Pénurie de main-d’œuvre

Bien loin de l’emploi de rêve…

Le nombre de postes vacants a connu une augmentation fulgurante depuis deux ans au Québec, mais la plupart de ces emplois sont peu qualifiés et moins rémunérés, bien loin de l’emploi de rêve.

Près de 60 % des postes offerts exigent seulement un diplôme d’études secondaires ou encore aucune scolarité minimale, a constaté l’économiste Hélène Bégin, de Desjardins. Les diplômés universitaires et les travailleurs expérimentés sont nettement moins demandés.

L’économiste a examiné de plus près les 120 000 postes qui étaient à pourvoir au Québec au troisième trimestre de 2018, des emplois à temps plein dans une proportion de 75 %. Aucune scolarité minimale n’était exigée pour 35 % d’entre eux, et 23 % demandaient seulement un diplôme d’études secondaires.

« Ça va un peu à l’inverse de ce qu’on entend partout », reconnaît Hélène Bégin dans un entretien avec La Presse.

C’est vrai qu’on manque d’ingénieurs et d’autres travailleurs qualifiés, mais la majorité des postes à pourvoir par les employeurs requiert actuellement un faible niveau de scolarité et peu d’expérience, explique Hélène Bégin, économiste chez Desjardins.

Comme le niveau des salaires augmente avec la scolarité, la plupart des emplois disponibles sont aussi les moins payants.

« Au Québec, le salaire des postes exigeant un diplôme d’études secondaires se situe en moyenne à 16,55 $ l’heure, comparativement à 32,75 $ l’heure pour ceux qui détiennent un baccalauréat », précise-t-elle.

Des restaurants aux abois

C’est l’industrie manufacturière qui a le plus grand nombre de postes à pourvoir, suivie du secteur de l’hébergement et de la restauration, puis de celui du commerce de détail.

Comme certains secteurs emploient moins de travailleurs que d’autres, le taux de postes vacants sur le total d’emplois du secteur donne un meilleur portrait de la réalité.

Selon cette mesure, c’est le secteur de la restauration et de l’hébergement qui souffre le plus de la pénurie de main-d’œuvre. Presque 5 % de tous les emplois dans les restaurants et les hôtels du Québec étaient vacants au troisième trimestre de 2018, constate l’étude de Desjardins. Viennent ensuite l’industrie minière et l’industrie manufacturière.

Les secteurs qui souffrent le moins de la pénurie de main-d’œuvre ne sont pas ceux qu’on croit : ce sont le commerce de détail, les soins de santé et l’enseignement.

Surtout dans les régions

C’est évidemment à Montréal que le nombre d’emplois vacants est le plus élevé. Mais toujours en considérant le taux de postes vacants par rapport à l’emploi total, ce sont les régions qui souffrent le plus de la pénurie de main-d’œuvre – Chaudière-Appalaches, Abitibi-Témiscamingue, Centre-du-Québec et Capitale-Nationale.

Les entreprises du Québec ont des problèmes de recrutement, mais c’est la même chose en Ontario, selon l’économiste de Desjardins.

« Le taux de chômage avoisine les 5,5 % dans les deux provinces [Québec et Ontario] et le taux de postes vacants d’environ 3 % est le même. »

— Hélène Bégin, économiste chez Desjardins

Là où le Québec se distingue, c’est que son bassin de main-d’œuvre, soit la population âgée de 15 à 64 ans, n’augmente plus, contrairement à l’Ontario. Avec la forte croissance économique que le Québec connaît depuis 2017, c’est ce qui explique pourquoi le nombre de postes vacants a doublé en deux ans.

Selon Desjardins, un ralentissement ou une détérioration de la conjoncture pourraient avoir l’effet inverse et réduire la demande de main-d’œuvre.

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