Industrie automobile au Canada

Autopsie d’un lent déclin

Les 2900 postes supprimés en Ontario par General Motors du Canada la semaine dernière peuvent paraître bien peu nombreux comparés aux 43 500 emplois effacés dans l’ensemble de l’industrie automobile canadienne entre 2007 et 2009. Le secteur de l’automobile employait tout près de 180 000 personnes au pays au tournant de l’an 2000. Petite histoire d’un lent déclin, un modèle à la fois.

1998

Volvo S80

Le 11 juin 1963, Volvo Canada Limited a inauguré à Halifax la première usine Volvo établie à l’extérieur de la Suède, et la première usine d’une marque non nationale en Amérique du Nord. On y a notamment assemblé la Volvo 120, surnommée la « Canadian », ainsi que deux générations de 240, et vers la fin, les S70, V70 et S80 des années 90. Sa fermeture, entraînant la perte de 225 emplois, est survenue le 8 décembre 1998, le constructeur citant la mondialisation et l’ALENA comme uniques causes de cette fermeture.

2002

Chevrolet Camaro et Pontiac Firebird

Après des vagues successives de licenciements et un gel de l’embauche, l’usine de General Motors à Boisbriand, qui assemblait les deux modèles sportifs, a fermé en 2002, laissant 1300 travailleurs sur le trottoir. Encore là, GM fermait une usine après avoir reçu une aide publique (220 millions consentis en 1987) devant assurer la pérennité de l’endroit. Pour le Québec, cette fermeture marque la fin de l’assemblage d’automobiles, mais l’industrie locale s’est réorganisée autour d’autres sous-secteurs du transport, comme les autobus.

2005

Pontiac Grand Prix

La berline de Pontiac a été dévoilée en grande pompe en 2004 dans l’usine numéro 2 de GM à Oshawa. Un an plus tard, cette même usine était fermée, ce qui entraînait l’élimination de 3750 postes à temps plein. Ce geste a frappé l’imaginaire collectif dans l’industrie automobile canadienne, puisque l’usine était associée à Sam McLaughlin, premier président de GM du Canada et fils de Robert McLaughlin, fondateur de la McLaughlin Motor Car Company, rachetée par General Motors en 1918 conjointement avec la Chevrolet Motor Car Company of Canada.

2007

Dodge Magnum

Une année difficile pour les trois constructeurs américains, qui sera notamment ponctuée par une première vague de 2000 emplois supprimés à partir de février par Chrysler, suivie par une autre de 1100 en novembre, plus précisément dans son usine de Brampton en Ontario, où l’on assemblait jusque-là la Dodge Magnum, une familiale bon marché. Le Jeep Wrangler avait également été assemblé à Brampton jusqu’en 1992.

2009

Chevrolet Silverado et GMC Sierra

Annoncée l’été précédent, la fermeture de l’usine de camionnettes d’Oshawa (GM a eu trois usines dans cette ville à l’est de Toronto), où était assemblée la version à cabine allongée des Silverado et Sierra, de Chevrolet et GMC, a entraîné la perte de 2600 emplois directs. Après la crise de 2008-2009, l’industrie canadienne a semblé se stabiliser à environ 130 000 emplois, dont 124 000 en Ontario et le reste principalement au Québec.

2011

Mercury Grand Marquis

L’usine de Ford près de Saint-Thomas, en Ontario, a ouvert ses portes en 1967 en produisant des Ford Falcon, puis en se spécialisant dans l’assemblage de véhicules à moteur pouvant carburer à l’éthanol, présenté comme un gage d’avenir au sein du groupe Ford. L’usine, reconnue pour ses berlines Town Car (Lincoln), a aussi comme fait d’armes notoire d’avoir produit le dernier modèle de la marque Mercury, la berline Grand Marquis. Les derniers employés encore en poste parmi les 1100 travailleurs de l’usine ont finalement été remerciés lors de sa fermeture complète, le 15 septembre 2011.

2018

Cadillac XTS et Chevrolet Impala

L’usine qui fermera en décembre est entrée en service en 1953, et elle est victime d’un resserrement des opérations de GM qui se concentrera dorénavant sur seulement cinq architectures pour tous ses modèles. Dans la foulée, des fournisseurs de pièces établis dans la région ont aussi annoncé des licenciements, dont Martinrea International, qui fermera son usine également à Oshawa, entraînant près de 100 congédiements additionnels. Une centaine de fournisseurs seront touchés par la décision de GM du Canada.

2019

Camion électrique BYD

Le 26 juin dernier, la société chinoise BYD, forte de l’appui financier de la financière Berkshire Hathaway, a reçu une certification du gouvernement canadien pour un camion entièrement électrique qu’elle souhaitait assembler en Ontario puis mettre en vente rapidement. L’usine en question commencerait modestement, avec une quarantaine d’emplois à la clé, calquée sur une usine similaire située en Californie. BYD promettait une croissance accélérée par la suite. Or, BYD a annoncé début novembre la mise au rencart du projet. L’élimination récente de l’aide financière ontarienne à l’achat de véhicules électriques ne serait pas en cause, assure BYD.

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