Bareoké

Chanter en se dénudant

Chanter sur la scène d’un karaoké, c’est bien, mais interpréter sa chanson préférée en déboutonnant sa chemise ou en retirant tous ses vêtements avant la dernière note, c’est, aux yeux de certains, encore mieux. Tous les premiers samedis du mois, le troisième étage du Café Cléopâtre se remplit d’adeptes de bareoké, une contraction du mot anglais bare (nu) et de karaoké.

Succès mensuel

Adeptes de burlesque et de karaoké, Julie Paquet et Michael McCarthy ont lancé la soirée bareoké, il y a huit ans, dans un lieu qu’ils ont d’abord cru trop grand pour l’événement. Ils avaient tort. « Il y a souvent des personnes qui attendent à la porte une heure avant l’ouverture, explique le cofondateur. D’autres soirs, la salle se remplit graduellement. » À une autre époque, la défunte escouade de la moralité n’aurait certainement pas approuvé cette nudité chansonnière, mais on est en 2019. « Et il faut dire que le Café Cléopâtre est l’un des seuls lieux du genre à posséder un permis de nudité », précise sa collègue.

Un morceau à la fois

Comme dans les karaokés conventionnels, les participants choisissent leur chanson dans une énorme sélection. Puis, quand vient leur tour de chanter, ils en profitent pour se dénuder à leur guise. « On ne dit jamais à personne de tout enlever, rassure Julie Paquet. Certains enlèvent leur cardigan, un foulard ou un bas, alors que d’autres vont tout retirer. Plusieurs personnes sont trop gênées pour monter sur scène au début, mais après avoir vu certaines performances, elles osent y aller. »

Chanter tout nu

Si le chant a la réputation de dénuder émotivement un interprète, le bareoké franchit un pas de plus. « On se sent vivant, sexy et les gens nous encouragent, souligne Julie Paquet. Si on n’est pas bon chanteur, le fait d’enlever ses vêtements détourne l’attention. » Michael McCarthy apprécie cette soirée durant laquelle les conventions sont mises de côté. « Contrairement à la vie en société, où l’on doit cacher nos corps, on peut être nu et oublier des représentations rigides de la beauté. Ici, tout le monde sur scène est beau. »

Diverses techniques

Durant la soirée, les amateurs qui montent sur la scène côtoient aussi des performeurs de métier qui viennent s’amuser. Chacun d’entre eux possède sa façon bien spéciale de se dénuder avec un micro à la main. « Tu peux enlever ton linge durant les passages instrumentaux, placer le micro dans ta brassière, demander à un ami de tenir le micro pendant que tu te déshabilles ou tout simplement ne pas chanter un couplet pour te dénuder, explique Julie Paquet. Les gens trouvent plein de stratégies. »

Effet thérapeutique

N’ayant pratiquement jamais manqué de soirées bareoké depuis le début, Sherry Lévesque a vu défiler d’innombrables effeuilleuses et effeuilleurs. « C’est une thérapie de venir ici, dit-elle. On combine deux des plus grandes peurs des gens, soit de performer en public et d’être nu, et on se laisse aller dans une forme de partage avec les spectateurs. C’est grisant. »

Pour tous les goûts

Si les styles musicaux passent de Madonna à Marilyn Manson, les participants sont tout aussi variés. « On accueille une grande diversité de genres, de sexualités, de physiques, d’origines ethniques, des jeunes et des vieux, affirme Julie Paquet. On a vu des gens de 18 à 80 ans faire un strip-tease. C’est quelque chose que tout le monde devrait essayer une fois ! »

Des règles strictes

Pour que l’humeur bon enfant continue de régner, plusieurs règles sont annoncées et répétées durant la soirée : aucune photo (sauf avec la permission spéciale de certains participants pour le photographe de La Presse), aucune vidéo et aucune forme de discrimination ne seront tolérées. « On n’a jamais eu à jouer à la police avec des gens qui auraient été agressifs ou homophobes », souligne M. McCarthy. La cofondatrice renchérit. « Les gens sont à l’aise de nous aviser en cas de problème. Si quelqu’un arrive en milieu de soirée et qu’il ignore l’interdiction de photographier, on lui explique les règles, on lui demande de supprimer les photos et il le fait. »

Juste regarder

Les clients qui veulent uniquement observer les courageux qui montent sur scène sont les bienvenus. « Les personnes qui performent ont envie d’un public qui les regarde et les encourage, indique Julie Paquet. Tant que les gens sont respectueux et que personne ne monte sur scène pour toucher un participant, c’est correct. » Son acolyte opine du bonnet. « Il n’y a rien de mal à regarder, affirme Michael McCarthy. Durant nos soirées, les gens ne sont pas des voyeurs comme tels. Ils regardent un spectacle. Certaines personnes ressentent le même sentiment de liberté en observant la scène. »

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