dossiers annulés en immigration

3700 des demandeurs travaillaient déjà au Québec

QUÉBEC — La réforme du système d’immigration du gouvernement Legault continue de faire des remous, alors qu’environ 3700 des 18 000 dossiers non traités qui ont été annulés la semaine dernière par Québec avaient été déposés par des travailleurs temporaires vivant déjà dans la province.

Plusieurs chiffres émanant du cabinet du ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, ont circulé hier quant au nombre de personnes que représentaient ces quelque 3700 dossiers. En moyenne, a-t-on finalement expliqué, un dossier concernerait 1,5 personne.

Ainsi, environ 5600 personnes qui vivaient au Québec au moment où elles ont déposé leur demande d’immigration sont touchées par cette mesure incluse dans le projet de loi 9.

Cette mesure législative, qui doit être adoptée au printemps, prévoit l’annulation des 18 000 dossiers non traités qui avaient été déposés avant le 2 août 2018 afin d’accélérer l’application de la réforme de l’immigration.

Combien sont toujours présents ?

À l’heure actuelle, le gouvernement du Québec ne sait toujours pas dans quelle proportion les travailleurs temporaires dont le dossier d’immigration était en attente habitent et travaillent toujours sur le territoire. En raison de la lenteur du traitement de leur demande (en moyenne 36 mois), certains pourraient même avoir immigré ailleurs, a-t-on affirmé hier au gouvernement Legault. 

Les candidats à l’immigration dont le dossier a été annulé la semaine dernière doivent désormais présenter une déclaration d’intérêt sur le site internet du ministère de l’Immigration. Québec souhaite faire passer de 36 à 6 mois le délai de traitement des personnes qui seront invitées par le ministère à entamer la procédure officielle afin d’obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ), nécessaire à l’attribution par Ottawa d’un statut de résident permanent afin d’immigrer dans la province.

Cette nouvelle procédure ne change toutefois rien au statut juridique des travailleurs temporaires actuellement au Québec, puisque ces personnes résident sur le territoire en vertu d’un permis de travail temporaire délivré par le gouvernement fédéral, a précisé hier Marc-André Gosselin, attaché de presse du ministre Jolin-Barrette. 

Le gouvernement Legault invite entre-temps les travailleurs temporaires toujours présents au Québec à rapidement déposer leur déclaration d’intérêt sur le site du Ministère, a rappelé M. Gosselin.

Sondage Léger-AQCPE

Les parents préfèrent les CPE à la maternelle 4 ans

Les centres de la petite enfance (CPE) ont davantage la cote que la maternelle 4 ans auprès des parents de jeunes enfants, selon un sondage réalisé par la firme Léger pour le compte de l’Association québécoise des CPE (AQCPE).

Quelque 1002 parents d’enfants de 5 ans ou moins ont répondu au sondage web réalisé entre le 18 décembre et le 2 janvier.

Parmi tous les services éducatifs destinés aux enfants de 4 ans, un parent sur deux préfère le CPE.

Question : « En ce qui concerne les différents services éducatifs pour les enfants de 4 ans, lequel aurait votre préférence s’ils étaient tous identiques en termes de coûts et de proximité ? »

CPE : 49 %

Maternelle 4 ans : 19 %

Garderie en milieu familial régi : 11 %

Garderie privée non subventionnée : 8 %

Garderie privée subventionnée : 7 %

Garde à la maison par un proche : 7 %

La même tendance est observée lorsque l’on demande quel service éducatif à l’enfance « représente ou incarne le mieux la qualité ».

CPE : 51 %

Garderie en milieu familial régi : 13 %

Garderie privée subventionnée : 9 %

Garderie privée non subventionnée : 9 %

Garde à la maison par un proche : 6 %

Maternelle 4 ans : 6 %

Aucun (garde par mon conjoint ou ma conjointe, ou par moi) : 7 %

Quel type de service permet le mieux de « favoriser plus tard la réussite éducative » ? Là encore, le CPE est largement le favori.

CPE : 52 %

Maternelle 4 ans : 12 %

Garderie en milieu familial régi : 11 %

Garderie privée subventionnée : 10 %

Garderie privée non subventionnée : 7 %

Garde à la maison par un proche : 3 %

Aucun (garde par mon conjoint ou ma conjointe, ou par moi)  : 5 %

Dans des proportions semblables, les parents sondés considèrent que les CPE, plus que la maternelle 4 ans, permettent de mieux dépister les troubles d’apprentissage et de mieux accompagner les enfants concernés.

Quelque 59 % des répondants affirment que la maternelle 4 ans ne répond pas « à un réel besoin au Québec » en ce moment, contre 41 % qui croient l’inverse.

« Tout le monde à la CAQ nous dit : “On veut répondre aux besoins des parents et leur donner la liberté de choix”. Alors on s’est dit que le meilleur élément qu’on pourrait avoir comme information, c’est d’aller demander directement à des parents qui utilisent les services ce qu’ils en pensent », affirme la directrice générale de l’AQCPE, Geneviève Bélisle. « Et lorsqu’on va chercher leur point de vue, leurs attentes sont différentes du plan proposé par le gouvernement actuellement. »

« pas un choix prioritaire » pour les parents

Selon Mme Bélisle, ouvrir une classe de maternelle 4 ans peut être une option intéressante « dans certaines localités », pour rejoindre des enfants qui n’ont accès à aucun ou à peu de service. Mais elle craint un plan de déploiement à grande échelle – la promesse électorale de la Coalition avenir Québec (CAQ).

« On n’est pas dans une démarche contre le gouvernement, soutient-elle. On veut trouver avec lui les meilleurs moyens pour répondre aux besoins des parents. Et visiblement, actuellement, la maternelle 4 ans ne semble pas être un choix qui est prioritaire pour eux. »

Parmi les 1002 répondants, 28 % ont au moins un enfant en CPE ; 13 % en ont un à la maternelle 4 ans. Les autres utilisent d’autres services de garde, voire aucun (25 % dans ce dernier cas).

Il existe 398 classes de maternelle 4 ans à temps plein à l’heure actuelle, un programme lancé en 2013 et visant jusqu’ici les milieux défavorisés.

Afin d’assurer un échantillon représentatif de la population à l’étude, les résultats du sondage ont été pondérés selon les données du dernier recensement de Statistique Canada en fonction de la région, du sexe et de la langue maternelle. À titre de comparaison, un échantillon probabiliste de même taille aurait une marge d’erreur de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.

sous-traitance des données gouvernementales

Un chercheur sonne l’alarme

QUÉBEC — Le gouvernement Legault s’apprête à livrer en pâture les données personnelles de millions de Québécois à des firmes qui ont maintes fois démontré leur mépris pour la protection de la vie privée, prévient un professeur de l’Université Laval.

Spécialiste du domaine des données massives, le professeur Richard Khoury sonne l’alarme face à la réforme de la gestion de l’informatique annoncée par le gouvernement Legault la semaine dernière. Dans une lettre envoyée au ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, il le met en garde contre une « perte de souveraineté » de l’État québécois au profit de multinationales américaines.

« Je ne me considère pas alarmiste, dit en entrevue le professeur au département d’informatique et de génie logiciel de l’Université Laval. Je considère que plusieurs grosses compagnies qui transigent dans les données ont tout fait pour perdre notre confiance. Je pense particulièrement à Facebook, qui a fait un usage particulièrement cavalier de nos données. »

Québec a annoncé, la semaine dernière, qu’il cessera d’exploiter la quasi-totalité de ses serveurs. Le nombre de « centres de traitement informatique » passera de 457 à 2. Plus de 80 % des données qu’ils contiennent seront confiées à des sous-traitants comme Amazon, IBM ou Microsoft. Ils hébergeront les données en échange d’un loyer.

Si le gouvernement va de l’avant, ce n’est qu’une question de temps avant que les sous-traitants détournent les données à des fins plus lucratives que le simple hébergement, croit le professeur.

« Ils font passer leur profit personnel en premier. Si on leur donne une source d’information incroyablement riche sur une clientèle potentielle et qu’on a seulement leur promesse de ne pas l’utiliser, je ne sais pas combien de temps cette promesse va durer. »

— Richard Khoury, professeur au département d’informatique et de génie logiciel de l’Université Laval

Dans sa lettre, le chercheur énumère des organismes publics dont les données sont susceptibles d’être transférée à des firmes externes : Régie de l’assurance maladie, Société de l’assurance automobile, ministère de l’Éducation, etc. Rien ne les empêchera d’exploiter ces renseignements à leur avantage, une fois qu’ils seront en leur possession, estime-t-il.

Un exemple fictif ? L’entreprise qui héberge les données de Revenu Québec pourrait aisément obtenir une liste des contribuables qui gagnent plus de 100 000 $ et la revendre à des annonceurs. Un autre ? Une société qui héberge les données du Directeur général des élections pourrait les modifier au gré de ses intérêts politiques.

Le professeur appelle Québec à changer de « perspective » et à prendre conscience que les données « sont quelque chose de précieux et d’immensément personnel, et d’incomparablement dangereux si elles se retrouvent entre de mauvaises mains ».

Il rejoint les craintes exprimées ces derniers jours par plusieurs avocats et experts.

« L’historique de ce qui a été fait avec les données personnelles par différentes entreprises américaines, ce n’est pas joyeux », convient Michelle Blanc, spécialiste du numérique qui a également critiqué la réforme.

Québec mal outillé

Tous ne partagent pas ces inquiétudes. En fait, disent certains, les données personnelles des Québécois seront davantage en sécurité entre les mains d’entreprises spécialisées.

À l’Institut de valorisation des données (IVADO), qui rassemble des chercheurs universitaires et des experts du secteur privé, le directeur général Gilles Savard craint surtout la « guerre perpétuelle » entre hébergeurs de données et cybercriminels.

Dans cet affrontement de haute voltige technologique, cet expert considère que le gouvernement québécois n’est pas le mieux outillé pour tirer son épingle du jeu.

« Je ne suis pas convaincu que le gouvernement est équipé pour bien sécuriser nos données, dit Gilles Savard. À mon avis, les grandes entreprises – parce qu’il n’y en a pas des tonnes – sont beaucoup mieux équipées parce qu’elles ont les moyens d’avoir les ressources hautement qualifiées pour les protéger. »

Selon lui, Québec pourra aisément empêcher ses sous-traitants de piger dans ses données en exigeant des clauses de confidentialité dans les contrats et à l’aide de contrôles externes menés par des firmes spécialisées.

« Le gouvernement ne donne pas ses données, explique M. Savard. Il dit simplement : “Vous allez les héberger, mais ce sont nos données, nous sommes propriétaires et vous n’avez aucun accès à ces données.” »

Caire rassurant

Le ministre Caire s’est montré rassurant, la semaine dernière, face aux critiques sur sa réforme. Il a assuré que les données seront hébergées sur le sol canadien pour éviter le risque qu’elles soient happées par des gouvernements étrangers. Il a également promis de préserver l’expertise du gouvernement en matière d’infonuagique afin d’éviter de se retrouver à la merci de sous-traitants.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.