« Tout le monde paye davantage quand un journal disparaît »

La fermeture d’un journal local fait augmenter les coûts d’emprunt des municipalités qu’il desservait, ce qui se traduit par une hausse des impôts fonciers, révèle une nouvelle étude américaine, la première à se pencher sur la question. « Les gens ont moins d’argent dans leurs poches après la fermeture de leur journal local », explique Pengjie Gao, professeur adjoint de finance à l’Université Notre-Dame, en Indiana. La Presse lui a parlé.

L’étude que vous avez coréalisée montre que les journaux sont bénéfiques pour les finances publiques des régions qu’ils desservent : les municipalités américaines ont vu leurs coûts d’emprunt augmenter de 0,05 % à 0,11 % en moyenne après la fermeture de leur journal local.

Exactement. Nous croyons que les journaux locaux, surtout les journaux locaux de haute qualité, jouent un rôle de chien de garde vis-à-vis du gouvernement. Le journalisme d’enquête, en particulier, a un impact. Les journalistes poussent les élus à se justifier, à prendre la responsabilité pour leurs décisions. Les citoyens qui vont voter lors d’une élection, ou lors d’un référendum, doivent être informés. Sans le travail des journalistes, les citoyens n’ont pas l’heure juste sur les enjeux.

Les gouvernements locaux ont beaucoup de latitude et prennent de nombreuses décisions. Certaines décisions sont efficaces, d’autres ne le sont pas. Si personne n’est là pour faire le suivi, les électeurs ne savent pas ce qui se passe. Les élus peuvent faire un travail terrible, et les citoyens ne le savent pas.

Pourquoi les villes sans journaux doivent-elles payer plus pour emprunter ?

Certains élus locaux ont tendance à entreprendre des projets impériaux qui ne devraient pas être entrepris. À long terme, ce comportement augmente les risques de défaut. Aussi, je crois que c’est une question de familiarité avec les grands projets d’une municipalité. Si vous n’avez pas de transparence, les coûts d’emprunt sont généralement plus élevés. La fermeture d’un journal local de haute qualité a des répercussions sur toutes ces facettes.

Nous avons vu cela à l’œuvre partout aux États-Unis, tant dans les endroits où l’économie va bien que là où l’économie va mal.

Certains exemples sont extrêmes. Il y a quelques années, dans la petite ville industrielle de Bell, près de Los Angeles, le gestionnaire de la ville était payé 787 637 $ par an, et le chef de police gagnait 457 000 $, soit 50 % de plus que le chef de police de Los Angeles. Une des raisons qui expliquent ces salaires est qu’aucun journal ne couvrait Bell. Le dernier journal y avait fermé ses portes dans les années 90.

Vous dites que les sites internet de nouvelles locales n’ont pas le même impact qu’un journal…

Oui, nous avons vu que les sites internet de nouvelles ne parviennent pas à remplir le vide créé par la fermeture d’un journal. Bien souvent, on a un site qui relaye des nouvelles nationales plutôt standard, avec peu de contenu produit localement. C’est basé sur du contenu plus léger, qui n’a pas le même mordant.

On parle aussi de plus en plus de « journalisme citoyen » et des médias sociaux. Mais combien de journalistes citoyens font un travail rigoureux ? Comment font-ils pour départager la rumeur de la nouvelle ? Ils ont leur rôle à jouer, mais je ne crois pas qu’ils peuvent prendre la place des journalistes. Les journaux locaux jouent un rôle unique qui ne peut pas être remplacé facilement.

Donc d’un côté, quand un journal ferme, vous pouvez économiser de l’argent et aller lire les nouvelles gratuitement sur internet. Mais de l’autre côté, les coûts d’emprunt de la municipalité augmentent, et ce sont les citoyens qui paient, et donc les gens auront moins d’argent dans leurs poches. Tout le monde paye davantage quand un journal disparaît.

En chiffres

225

Nombre de journaux hebdomadaires qui ont disparu au Canada depuis 2010

27

Nombre de quotidiens qui ont disparu au Canada depuis 2010

-43 %

Pourcentage d’emplois perdus dans la presse écrite au Québec entre 2009 et 2015

Sources : Forum des politiques publiques et MCE Conseils

Dialoguer avec Trump peut être constructif, dit Poutine

Le dialogue avec Donald Trump « peut être constructif », a estimé Vladimir Poutine, alors que le président américain a appelé hier à réintégrer la Russie dans le G7 et que les relations entre Moscou et Washington sont au plus bas. Le président américain « est une personne réfléchie, il sait écouter et répondre aux arguments de son interlocuteur », a jugé M. Poutine, lors d’une émission télévisée qui doit être diffusée aujourd’hui et que les agences de presse russes citaient hier soir. « Tout cela me donne des raisons de croire que le dialogue peut être constructif » avec Donald Trump, a affirmé M. Poutine. — Agence France-Presse

Paul Manafort accusé d'entrave à la justice

L’ex-chef de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, qui attend son procès pour blanchiment, fraude fiscale et bancaire et lobbying illégal, dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence de la Russie dans la présidentielle américaine, a été également inculpé hier d’entrave à la justice. Avec lui est poursuivi un de ses anciens proches collaborateurs, un Russe nommé Konstantin Kilimnik, précise l’acte de mise en accusation signé par le procureur spécial Robert Mueller. Les deux hommes sont accusés de tentatives de subornation de deux témoins dans cette enquête s’intéressant aux activités passées des acteurs de l’élection de 2016.

— Agence France-Presse

Une journaliste visée par une saisie controversée

Les organisations de défense des médias se sont inquiétées hier des risques pour la liberté de la presse après la saisie par la justice de correspondances d’une journaliste dans le cadre d’une enquête sur des fuites d’informations sensibles. Le ministère de la Justice a annoncé jeudi soir l’inculpation de James Wolfe, un employé du Congrès qui travaille pour la commission sénatoriale du Renseignement. Âgé de 57 ans, il est accusé d’avoir menti aux enquêteurs du FBI sur ses contacts avec trois journalistes. Interrogé à la fin de l’année 2017, il avait notamment nié vivre depuis trois ans une relation amoureuse avec la journaliste Ali Watkins, embauchée l’année dernière au New York Times comme spécialiste des questions de sécurité nationale.

— Agence France-Presse

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