CHU SAINTE-JUSTINE

La longue attente de Maëlle

La petite Maëlle Adenot, 12 ans, devait subir une importante intervention chirurgicale, hier matin, au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine. Mais par manque de personnel aux soins intensifs, l’opération a dû être reportée. Une véritable catastrophe pour les parents de la petite.

« On attend quoi ? Qu’un enfant meure en attendant son opération ? », demande la mère de Maëlle, Catherine Kozminski.

C’est la troisième fois que l’opération de Maëlle est reportée depuis le début du mois de janvier. La petite a un état de santé très précaire. Autiste et atteinte de myasthénie grave, elle subit des traitements anticancéreux très puissants. Hier matin, Maëlle devait subir une thymectomie, soit l’ablation du thymus, pour calmer son système immunitaire. Car depuis peu, Maëlle ne répond plus à certains traitements anticancéreux.

« Son état est si fragile qu’on a déjà dû attendre un an qu’elle se stabilise avant de pouvoir penser à cette opération. On se donnait jusqu’à la fin de février pour l’opérer. Mais avec le report d’aujourd’hui, la prochaine date en chirurgie est le 9 mars. On aura dépassé nos délais », déplore Mme Kozminski.

Directrice adjointe de la direction des affaires médicales et universitaires du CHU Sainte-Justine, la Dre Sarah Bouchard explique que l’opération de Maëlle est « importante, mais pas d’extrême urgence ». Celle-ci reconnaît toutefois que le 9 mars prochain, l’opération sera « top urgente ».

ACCÈS AUX SOINS INTENSIFS « TRÈS RESTREINT »

La Dre Bouchard mentionne que l’accès aux soins intensifs du CHU Sainte-Justine est actuellement « très restreint ». « Il y a beaucoup de cas graves. Certains lits doivent être fermés par manque de personnel », dit-elle, sans pouvoir chiffrer le nombre de fermetures.

Faute de lits aux soins intensifs, des chirurgies d’envergure, comme celle de Maëlle, doivent être reportées. Hier, seule l’opération de Maëlle a dû être annulée au CHU Sainte-Justine. Les autres interventions chirurgicales, ne nécessitant pas de lits de soins intensifs, ont été effectuées. La Dre Bouchard ajoute que les opérations liées à “des cas de vie ou de mort” ont aussi été réalisées.

Pour Mme Kozminski, cette situation est « inhumaine ». Le pire, c’est que jeudi, la petite Maëlle a subi plusieurs traitements préopératoires, dont une plasmaphérèse et une transfusion d’anticorps en préparation de son opération. En vain. « C’est ridicule. Et plus on attend, plus l’état de santé de notre fille risque de se dégrader. Je n’en peux plus », dénonce Mme Kozminski.

« Je ne suis pas la seule à qui ça arrive. Plusieurs parents vivent la même chose jour après jour. Ça n’a pas de bon sens. On joue avec la vie des enfants, estime Mme Kozminski.

« Il faut cesser d’accepter et de dire que le système “est comme ça”. Il faut dénoncer. Réclamer une humanisation des soins. »

— Catherine Kozminski

La Dre Bouchard reconnaît que la situation crée d’importants désagréments pour les patients et les familles. « C’est une déception énorme. Et dans le cas de cette patiente, ce n’est pas la première fois », dit-elle. Mais la Dre Bouchard explique que régler la pénurie de personnel aux soins intensifs est complexe. « Former une infirmière aux soins intensifs, c’est long. On a créé une task force pour régler le problème. Mais ce n’est pas simple », remarque-t-elle.

La Dre Bouchard ajoute que le CHU Sainte-Justine a été particulièrement achalandé cet hiver, avec la grippe et la gastroentérite qui ont frappé fort. « Nous avons plus de patients dans l’hôpital, donc plus de patients aux soins intensifs », résume-t-elle.

UNE SITUATION RÉCURRENTE

La problématique du manque de lits aux soins intensifs avait été notée en 2007-2008 par l’actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lors d’une tournée des blocs opératoires du Québec à l’époque où il était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Hier, la FMSQ n’a pas voulu commenter le cas précis de Maëlle, mais a reconnu recevoir régulièrement des courriels de médecins dénonçant le report des interventions qu’ils doivent pratiquer. « Les raisons sont multiples. Manque de lits aux soins intensifs, problème de désinfection des instruments, manque de lits aux étages », énumère le porte-parole de la FMSQ, Richard-Pierre Caron.

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