ATTENTAT DE NEW YORK

Ils ont dit

« Les New-Yorkais doivent se rendre compte que c’est maintenant le monde dans lequel nous vivons, cela se passe partout sur la planète, dans des petites villes, des grandes villes… »

— Andrew Cuomo,  gouverneur de l’État de New York

« [Les extrémistes] essaient de blesser des innocents, mais ils essaient aussi de nous faire peur à tous. Et de changer notre façon de vivre pour saper nos valeurs. Donc, même si nous devons être vigilants et offensifs pour empêcher ces actes insensés et faire en sorte de retrouver leurs auteurs pour les juger, nous avons tous un rôle à jouer pour ne pas succomber à la peur. »

– Le président américain Barack Obama

« Je suis la seule à avoir été associée à des décisions difficiles [visant à éliminer les terroristes]. Surtout, je veux dire aux Américains : soyons vigilants, n’ayons pas peur. Nous avons affronté des menaces dans le passé. Je sais que nous ferons face à ce nouveau danger avec le même courage et la même vigilance. » 

– La candidate démocrate Hillary Clinton

« Nous allons devoir être très durs. Nous avons été faibles, notre pays a été faible. Nous avons laissé entrer des dizaines de milliers de personnes. »

– Le candidat républicain Donald Trump

Arrêté après une fusillade

L’arrestation de Ahmad Khan Rahami renforce l’hypothèse d’une attaque d’inspiration islamiste. L’homme de 28 ans, a été arrêté à Linden, dans le New Jersey, tout près de la ville d’Elizabeth où il habitait, après une fusillade avec les forces de l’ordre. « Nous avons désormais toutes les raisons de penser que l’attaque », qui a fait 29 blessés, était bien « un acte de terrorisme », a déclaré le maire de New York, Bill de Blasio, après l’arrestation. Il a précisé qu’« aucun autre individu n’était recherché » pour l’attentat de New York. Un agent du FBI a ajouté ne disposer à ce stade d’« aucune information » sur une cellule terroriste « opérationnelle ». Le jeune homme a été formellement inculpé hier soir pour tentatives de meurtre et possession d’une arme à feu, selon plusieurs médias américains, mais ces chefs d’accusation sont liés à la fusillade qui a conduit à son arrestation et non aux attentats eux-mêmes. Deux policiers ont également été blessés dans la fusillade. Le suspect a pour sa part été blessé à une jambe, selon un média local. — Agence France-Presse

Le suspect serait devenu « plus religieux » après un séjour en Afghanistan

ELIZABETH, New Jersey — Le restaurant, situé dans un secteur commercial de l’avenue Elmora, à Elizabeth, devait sans doute faire partie du rêve américain des Rahami, immigrés afghans installés dans cette ville du New Jersey depuis plus de 20 ans. Mais son premier nom – Khan Fried Chicken – a nui à sa « popularité », raison officielle invoquée par le patriarche de la famille pour le remplacer en 2006 par un nom plus patriotique qui s’étale aujourd’hui sur un auvent bleu : First American Fried Chicken.

Or, dans la nuit de dimanche à lundi, une équipe d’intervention tactique a effectué avec fracas une perquisition dans le restaurant et l’appartement à l’étage du dessus, où vivent plusieurs membres de la famille Rahami. C’était le début d’un cauchemar américain qui devait se préciser quelques heures plus tard par l’arrestation et l’inculpation d’Ahmad Khan Rahami, soupçonné d’être l’auteur des attentats à la bombe survenus samedi au New Jersey et à New York.

« Je me brossais les dents lorsque la police a investi le restaurant et l’appartement », a raconté Anthony Martinez, un voisin d’en face.

« Ils ont fait tout un boucan. Mais je n’avais aucune idée de la raison de l’intervention jusqu’à ce que je voie la photo du suspect. J’ai dit à un ami : “Hé, je le connais, ce gars-là, il m’a déjà servi du poulet frit !” »

— Anthony Martinez, un voisin

L’étonnement d’Anthony Martinez était partagé hier après-midi par des commerçants et des résidants de ce quartier ouvrier qui se sont attroupés sous la pluie le long du cordon de sécurité établi par la police autour du restaurant des Rahami. Se trouvait parmi eux Flee Jones, qui s’est décrit comme un ami d’enfance d’Ahmad Rahami, avec qui il a joué au basketball.

Jones a raconté que Rahami avait changé il y a quelques années à la suite d’un séjour en Afghanistan.

« Il portait la barbe et des vêtements traditionnels. Il était plus sérieux, plus religieux. Mais il continuait à bien me traiter. Quand je n’avais pas d’argent, il me donnait à manger quand même. Je ne peux pas croire qu’il a fait ce dont on l’accuse. »

Un fonctionnaire fédéral qui a requis l’anonymat a indiqué au New York Times que Rahami s’était en fait rendu au Pakistan à deux reprises. Une première fois durant 3 mois en 2011, puis une deuxième fois dans la ville de Quetta, où il est resté avec de la famille, durant près d’un an.

DES ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES

Inculpé pour tentative de meurtre, Rahami n’en est cependant pas à ses premiers ennuis avec la justice. En 2014, l’ancien étudiant en justice pénale dans un collège communautaire a été arrêté pour agression présumée à l’arme blanche lors d’une dispute domestique. Il a passé trois mois en prison pour cette affaire, mais un grand jury a choisi de ne pas l’inculper. En 2012, il a écopé d’une journée de prison pour avoir violé une ordonnance de non-communication.

Son père, Mohammed Rahami, a pour sa part eu maille à partir avec la Ville d’Elizabeth. Il a notamment intenté une poursuite contre la municipalité en 2011 pour harcèlement et discrimination religieuse. Il se plaignait d’un règlement adopté par le conseil municipal le forçant à fermer les portes de son restaurant à 22 h. Un voisin s’était plaint du bruit que faisait sa clientèle à toute heure du jour et de la nuit.

Dans sa poursuite, Rahami a accusé son voisin d’être entré dans son restaurant pour dire aux membres de sa famille « les musulmans n’ont pas d’affaire ici » et « les musulmans causent des problèmes ». Ce voisin a nié ces accusations, tout comme le maire d’Elizabeth, qui s’est adressé aux médias hier après-midi.

« Le suspect n’avait pas attiré l’attention de la police locale, mais le restaurant familial avait suscité des plaintes pour bruit et violation du règlement municipal, a déclaré Chris Bollwage. Cela n’avait rien à voir avec l’ethnicité ou la religion. »

Au moment d’écrire ces lignes, les enquêteurs n’avaient pas encore fait la lumière sur les motifs qui auraient poussé Rahami à faire exploser une bombe sur le parcours d’une course à pied à Seaside, au New Jersey, et sur la 23e Rue, dans le quartier Chelsea, samedi.

Mais les voisins de la famille originaire de l’Afghanistan s’accordaient tous hier pour dire qu’elle ne s’était jamais mêlée à la communauté de commerçants locaux.

« Nous formons une communauté diverse et amicale, nous accordons beaucoup d’importance à l’entraide, mais ils n’ont jamais tenté de se mêler à nos activités », a dit Jorge Vasquez, propriétaire d’une entreprise de graphisme. « Ils se tenaient complètement à part. Cela dit, j’ai été secoué en apprenant qu’un des fils était soupçonné d’attaques terroristes. Je ne me serais jamais attendu à entendre une telle nouvelle. C’était un garçon tranquille. »

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