L’ex-secrétaire général de l’onu à montréal

Ban Ki-moon « encouragé » par le sommet Trump-Kim, mais...

Invité d’honneur à la Conférence de Montréal, hier, l’ex-secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, d’origine coréenne, s’est dit « encouragé par un sentiment positif » après la rencontre entre le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump, mardi à Singapour.

« En tant que Coréen, et diplomate depuis le début des disputes sur la nucléarisation de la Corée du Nord, je suis encouragé par cette rencontre. Il s’agissait d’un premier pas positif, considérant que les peuples des deux Corées, d’Asie, des États-Unis et même du monde entier étaient depuis longtemps sous la menace des provocations de la Corée du Nord, allant jusqu’à des tirs de missiles interbalistiques. »

Peu de détails, déplore Ban

En contrepartie, Ban Ki-moon a indiqué n’être « pas entièrement satisfait en tant que diplomate de carrière » du peu d’informations qui ont filtré à propos de l’entente signée par les deux chefs d’État.

« Il ne semble pas y avoir vraiment de détails sur les engagements contenus dans cette entente. Peut-être que le président Trump ne les a pas encore tous divulgués, en attendant la suite des négociations détaillées qui doivent survenir », a suggéré M. Ban lors d’une discussion devant auditoire avec Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, lors de l’événement de clôture de la Conférence de Montréal.

« J’aurais souhaité plus de détails en complément de la très bonne proposition du président sud-coréen, énoncée en avril, en faveur de la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. »

— L’ex-secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon

« Pour sa part, le leader nord-coréen devra adopter un comportement plus responsable envers la communauté internationale. Depuis des années, il a systématiquement bafoué tous les protocoles en relations internationales, en particulier les résolutions des Nations unies à propos de son programme nucléaire. Cette fois-ci, il faudrait que le nouvel accord [de dénucléarisation] soit beaucoup plus détaillé qu’auparavant, et complètement irréversible. »

Par ailleurs, Ban Ki-moon a confié avoir été « un peu étonné » par la déclaration du président Trump voulant que les États-Unis allaient suspendre les exercices militaires qu’ils effectuent depuis de nombreuses années avec les forces armées sud-coréennes.

« Il a décrit ces exercices comme des “provocations” pour la Corée du Nord, et trop dispendieuses pour les États-Unis. Mais avant de faire une telle déclaration, M. Trump aurait dû en discuter avec le président sud-coréen et le premier ministre japonais. Ça aurait été la manière appropriée et prudente de procéder en diplomatie. »

« plus de menace nucléaire » nord-coréenne, dit Trump

Par ailleurs, le président des États-Unis Donald Trump s’en est pris hier à ceux qui doutent de la portée de sa rencontre avec le leader nord-coréen Kim Jong-un et a assuré que la menace nord-coréenne n’existait plus.

Dans une série de tweets publiée dès son retour à Washington, le président Trump, qui s’était déjà réjoui d’avoir empêché une « catastrophe nucléaire », s’est félicité de l’« expérience intéressante et très positive » qu’a été sa rencontre avec Kim Jong-un.

« Il n’y a plus de menace nucléaire de la part de la Corée du Nord », a-t-il ajouté. « Avant de prendre mes fonctions, les gens pensaient que nous allions entrer en guerre avec la Corée du Nord. » 

« Le président Obama disait que la Corée du Nord était notre plus gros et plus dangereux problème. Ce n’est plus le cas – dormez bien ce soir ! »

— Le président Donald Trump, sur Twitter

Le président des États-Unis a enfoncé le clou avec un tweet visant les médias sceptiques. « Tellement drôle de regarder les Fake News, surtout NBC et CNN. Ils se battent pour minimiser l’accord avec la Corée du Nord. Il y a 500 jours ils auraient “supplié” pour cet accord », a-t-il écrit avec dérision.

« Le plus grand ennemi de notre pays, ce sont les Fake News si facilement répandues par des imbéciles ! », a-t-il conclu.

« L’essentiel du désarmement » d’ici deux ans et demi ?

La rencontre de mardi à Singapour a eu un énorme retentissement médiatique, mais ses résultats tangibles, notamment sur le thème-clé de la dénucléarisation, suscitent des interrogations.

La formulation de la déclaration commune signée par MM. Trump et Kim, dans laquelle Pyongyang s’engage en faveur d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne », reste en effet vague. Elle a été critiquée par de nombreux experts, car elle ne mentionne pas deux autres conditions-clés de Washington, à savoir que la dénucléarisation soit aussi « vérifiable et irréversible ».

Les interrogations à ce sujet ont visiblement agacé le secrétaire d’État américain Mike Pompeo qui, en visite à Séoul, a assuré que le caractère « vérifiable et irréversible » était inclus de facto dans le terme « complète ». 

Il a aussi affirmé que les États-Unis avaient « bon espoir » que « l’essentiel du désarmement » nucléaire de la Corée du Nord pourrait intervenir « dans les deux ans et demi à venir », soit d’ici à la fin du mandat présidentiel de Donald Trump.

Une bonne nouvelle pour la Chine

La Chine a gagné gros au sommet de Singapour quand le président des États-Unis Donald Trump a décidé de suspendre les manœuvres militaires communes avec la Corée du Sud et de retirer les troupes américaines déployées dans ce pays. Pékin n’aimait pas la présence militaire américaine en Corée du Sud et au Japon et avait exhorté Washington à suspendre les exercices qui, selon Pyongyang, étaient en fait des répétitions d’invasion, en échange de l’arrêt des activités nucléaires du Nord. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré hier que l’annonce de la suspension des exercices par M. Trump constituait « une autre preuve que la proposition de la Chine est légitime, et qu’elle répond aux préoccupations des deux parties ».

— Associated Press

États-Unis

Les propos de Trump à l’épreuve des faits

Menace nucléaire écartée ?

Ce que dit Donald Trump 

« Il n’y a plus de menace nucléaire de la Corée du Nord […] Avant que j’arrive en poste, tout le monde pensait que nous irions en guerre contre la Corée du Nord. Le président [Barack] Obama avait dit que la Corée du Nord était notre problème le plus important et le plus dangereux. C’est terminé – dormez bien ce soir ! »

Les faits

Le président Trump a tort de suggérer que la Corée du Nord ne représente plus une menace nucléaire. Après le sommet de Singapour, les deux pays n’ont pas précisé comment et quand Pyongyang pourrait se dénucléariser ni fait la lumière sur les « protections » non spécifiées que M. Trump a promises à M. Kim et à son régime.  Par ailleurs, M. Trump a également tort de dire qu’on croyait, avant son arrivée au pouvoir, que les États-Unis s’en allaient en guerre. Ce n’est qu’après l’arrivée de M. Trump que la Corée du Nord a commencé à tester un missile balistique intercontinental et que la rhétorique belliqueuse entre les deux dirigeants s’est intensifiée.

Premières négociations ?

Ce que dit Donald Trump 

« Le président Kim et moi-même venons de signer une déclaration commune [...]. Ce n’est pas le passé. Ce n’est pas une autre administration qui n’a jamais rien essayé et, par conséquent, n’a jamais réussi à le faire. »

Les faits

Le président Trump a tort de dire que son administration est la première à entamer des négociations en vue de la dénucléarisation de la Corée du Nord. Les administrations de Bill Clinton et de George W. Bush l’ont fait toutes les deux. En 1994, Bill Clinton a conclu un accord qui a mis fin à la production de plutonium par la Corée du Nord pendant huit ans. Lorsque l’accord de 1994 s’est effondré à cause de soupçons au sujet d’un programme nucléaire secret, George W. Bush a finalement poursuivi des négociations qui ont conduit à une désactivation temporaire d’installations nucléaires. Les pourparlers se sont toutefois écroulés à cause de différends sur la vérification.

« Rien n’est arrivé » ?

Ce que dit Donald Trump 

« [Kim] a mentionné le fait qu’ils ont emprunté un sentier dans le passé et ultimement, comme vous savez, rien n’est arrivé. [Les Nord-Coréens] ont pris des milliards de dollars sous le régime de Clinton […]. Ils ont pris des milliards de dollars et rien ne s’est passé. » M. Trump a aussi dit de Bill Clinton : « Il a dépensé 3 milliards de dollars US et n’a rien obtenu. »

Les faits

Ses chiffres sont incorrects. Les administrations de MM. Clinton et Bush ont réuni 1,3 milliard de dollars d’aide de 1995 à 2008, selon le Congressional Research Service, un service non partisan du Congrès. Un peu plus de la moitié était destinée à l’aide alimentaire et 40 % à l’aide énergétique. De plus, M. Trump a aussi tort de dire « rien ne s’est passé » en retour. La Corée du Nord a cessé de produire du plutonium pendant huit ans en vertu de l’accord de 1994. Cependant, la quantité de progrès réalisés est remise en question, à cause des soupçons qui ont émergé plus tard selon lesquels la Corée du Nord aurait secrètement cherché à enrichir de l’uranium.

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