Le syndrome des vacances à crédit

Au diable la dépense ! Après une année de dur labeur, beaucoup de vacanciers sont prêts à jeter leur budget par-dessus bord afin de prendre le large. Mais, je regrette, les voyages d’agrément, si plaisants soient-ils, ne sont pas une raison valable de s’endetter.

Pourtant, deux sondages récents, l’un de l’Ordre des CPA, l’autre de CAA-Québec, arrivent à la même conclusion : une personne sur cinq prendra des vacances à crédit cette année.

« Plus ça va et plus les vacances, c’est sacré. Les consommateurs vont faire ce qu’il faut pour être capables d’en prendre », constate Annie Gauthier, porte-parole de CAA-Québec.

Après la voiture financée sur 96 mois, les meubles payés en 36 versements égaux, beaucoup de consommateurs ont pris la fâcheuse habitude de mettre leurs vacances sur la marge ou la carte de crédit.

« Avant, les gens ne pouvaient pas s’imaginer acheter des vacances à crédit. Il y a 10 ans, c’était certain que non. Il y a cinq ans, c’était exceptionnel », se rappelle Ronald P. Gagnon, premier vice-président de la firme de conseil en redressement financier BDO.

Aujourd’hui, il voit souvent des consommateurs qui se sont mis la corde au cou en accumulant des dépenses superflues, notamment des voyages.

Des exemples ?

Juste après Noël, une famille égorgée par ses dettes n’arrive plus à payer ses cartes de crédit. Pas plus tard qu’à l’automne, elle avait pourtant déboursé 8000 $ pour aller dans les Caraïbes.

À l’aube de la saison estivale, une autre famille se dit : « On est dû pour faire le tour de la Gaspésie ! » Sans compter, elle a tout payé avec sa carte de crédit et s’est retrouvée avec 5000 $ de dettes au bout du chemin.

Dur retour à la réalité. Mais ce n’est parfois que deux ou trois ans plus tard que les clients en détresse aboutissent dans le bureau d’un syndic. Avec l’effet boule de neige, ils réalisent que leur fameux voyage leur a coûté une petite fortune avec les intérêts accumulés.

Jugez vous-même.

La personne qui achète un voyage de 2000 $ avec sa carte de crédit va payer le gros prix si elle se contente de faire le paiement minimum de 2 %. Il lui faudra 36 ans pour se libérer de sa dette qui lui aura coûté 6200 $ d’intérêts !

Et même si elle fait des paiements de 100 $ par mois, le remboursement s’étirera sur deux ans (25 mois) et les frais d’intérêts s’élèveront à 424 $. Beaucoup d’argent jeté à l’eau pour quelqu’un qui n’avait pas les moyens de voyager…

Au lieu de partir en vacances à crédit, d’autres consommateurs font de douloureux sacrifices pour profiter de quelques jours ou semaines de congé.

En fait, une personne sur dix néglige le remboursement de ses dettes. Et plus du quart des Québécois se privent d’épargner pour aller en vacances.

Sur quoi rogner pour partir en voyage ?

26 % mettre de l’argent de côté

23 % acheter des meubles

20 % se payer des sorties culturelles

18 % acheter un appareil électronique

15 % faire des rénovations

11 % rembourser des dettes

8 % acheter une propriété

Avec les années, cela peut avoir une grosse incidence sur l’épargne-retraite. Qu’arriverait-il si le même budget vacances de 2000 $ était plutôt aiguillé vers un compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ? Après 30 ans, l’épargnant disposerait d’un joli magot de 95 000 $, en tenant compte d’un taux d’intérêt de seulement 3 %.

Loin de moi l’idée de dire aux gens de ne plus jamais voyager, mais voici quand même quelques idées pour se garder la tête hors de l’eau cet été.

Sautez une année

Si vous partez en vacances à crédit cet été, il y a fort à parier que vous n’aurez pas fini de rembourser vos dettes l’an prochain quand l’appel du large se fera à nouveau sentir. Si vous repartez à crédit, vous vous retrouverez dans une spirale d’endettement.

Pour briser ce cycle, il vaudrait mieux rester à la maison cet été, comme 16 % des Québécois qui profiteront du confort de leur foyer pour décompresser. Il s’agit d’une hausse notable par rapport à l’année précédente (12 %).

Des vacances, ça se planifie

Si vous voulez partir en 2019, commencez à économiser dès maintenant. En glissant une quarantaine de dollars par semaine dans un CELI, vous disposerez de 2000 $ dans un an. L’épargne automatique, c’est magique ! Et sans douleur.

Mettez le fisc à l’œuvre

Au printemps prochain, assurez-vous d’aller chercher tous les crédits et déductions auxquels vous avez droit. Puis, conservez votre remboursement d’impôt pour les vacances. Quelque 10 % des Canadiens financent leurs vacances ainsi.

Prenez l’auto au lieu de l’avion

Même si le prix de l’essence est plus élevé que l’an dernier, la voiture reste nettement plus économique qu’un billet d’avion. Si votre budget est serré, choisissez une destination à proximité.

Sortez des sentiers battus

Faites comme bon nombre de vacanciers et délaissez les modes d’hébergement traditionnels plus coûteux. Cette année, seulement 38 % des Québécois réserveront dans un hôtel, un motel ou une auberge, une baisse importante par rapport à l’an dernier (43 %).

L’échange ou la location de maisons ont déjà fait leurs preuves comme méthode économique pour voyager. Mais on trouve maintenant d’autres solutions qui permettent d’être hébergé tout à fait gratuitement si vous êtes prêt à fournir quelques heures de travail par jour (workaway.info) ou si vous voulez surveiller une maison en l’absence du propriétaire (housecarers.com).

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