Un Uber québécois s’amène à Montréal

Deux Québécois dans la jeune vingtaine concurrencent Uber en lançant une application similaire de covoiturage. Depuis hier, les services d’Eva desservent l’ensemble de la région métropolitaine. L’objectif : offrir une plateforme québécoise et coopérative qui répond aux besoins de mobilité de la population. Comparaison de David contre Goliath.

Philosophie d’entreprise

Ce qui distingue surtout Eva, c’est son modèle d’affaires : il s’agit d’une coopérative. Lorsque le projet pilote sur l’industrie du taxi a vu le jour, le ministère a exigé que les chauffeurs d’Uber accumulent 35 heures de formation. Uber, choquée par cette décision, avait menacé de quitter le Québec. 

Une nouvelle qui a fait réagir les jeunes étudiants Dardan Isufi et Raphaël Gaudreault. Eva est née de leur frustration. « Ce n’est pas une technologie complexe, ils n’ont pas le monopole, explique M. Isufi. On veut que notre économie soit locale, comme on achète des fraises du Québec et non du Mexique. »

Les chauffeurs

Eva tente d’attirer un maximum de chauffeurs en grugeant 10 % de moins qu’Uber sur la facture de la course. Le géant de la Silicon Valley prend 25 % des recettes, alors qu’Eva ne conserve que 15 %.

Les chauffeurs Eva sont soumis aux mêmes exigences légales qu’Uber : une formation de 35 heures en ligne, l’inspection mécanique du véhicule ainsi qu’une vérification des antécédents judiciaires.

Utilisation et service

La plateforme d’Eva ressemble en tout point à celle d’Uber. L’utilisateur commande sa course avec son téléphone. Il voit en temps réel la position des véhicules, il obtient une estimation du temps d’attente et le coût de la course.

Il est impossible par contre de commander des véhicules plus luxueux et plus spacieux comme avec Uber.

Coût et temps d’attente

Le coût d’une course demeure semblable entre Eva et Uber, selon un test mené par La Presse. Par exemple, du centre-ville de Montréal au quartier Rosemont, les deux entreprises offraient un temps d’attente variant entre 0 et 5 minutes. Pour Eva, la course coûtait un peu moins de 15 $ ; pour Uber, le prix différait légèrement, soit entre 14 et 18 $.

Eva ne propose pas pour le moment de tarification dynamique, en majorant le prix des courses en période de fort achalandage. L’entreprise n’exclut pas de le faire un jour. Pour Uber, cette tarification modulée incite les chauffeurs à répondre à la demande lorsque le besoin est plus grand dans une zone précise, explique Jean-Christophe de Le Rue, porte-parole pour Uber au Québec.

Données sécurisées

Contrairement à Uber, Eva n’est pas propriétaire des données de ses utilisateurs. « Les données personnelles, c’est le pétrole du XXIe siècle. On a le droit à la liberté d’expression, à la vie privée, même si on n’a rien à cacher », croit Dardan Isufi.

Le futur

Le nerf de la guerre demeure la popularité du service. Une grande partie des utilisateurs d’Uber sont des touristes, concède M. Isufi. Si Eva n’existe pas ailleurs qu’au Québec, les utilisateurs étrangers n’auront pas le réflexe de s’en servir. L’homme de 22 ans, qui a conçu en un an et demi une plateforme semblable à celle du géant Uber, demeure confiant. Son application est déjà testée à Houston, au Texas, ainsi qu’à San Francisco, en Californie. M. Isufi pense qu’un jour Eva pourrait elle aussi se lancer dans la livraison de nourriture à domicile, comme Uber Eats.

Eva a 100 chauffeurs dans la grande région de Montréal, alors que 300 autres seraient en processus d’inscription, explique le cofondateur. Uber compte pour sa part plusieurs milliers de partenaires-chauffeurs, mais refuse d’en préciser le nombre.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.