MON CLIN D’ŒIL

On ne dit plus un bulletin de circulation, on dit un bulletin d’immobilisation.

Témoignage

Plaidoyer pour la coopération France-Québec

Ce que 10 ans au Québec m’ont appris sur le potentiel économique et culturel de la francophonie

Il y a deux questions que l’on me pose de façon récurrente des deux côtés de l’Atlantique en tant que Français d’origine habitant à Montréal. Qu’est-ce qui différencie les Français et les Québécois ? Comment me suis-je adapté à une nouvelle culture pour mieux entrevoir la suite de mon parcours professionnel ? Je ne dois pas être le seul à me faire poser ces questions, car, selon le Consulat général de France, on dénombre entre 120 000 et 150 000 Français à Montréal.

Pourquoi ces questions sont-elles si importantes pour nos deux sociétés ? Nos échanges sont d’une grande richesse, tant culturelle qu’économique, et les occasions nombreuses. La France est le deuxième investisseur étranger au Québec après les États-Unis. On compte ainsi plus de 300 filiales d’entreprises françaises établies au Québec et, inversement, plus de 170 entreprises québécoises implantées en France. En 2016, la valeur des exportations du Québec à destination de la France s’élevait à près de 1 milliard d’euros, une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. D’un point de vue diplomatique, nous l’avons vu récemment au sommet du G7, le Canada et la France partagent des valeurs communes et leurs échanges stratégiques sont vigoureux.

En fait, la réponse à ces deux questions est la même : mon biculturalisme me permet de rapprocher les mondes. 

Je suis Français, Européen et Québécois d’adoption. J’ai la chance de pouvoir exercer un travail qui me permet de réunir les sphères scientifique, économique et institutionnelle de nos pays dans le but de générer des innovations pour ces deux marchés francophones. Je peux côtoyer des experts et entrepreneurs des deux côtés pour apprendre ce qui nous lie et ce qui crée notre diversité. Toutefois, « réseauter » à l’international induit de faire symbiose des différences culturelles entre ces mondes pour qu’ils travaillent ensemble. Il faut alors les comprendre. C’est ici l’enjeu du rôle de l’Histoire.

La promesse de l’Histoire

Nous avons certes le français en commun, mais nous en parlons deux versions. Notre langue n’est pas qu’un moyen d’échange, elle est le vecteur de nos cultures.

Ainsi, dans son admirable discours d’intronisation à l’Académie française, l’écrivain et intellectuel Dany Laferrière, citant l’auteur Borges, a mis en exergue « le délicat crépuscule » européen et le « matin [nord-] américain ». On retrouve cette promesse du matin nord-américain à travers la simplicité et la joie de vivre si particulière au Québec, là où le Français sera généralement plus critique, tout en ayant une envie de progrès. Loin de moi l’idée de vouloir caricaturer, tout est dans la nuance.

Il est donc primordial de trouver le point d’équilibre et c’est à cela que servent les grands forums francophones comme les Entretiens Jacques Cartier, organisés par le Centre Jacques Cartier, qui rapprochent la France et le Québec.

La francophonie, une chance

Dans un monde en perpétuel changement, la francophonie est une chance ! Une agilité faite de différences culturelles, venues d’Amérique, d’Afrique, d’Europe est un coagulant puissant. Plus que jamais, les relations franco-québécoises sont riches et de nombreux Français sont tentés de venir s’internationaliser en Amérique du Nord en entrant par le Québec. Le défi que représente le développement de relations avec « l’autre francophonie » en vaut largement la chandelle – mais le bénéfice ne se situe pas tout à fait là où vous le pensez. 

Développer des capacités d’adaptation et de compréhension d’une autre culture, même si francophone, offre un savoir « relationnel » et une créativité transposable dans toutes les autres terres inconnues.

Immigrer au Québec m’a permis de développer un relationnel simple et direct, voire plus libéré, mais tout aussi efficace. En alliant mes deux cultures, j’ai compris que la collusion des connaissances et l’ouverture sur le monde se doivent d’être enrichies et renouvelées constamment. Ces capacités deviennent donc essentielles dans cette société de l’innovation et s’aiguisent lorsqu’exercées hors de nos zones de confort, favorisant ainsi le développement de nos relations, notamment économiques, à l’international.

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