods. Sachant tout ce qu’il a traversé physiquement pour revenir et réussir ce qu’il a fait, c’est tellement inspirant. »

— Serena Williams 

« Félicitations, Tiger. Revenir gagner le Tournoi des Maîtres après tous ces hauts et ces bas est un témoignage de l’excellence, de la hargne et de la détermination. »

— Barack Obama

« Félicitations à Tiger Woods, un vrai grand champion ! J’aime les gens qui sont forts sous la pression. Quel fantastique retour pour un vrai bon gars [a really great guy]. »

— Donald Trump

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