CRITIQUES

Un défilé coloré… et un faux pas

Comédie noireThe DressmakerDe Jocelyn Moorhouse Avec Kate Winslet, Judy Davis, Liam Hemsworth, Hugo Weaving1 h 553 étoiles

Le secret n’est pas dans la sauce, mais dans le ton. Pour apprécier The Dressmaker de Jocelyn Moorhouse (qui fait un retour derrière la caméra près de 10 ans après A Thousand Acres), il faut savoir que la réalisatrice de How to Make an American Quilt nous livre une comédie noire.

Pas une classique histoire de vengeance façon Le comte de Monte-Cristo ou, plutôt, Unforgiven. C’est d’ailleurs une série de clins d’œil visuels et sonores qu’elle adresse au western de Clint Eastwood : d’une certaine manière, les pistolets sont remplacés par des machines à coudre, les balles, par des robes.

Et ça fonctionne. Jusqu’à ce que ça ne fonctionne plus.

Après 90 minutes de situations et de personnages juste assez bizarres pour se sentir un pas à côté de la réalité, c’est la rupture de ton, la plongée vers le drame premier degré.

On redresse un peu la barre avant la note finale, mais la complicité entre le spectateur (consentant) et le long métrage est rompue.

Dommage.

Inspiré du roman de Rosalie Ham, The Dressmaker se déroule au début des années 50 et suit le retour de Tilly Dunnage (magnifique et machiavélique Kate Winslet) dans le village de l’arrière-pays australien où elle a vu le jour. Vingt-cinq ans plus tôt, encore enfant, elle en a été exilée après avoir été accusée d’avoir tué un camarade de classe. Depuis, elle a grandi, est devenue designer de mode, a été formée dans les grandes capitales européennes.

ÉPAULER, SE VENGER

Mais sa mère, Mad Molly (Judy Davis, formidable), ne va pas bien. Officiellement, c’est pour s’occuper d’elle que Tilly rentre au bercail. Officieusement, elle a des réponses à trouver (elle ne se souvient pas vraiment du drame et ignore si elle est vraiment coupable de meurtre) et des comptes à régler avec les villageois.

Parmi eux, des personnages délicieusement décalés, tels le sergent Farrat (Hugo Weaving), policier à la ville, travesti à la maison, Marigold Pettyman (Alison Whyte), qui ne s’est jamais remise de la mort de son fils, Trudy Pratt (Sarah Snook), caissière timorée du magasin général que les tenues créées par Tilly vont littéralement transformer, etc.

Bref, dans les situations et les gens, dans les paysages (filmés par Donald McAlpine) et les tenues (créées par Marion Boyce et Margot Wilson), dans les très gros plans qui succèdent aux plans très larges, dans la musique de David Hirschfelder, nous sommes dans un univers « surligné » où se côtoient le beau et le crade. Le saugrenu et l’étrange y pétillent, ils sont assumés et bien exploités.

Puis. Entrée du beau Teddy (le beau Liam Hemsworth), dont le cœur battra pour la belle Tilly et vice-versa. Ils sont beaux (quoi d’autre !) ensemble. Mais c’est à cause d’eux que The Dressmaker trébuchera vers la fin du « défilé ». Le faux pas fera craquer les coutures. Mais, heureusement, ne ruinera pas entièrement le spectacle.

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