PARTIR À L’AVENTURE

Un matin, je suis partie

Périple à vélo, voyage en famille, expédition solo… tout au long de l’été, Débats vous présente différents récits d’aventure. Aujourd’hui, Diane Bourgeois raconte comment elle a fait la découverte d’une femme pleine de ressources…

Cela fait 10 ans maintenant. Après 34 ans d’union, je venais de divorcer d’un homme que j’aimais. J’avais une demi-année sabbatique devant moi, mais plus d’attaches, plus de projets ; juste du chagrin.

C’est alors que j’ai écrit à mon cousin qui vivait à Vancouver pour savoir s’il m’accueillerait pour parfaire mon anglais. 

Un matin, je suis partie. 

J’ai traversé le Canada avec mon auto pour me réfugier à Vancouver. 

J’étais une petite femme gâtée qui avait peur d’aller à Montréal. Mes deux enfants m’ont dit : « Maman, tu sais à peine où tu dois verser l’essence dans ta voiture, tu ne parles pas anglais et tu te perds même dans ton patelin. Tu ne peux pas partir. » 

J’ai compris alors que lorsqu’on est en train de se noyer, tu coules ou tu découvres la résilience. 

Un matin, je suis partie.

Avec le livre d’Alice Steinbach, des CD de Jack Johnson, un atlas, ma carte des auberges de jeunesse, mes bottes de ski et un cellulaire. 

Mon plus gros handicap était que je ne parlais pas anglais. L’avantage était que ce projet m’obligeait chaque jour à survivre, à trouver où coucher, à tracer ma route. Je pleurais beaucoup, mais j’étais en mode survie. 

Je me souviens d’avoir suivi un poids lourd durant plusieurs heures parce qu’il neigeait et que les panneaux indiquaient qu’il n’y avait pas d’essence avant 150 kilomètres. Quand j’y repense, c’est fou comme je n’avais peur de rien, sauf de mourir de chagrin. 

Au lac Louise, les routes ont été fermées deux jours. J’ai marché autour du lac en écoutant les arbres pleurer.

Après avoir couché dans toutes les auberges de jeunesse sur mon trajet, je suis arrivée saine et sauve deux semaines plus tard, même si je me suis souvent perdue en chemin. 

J’ai passé trois mois dans ma famille adoptive. Il a fallu que je découvre qui j’étais. Je n’étais plus la femme de… la mère de… 

J’ai fait du bénévolat dans un hôpital, j’ai continué de voyager les fins de semaine, je me suis rendue à Tofino, où j’ai passé beaucoup de temps, touché le fond et commencé à voir le bout du tunnel. J’ai skié à Whistler Blackcomb, visité la vallée de l’Okanagan, l’île de Victoria, découvert la vie d’Emily Carr et marché de longues heures un peu partout à travers mon beau pays. 

Je suis revenue trois mois plus tard, et celle qui a franchi la porte de sa maison n’était plus la même. J’étais comme un serpent qui avait changé de peau. 

Quand tu vis une épreuve, le fait de te lancer dans une cause ou dans un projet t’empêche de couler. J’y ai découvert une femme pleine de ressources que je n’aurais jamais connue sans cela. Chance ou malchance… 

Depuis, j’ai rencontré un nomade au cœur doux et je sillonne le monde en sac à dos. J’ai fait deux fois le chemin de Compostelle, marché le GR20 en Corse, les châteaux cathares, marché sur plusieurs montagnes aux États-Unis, visité le Pérou, la Grèce, le Portugal, l’Italie, la Croatie. J’arrive du Laos, du Viêtnam, du Cambodge et de la Thaïlande. 

J’ignore ce que la vie me réserve, mais je suis toujours prête à partir à l’aventure.

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