LA PLANÈTE ÉCONOMIQUE

Moins de pollution, plus de croissance : c’est possible

Tout au long du XXe siècle, l’économie mondiale a progressé à grand renfort de charbon et de pétrole pour faire tourner les usines, les centrales électriques, les automobiles, les trains, etc.

La règle était simple, incontournable : plus on brûle de charbon et de brut, mieux se porte l’économie.

Mais des études et de récents développements laissent croire que cette relation étroite entre prospérité et énergies « sales » s’effrite lentement mais sûrement, pour le grand bien de l’environnement… et de l’économie. En voici un aperçu.

ENFIN UN DÉCOUPLAGE

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) affirme que pour deux années de suite, en 2014 et 2015, l’économie mondiale a continué de croître sans pour autant que les émissions polluantes augmentent. En fait, elles plafonnent.

Depuis l’an 2000, 21 pays (sur 191) – dont les États-Unis, mais pas le Canada – ont même réduit leurs émissions de CO2 tout en assurant leur croissance économique, renchérit le World Resources Institute, de Washington.

Plus grands pollueurs de la planète après la Chine, les États-Unis ont même vu leur PIB (produit intérieur brut) croître de 28 % depuis 2000, alors que les émissions de CO2 diminuaient de 6 %.

TOUTE VERTE, L’ÉCOSSE

Le 7 août dernier, par une journée venteuse, l’Écosse a réalisé tout un exploit : ses éoliennes ont produit la totalité de l’électricité consommée en un jour.

Le parc éolien a même produit 106 % des besoins énergétiques des 5,4 millions d’habitants du pays, une première. Preuve que les énergies alternatives peuvent offrir des solutions viables.

Les Écossais ne sont pas seuls avec un bulletin vert aussi éclatant. 

La Suède, une économie prospère, produit plus de la moitié de son électricité (52,6 %) via des énergies renouvelables – le meilleur rendement d’Europe, selon l’Office européen des statistiques.

Autre chiffre révélateur de la mutation en cours : 87 % de l’électricité utilisée en Allemagne, le 8 mai dernier, était d’origine renouvelable, un record pour ce pays. (Le Québec fait très bien à ce chapitre, 97 % de son électricité produite étant renouvelable.)

L’ÉNERGIE VERTE A LE VENT DANS LES VOILES

Question : quelle est la part de l’énergie renouvelable dans la nouvelle production d’électricité dans le monde ?

La réponse peut en étonner certains : 90 % l’an dernier, selon l’AIE. Ce taux a presque doublé en un an. Un bond en avant dû surtout aux technologies solaires, dont les coûts ont chuté de 80 % depuis 2009.

Sur le plan financier, la palme revient aussi aux énergies vertes, qui ont reçu 286 milliards US en investissements en 2015, soit plus de deux fois l’argent (130 milliards US) dépensé dans la nouvelle production d’électricité à partir de gaz ou de charbon.

Essor des énergies vertes, déclin du charbon, engagement des gouvernements et des entreprises, le Fonds mondial pour la nature (WWF) recense dans un récent rapport une quinzaine de signaux montrant que la transition énergétique en cours – bien que trop lente – est « irréversible ».

MERCEDES, TESLA ET LES AUTRES

Pour concurrencer les modèles Tesla ou la Bolt de Chevrolet, la grande et très influente industrie automobile allemande a finalement décidé de prendre le virage électrique.

BMW, l’un des fabricants les plus rentables de l’industrie, se prépare à lancer plusieurs modèles électriques. Berlines, VUS, marque Mini, la société bavaroise fera plusieurs ajouts, affirment des médias allemands.

Daimler (Mercedes), pour sa part, annoncera un investissement majeur dans l’électrique au Salon de l’auto à Paris, en octobre, en proposant une nouvelle gamme de modèles.

Quant à Volkswagen, à l’origine du « dieselgate » qui lui a coûté des milliards en pénalités, il fonce tête baissée dans la bataille. Le groupe veut lancer 30 modèles électriques d’ici à 2020. Un investissement de plusieurs milliards. Dans 10 ans, le groupe prévoit vendre 3 millions d’exemplaires, soit 30 % de sa production.

LE TEMPS PRESSE…

La transition énergétique est donc bien amorcée. Mais dans un nouveau rapport, la Banque mondiale sonne l’alerte sur les conséquences de la pollution sur la santé… et l’économie.

Ainsi les pertes de vies attribuables à la pollution (5,5 millions en 2013) causent un manque à gagner de 225 milliards US par an à l’échelle planétaire en pertes de revenus de travail. Une hausse de 40 % depuis 1990.

La Banque chiffre aussi les pertes de « bien-être » (dépenses médicales, congés de maladie, etc.), qui retrancheraient 5110 milliards US au pouvoir d’achat des consommateurs. Le coupable : encore la pollution.

En Asie, qui accuse un grand retard sur le plan environnemental, ces pertes retrancheraient 7,5 % au PIB de la région si on en tenait compte. Autrement dit, elles annuleraient la croissance économique de la Chine et de l’Inde l’an dernier.

Bref, il reste encore beaucoup à faire.

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