Congrès annuel de l’Association américaine pour l’avancement des sciences

Quand l’Arctique refroidit le Québec

La fonte de la banquise arctique augmente la probabilité de coups de froid dans l’est de l’Amérique du Nord, selon plusieurs études. Elle pourrait aussi expliquer les récentes canicules en Europe. Un débat sur la question a lieu cette fin de semaine au congrès annuel de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, à Seattle. Il s’agit de la plus importante rencontre de science généraliste au monde.

Front froid

Depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’études montrent que les coups de froid hivernaux sont plus fréquents en Nouvelle-Angleterre et au Québec. « L’explication la plus répandue est que la diminution de la zone de l’Arctique qui est recouverte de glace modifie le courant-jet responsable du front froid empêchant l’air très froid du pôle de descendre plus au sud », explique Thomas Jung, climatologue de l’Institut Alfred-Wegener, en Allemagne, qui participe à la séance sur ce sujet vendredi matin à Seattle. « C’est paradoxal que ce soit un effet du réchauffement de la planète. Pendant l’hiver, une portion plus grande de l’océan Arctique est en contact avec l’air froid de l’atmosphère et le réchauffe. Il y a aussi plus d’aspérités qui ralentissent les vents quand l’eau est libre, par rapport à une surface de glace lisse. »

Modèles et observations

Parmi les dizaines d’études sur le sujet, M. Jung a relevé deux grandes tendances : les modélisations sont mitigées, alors que les études basées sur des données réelles tendent à confirmer la théorie d’une ondulation du front froid arctique augmentant le risque de froids « polaires » au Québec.

« Les modélisations sont évidemment plus incertaines, mais il faut se souvenir que nous n’avons que 50 ans de bonnes données à analyser, dit le climatologue allemand. Alors il faut attendre les prochaines générations de modèles climatiques, qui seront plus précis. » Selon M. Jung, la taille des cellules individuelles analysées par les modèles actuels va de 50 à 80 km de côté. Les nouveaux modèles en train d’être testés descendent à une taille de 16 km pour les cellules. « On connaît de mieux en mieux les équations chimiques et physiques qui font le lien entre le climat et la météo, dit M. Jung. Il faut par contre de meilleurs algorithmes ou une capacité de calcul plus grande pour avoir des cellules plus petites, plus précises. » Une cellule est à un modèle climatique ce qu’un pixel est à une photo.

Canicules en Europe

Un corollaire de la théorie liant la glace arctique et les froids polaires plus au sud veut que les canicules qui font des milliers de morts depuis une décennie en Europe soient aussi liées à la fonte de la banquise polaire.

« À mon avis, le lien est moins certain, dit M. Jung. L’été, l’eau arctique ne réchauffe pas l’atmosphère des pôles, parce qu’elles sont à la même température. Je crois plutôt que la fonte de la banquise arctique diminue la force du courant charriant de l’eau chaude vers l’Europe, dont fait partie le Gulf Stream. Ce courant est responsable des vents qui amènent l’eau fraîche de l’océan en Europe l’été. Ces vents sont moins forts, on a plus de canicules. »

Le trou dans la couche d’ozone

Les nouveaux modèles climatiques seront aussi meilleurs pour tenir compte de l’influence de la couche d’ozone, qui a un impact important sur la formation des nuages et le climat. Justement, à la mi-janvier dans la revue Nature, une étude américaine a avancé que le trou dans la couche d’ozone expliquerait la moitié de la fonte récente de la banquise arctique. Or, le trou dans la couche d’ozone se résorbe à mesure que les substances qui détruisent la couche d’ozone, utilisées jusqu’à récemment dans les frigos et climatiseurs, disparaissent du marché après leur interdiction aux termes du protocole de Montréal, en 1987. Cela signifie-t-il que le rythme de fonte de la banquise arctique va ralentir ? « C’est possible, dit M. Jung. Mais il y a un petit problème avec le concept, parce que la moitié des études de modélisation ne montrent pas que la couche d’ozone a un impact sur la banquise arctique. C’est encourageant et intéressant, mais il faut que ce soit reproduit par d’autres chercheurs. »

5 millions

Superficie minimale, en kilomètres carrés, de la banquise arctique en 2017. En 2000, cette superficie était de 6,3 millions de kilomètres carrés. 

Source : NASA

Les nouvelles du jour au congrès

Détection précoce de l’alzheimer

Il pourrait être possible de déceler la maladie d’Alzheimer avant l’apparition des symptômes en se basant sur la démarche et le sommeil des personnes à risque, selon une étude américaine. Dans une communication écrite (poster) présentée au congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) à Seattle, ils ont montré que les mouvements de l’œil durant le sommeil (REM) semblent être en corrélation avec la gravité de la maladie.

Du méthanol au-delà de Pluton

Les milliers d’astéroïdes faisant partie de la ceinture de Kuiper, un réservoir de comètes où circule Pluton, contiennent probablement tous beaucoup de molécules organiques, dont du méthanol. Cela signifie qu’ils sont rouges comme Pluton et Charon, ont expliqué en conférence de presse, jeudi matin, des astronomes américains. À partir d’une nouvelle analyse de l’astéroïde Arrokoth, survolé par la sonde New Horizons en janvier 2019, ils ont aussi déterminé qu’il n’avait fallu que 10 millions d’années aux deux lobes d’Arrokoth pour se fusionner, processus provoqué par la friction des gaz présents il y a quatre milliards d’années dans cette zone du Système solaire. 

La chasse publique aux extraterrestres

Le groupe de détection de civilisations extraterrestres SETI a profité du congrès de l’AAAS pour rendre publics deux pétaoctets d’enregistrements d’ondes en provenance du centre de notre galaxie. L’institut SETI, popularisé en 1997 par le film Contact avec Jodie Foster, espère que des astronomes amateurs analyseront ces données vierges pour y déceler des signaux radio d’une civilisation extraterrestre tirant son énergie du trou noir supermassif au centre de la Voie lactée. C’est la deuxième opération du genre du SETI. — Mathieu Perreault, La Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.