Opinion  

Prise de rendez-vous médical électronique
Québec doit se tourner vers les solutions qui existent déjà

À la suite des révélations quant aux lacunes de la plateforme Rendez-vous santé Québec (RVSQ), mise en place par l’ancien gouvernement libéral, l’actuel ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a affirmé qu’il souhaitait « tout faire pour que ça fonctionne ». L’intention peut sembler louable à première vue, mais quand on sait que ce projet cumule déjà un dépassement de coûts de 50 % et qu’il nécessitera encore des investissements de plusieurs millions de dollars, qu’on l’impose aux cliniques malgré son dysfonctionnement alors que les cliniques disposent déjà depuis plusieurs années de solutions efficaces et gratuites pour les patients, offertes par des PME d’ici, une question simple s’impose : pourquoi ?

Le Québec compte neuf PME qui œuvrent dans la prise de rendez-vous électroniques. Elles ont toutes innové afin de répondre aux conditions particulières de pratique des cliniques médicales et des médecins, à leurs besoins administratifs, à leur modèle de décision, etc. Certaines commencent même à briller à l’extérieur de nos frontières !

La confrontation avec les PME du secteur a été lancée par l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et les difficultés du RVSQ nous montrent bien que cette voie ne mène pas aux résultats souhaités.

Dans plusieurs autres dossiers, l’actuel gouvernement a fait preuve d’initiative et de collaboration avec le courage de la collaboration avec les PME, stratégie bien plus efficace pour atteindre de réels résultats.

Que font les meilleurs pays au monde pour l’accès ? 

Les données de l’OCDE montrent que, parmi tous les pays qui ont un système de santé universel et public comme le Canada, les cinq pays où les soins de santé sont les plus accessibles ont tous un modèle similaire où le gouvernement et les cliniques médicales jouent chacun efficacement leur rôle. Ces pays sont l’Australie, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et le Royaume-Uni.

Dans tous ces pays, les cliniques choisissent un système de prise de rendez-vous qui leur convient parmi ceux offerts sur le marché. Les gouvernements de ces pays ont choisi de publier un répertoire des cliniques sur leur territoire, comprenant un lien direct avec le système de prise de rendez-vous de la clinique. Les citoyens n’ont qu’à consulter le répertoire pour trouver la clinique de leur choix et prendre un rendez-vous.

Les résultats sont probants : aux Pays-Bas, le taux d’accès à un rendez-vous médical le jour même ou le lendemain est de 80 % (ce taux est de seulement 43 % au Québec).

Est-ce que ces succès ont inspiré le système québécois ? Malheureusement… pas encore. Le Québec a plutôt choisi de créer un nouveau système de toutes pièces, qu’il tente depuis d’imposer à l’ensemble des cliniques médicales, avec le peu de succès qu’on connaît. 

On en vient à se demander comment le Québec est si unique dans le monde qu’il peut se permettre d’ignorer les solutions performantes utilisées dans les autres pays de l’OCDE.

Sur quelle étude ou quel avis d’expert se base-t-on pour justifier les millions de dollars consacrés à régler un problème qui est déjà réglé ? Ces millions de dollars ne pourraient-ils pas combler d’autres besoins plus urgents dans le réseau de la santé ? Développer et opérer un système informatique de prise de rendez-vous pour les cliniques médicales, est-ce vraiment la mission du gouvernement ? 

Le Québec peut arrêter les dépassements de coûts en s’appuyant sur les solutions déjà en place, qui ne nécessitent pas l’injection de fonds publics supplémentaires. Il est temps que le gouvernement du Québec fasse preuve de leadership et collabore avec ses partenaires du secteur dans l’intérêt des patients.

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