Confidences de voyageurs

Traitement-choc en Birmanie

Dans leurs mots, des voyageurs nous racontent leurs périples et leurs aventures à travers le monde.

Stéphanie Gélinas a mis sa vie de gestionnaire de projets en marketing sur pause l’an dernier. Exaspérée par un rythme de vie à vitesse grand V, la femme de 27 ans est partie découvrir l’Asie pendant six mois. De la Thaïlande à l’Indonésie en passant par le Laos, sa plus grande découverte a été celle d’elle-même, résultat d’une difficile retraite de méditation Vipassana dans un centre traditionnel de la Birmanie. Confidences.

« Je suis partie, seule, pour faire une réflexion professionnelle et personnelle. Je voulais me casser dès le début de mon voyage. Après un bref séjour en Malaisie, j’ai pris la direction de la Birmanie. Arrivée à l’aéroport, je n’ai rien vu du pays ; je me suis rendue directement au centre de méditation Dhamma Joti Vipassana, où j’avais prévu faire une retraite de méditation silencieuse de 10 jours. C’est une amie qui m’avait suggéré l’endroit. J’avais beaucoup lu sur le sujet et je savais que ce serait une expérience forte et déstabilisante. Et c’est ce que je voulais : un traitement-choc.

« Pour être dépaysée, j’ai été servie. Les installations étaient rudimentaires. Il n’y avait rien de glamour là-dedans. Pas d’encens, pas de chandelles, pas d’environnement bucolique en nature. Le centre est situé au cœur de la plus grande et bruyante ville du pays, Rangoun. Une façon de pratiquer un calme intérieur, peu importe les distractions extérieures, nous a-t-on dit.

« En arrivant, on devait remettre notre passeport, notre argent et notre téléphone, question d’éviter toute distraction possible pendant notre retraite. Après m’être enregistrée et avoir signé un formulaire m’engageant à respecter le lieu et l’expérience sacrée que j’allais entamer, on m’a conduite à ma chambre, où se trouvaient un ventilateur et deux matelas de quelques centimètres d’épais posés sur une base de bois. J’allais partager ma chambre avec Sandrine, une Suisse de 10 ans mon aînée.

« Nous avons eu quelques heures pour nous installer, après quoi, au son du gong, ce fut le silence complet pour 10 jours consécutifs. On ne pouvait pas écrire ni lire. On devait exclusivement se concentrer sur l’expérience et sur soi-même. Tous les matins, on se levait à 4 h au son du gong, on ne mangeait que deux repas et on s’adonnait à 10 heures de méditation assise. Un quotidien qui se veut le plus semblable possible à celui des moines, la méditation Vipassana étant une philosophie bouddhiste.

« Pour résumer, l’idée, c’est de réussir à faire le vide pour apaiser son esprit. Nos pensées sont rarement dans le moment présent. On pense à ce qu’on a vécu dans le passé, ce qui nous a blessé, ce qu’on a aimé… On pense à l’avenir, on se projette, on a des appréhensions. Mais le Vipassana nous rappelle que le passé n’existe plus et que l’avenir n’existe pas encore. Que la seule chose concrète, c’est le moment présent, et qu’il faut arriver à faire le vide.

« Tous les jours, je me suis dit : “Je veux m’en aller ! Qu’est-ce que je fais ici ? Ça rime à quoi ?” Ce n’était pas facile. C’était très strict. J’avais envie de parler. J’avais mal au dos, j’avais mal aux jambes d’être assise en indien 10 heures par jour. Mais au final, ç’a été l’expérience la plus difficile, mais aussi la plus enrichissante de ma vie, et je suis chanceuse d’avoir eu l’occasion de prendre ce temps-là pour moi, pour me redécouvrir.

« La méditation et le bouddhisme, c’est la philosophie d’une vie. Tu ne fais pas une retraite de 10 jours une fois et ça te change à jamais. Je suis revenue à Montréal. Je ne suis pas assidue dans la méditation, et j’ai repris mon mode de vie urbain. Mais je vois et je vis mes émotions différemment. Je m’observe davantage, j’analyse mes réactions. Je comprends mieux qui je suis et je suis plus équilibrée. J’ai compris leur philosophie : l’impermanence est une loi de la nature et tout est changeant. L’humain a une tendance naturelle à résister aux changements, mais rien ne dure dans une vie, et on ne peut que décider comment on vit ces changements-là. »

— Propos recueillis par Audrey Ruel-Manseau, La Presse

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