Alerte AMBER à ahuntsic-Cartierville

« L’hypothèse qu’il soit parti de lui-même, c’est nul pour nous »

Un garçon de 10 ans a mystérieusement disparu, lundi midi, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, à Montréal. Ariel Jeffrey Kouakou est resté introuvable malgré le déclenchement exceptionnel, pendant une dizaine d’heures hier, d’une alerte AMBER pour accélérer les recherches. Plongés au cœur d’un véritable cauchemar, les parents de l’enfant prient pour revoir leur fils vivant.

« L’hypothèse qu’il soit parti de lui-même, c’est nul pour nous. C’est non, ce n’est pas lui », croit fermement le père d’Ariel, Kouadio Frederic Kouakou. Dans le salon familial de la rue Valmont, à Ahuntsic, le patriarche enchaîne les entrevues. Il n’a pas dormi de la nuit. Sa femme non plus. Mais plus il parle de son fils, plus les chances de le retrouver rapidement sont élevées.

« C’est comme un vide. On ne se souvient pas de ce qui s’est passé depuis 24 heures », confie-t-il. Il regarde sa femme qui fixe la fenêtre le visage affligé, et il lui recommande de retourner s’allonger. Akouena Noëlla Bibie refuse et passe son bras sous celui de son mari.

Le couple s’est rendu compte à l’heure du souper, lundi, que l’un de ses quatre enfants n’était pas rentré. Lui est enseignant à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, elle étudie pour être préposée aux bénéficiaires ; ils avaient passé la journée à l’extérieur et croyaient le troisième de la fratrie chez un ami. C’était une journée pédagogique et Ariel avait demandé à sa mère, dimanche, s’il pouvait aller jouer chez cet ami le lendemain.

« C’est un bon ami à lui. On le connaît bien. Nous croyons, naïvement peut-être, qu’il n’aurait jamais voulu partir d’ici. »

— Le père d’Ariel

« D’autant plus qu’il avait demandé la permission avant de partir », d’ajouter sa mère.

La police leur a confirmé que leur fils avait été vu en train de cogner chez son ami à l’heure du midi, mais ce dernier était déjà au service de garde. Ariel aurait rebroussé chemin. La suite des événements est un mystère.

« On croit qu’il a été pris par surprise. S’il avait vu venir un danger ou quelqu’un, il aurait couru, en plus que c’est un joueur de soccer », dit son père, pour qui la thèse de l’enlèvement, bien qu’effroyable, est la plus réaliste.

Alerte AMBER déclenchée, puis levée

Le SPVM a déclenché exceptionnellement une alerte AMBER hier après-midi même si les autorités avaient peu d’information appuyant la thèse possible de l’enlèvement. Cette mesure a été prise notamment en raison du bas âge du jeune garçon, qui n’a aucun antécédent de fugue, et parce que la police peinait à obtenir de nouvelles informations, 24 heures après sa disparition.

Un peu avant minuit, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a levé l’alerte AMBER, mais a poursuivi ses recherches. « Il s’agit d’une question de critères à respecter pour maintenir l’alerte AMBER, a expliqué le porte-parole Raphaël Bergeron. Puisque nous n’avions pas de nouvelles informations, nous avons pris cette décision. Reste que ça ne change absolument rien à notre travail d’enquête. On reste aux aguets. »

Selon une information obtenue par les enquêteurs par personne interposée, une femme aurait aperçu l’enfant dans le parc des Bateliers, vers 14 h, lundi. La dame en question s'est finalement manifestée en soirée hier et a été rencontrée par les enquêteurs pour valider les informations, a confirmé le SPVM.

« Les informations concordent et la description aussi, a indiqué hier après-midi Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM. Ce parc est à mi-chemin entre la maison de son ami et la sienne. »

« On demande à tous les résidants du secteur de vérifier leur terrain, leur cabanon, garage, abri, remise, etc. Ça nous aiderait énormément, d’autant plus que la température et la météo jouent contre nous. » 

— Ian Lafrenière

Dieu, la police et les amis

Dans l’attente, devant l’inconnu et une angoisse incommensurable pour des parents, ceux d’Ariel s’accrochent à Dieu.

« Nous prions. Quand on a des limites comme celles-là, on ne peut s’en remettre qu’à Dieu. On essaie de tenir le coup, avec l’aide de nos amis », laisse tomber M. Kouakou.

Dans l’appartement familial situé à un jet de pierre de l’école primaire que fréquente Ariel, les va-et-vient d’amis de la famille sont incessants. L’un tient trois téléphones et gère les appels qui entrent, des femmes cuisinent pour que les parents prennent des forces malgré l’appétit qu’on devine inexistant, une autre met son manteau et averti qu’elle part chercher « la p’tite à la garderie ».

« Je ne cesserai jamais de dire merci. Merci, merci, merci. Depuis la première minute, ils sont là. C’est notre famille élargie. Leur présence, leurs mots d’encouragement nous aident à tenir bon », confie le père atterré, alors qu’en sourdine, on entend l’hélicoptère de la Sûreté du Québec ratisser le secteur du haut des airs. L’homme souligne aussi le travail des policiers qui « en font le plus possible » pour retrouver son fils.

« Depuis hier, ils ont fait tout le quartier au sol, maintenant, ils regardent d’en haut », rapporte Patrice Attoungbré.

L’ami de la famille habite temporairement chez les Kouakou. Il est le dernier à avoir vu officiellement Ariel, lundi midi, avant qu’il ne quitte la maison. Posté devant la grande fenêtre du salon, au deuxième étage, il dégage son poste d’observation de la buée qui recouvre le verre.

« D’ici, on a une bonne vue d’ensemble. On voit jusqu’au bois dans le parc avant la rivière », dit M. Attoungbré, qui veillera là « jusqu’à ce que le petit revienne ».

Toute personne ayant de l’information à communiquer concernant cette disparition peut le faire de façon anonyme et confidentielle à Info-Crime Montréal au 514 393-1133 ou au 9-1-1.

— Avec Fanny Lévesque, La Presse

Ariel Jeffrey Kouakou

10 ans

140 cm (4 pi 6 po)

40 kg (80 lb)

Yeux noirs et cheveux noirs

S’exprime en français

Manteau noir avec un capuchon de fourrure, pantalon du FC Barcelone rouge et bleu, chaussures de soccer avec l’intérieur jaune et orange.

Alerte Amber

Quand l’alerte est-elle déclenchée ?

Sauf exception comme dans ce cas-ci, trois critères sont indissociables et essentiels pour déclencher une alerte AMBER. Il faut d’abord que le service de police ait des « motifs raisonnables » de croire que l’enfant a été enlevé. Les autorités doivent aussi craindre que l’enfant puisse subir des « lésions corporelles graves » ou être en danger de mort. Enfin, la police doit posséder suffisamment de renseignements descriptifs sur l’enfant, le suspect ou le moyen de transport utilisé.

Que faire si l’on aperçoit l’enfant ?

« Appelez le 9-1-1 sans hésitation », martèle la directrice générale du Réseau Enfants-Retour, Pina Arcamone. Il faut par ailleurs être le plus attentif possible aux détails. Quel est l’endroit exact ? Quels vêtements porte-t-il ? Quelle est la description de l’individu qui l’accompagne ? Quel est le numéro de plaque d’immatriculation ou le modèle de la voiture ? Voilà le genre d’information qu’il est utile de se rappeler. « On transmet ces informations-là aux autorités et on laisse les policiers enquêter. Un témoin peut aussi composer le 310-4141, le*4141 (pour les cellulaires) ou joindre le corps de police local.

Qu’est-ce que l’alerte AMBER ?

Il s’agit d’un système qui permet d’alerter la population, par tous les moyens médiatiques possibles, pour diffuser rapidement la disparition d’un enfant. Les premières heures sont cruciales dans les cas d’enlèvement, selon les autorités. En moyenne, c’est aussi au cours des heures qui suivent le déclenchement de l’alerte que l’enfant est retrouvé, précise Mme Arcamone. Le déploiement de l’alerte AMBER a toujours connu un dénouement heureux pour l’enfant depuis son implantation au Québec, le 26 mai 2003.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.