Région de La Malbaie

Le G7 arrive plus vite que l’internet

La Malbaie — Alors que les chefs d’État du G7 seront à La Malbaie au début du mois de juin pour notamment préparer la planète « aux emplois d’avenir », des entrepreneurs installés dans le parc industriel le plus proche déplorent de devoir faire des affaires avec un internet « du temps des primates ».

Bell a déroulé la fibre optique à La Malbaie dans les derniers mois pour offrir une connexion haute vitesse à temps pour le Sommet. Mais des entrepreneurs locaux regrettent que l’entreprise – tout comme ses concurrentes – n’ait pas raccordé en même temps le parc industriel de Clermont, à seulement neuf kilomètres du Manoir Richelieu.

« On fait des conférences téléphoniques avec le Mexique et ils sont plus rapides que nous. Ça prend une éternité se connecter, et quand on se connecte, c’est tellement mauvais que je prends le téléphone et je les appelle », raconte le président de Fibrotek, Luc Tremblay.

L’entreprise de M. Tremblay ne compte que des clients à l’extérieur du Québec. Elle fournit des moules et des pièces en carbone à de grands constructeurs automobiles et à des avionneurs.

Fibrotek compte une centaine d’employés et est en pleine croissance, mais la lenteur de la connexion internet est un véritable cauchemar, explique M. Tremblay. Le système sur cuivre est tout juste bon pour envoyer des courriels, dit-il.

Le jour de notre passage, il a fait devant nous un test de vitesse sur un site qui offre ce service. La flèche de l’indicateur n’a même pas atteint 3 mégabits par seconde. « Ça, c’est un bon jour, des fois ça n’arrive même pas à 1 », dit-il. Une connexion haute vitesse a au minimum un débit de 30 mégabits par seconde.

L’entrepreneur a appelé Bell et des concurrents pour connaître ses options. On lui a répondu qu’il pourrait avoir une connexion haute vitesse au coût de 800 $ par mois, ce qu’il juge prohibitif.

« Nos clients ne trouvent pas ça bizarre, notre mauvais internet. Ils trouvent ça impensable. C’est comme te demander si tu as l’eau chaude chez vous… »

Luc Tremblay, président de Fibrotek

Au garage Léonce et Hermel Tremblay, dans le parc industriel de Clermont, on doit se connecter sur le réseau cellulaire à l’aide de routeurs pour avoir une vitesse suffisante. « Ça coûte une fortune », lance Pierre Villeneuve.

« Quand on veut se parler en ligne, c’est comme si on revenait au temps des primates, ça coupe et c’est décalé. Ça marche pas ! », dénonce le garagiste.

« Moi, j’habite dans un fond de rang, dans un câlif de coin dans le bois, et l’internet rentre mieux que dans le parc industriel de Clermont. J’aurais été aussi bien de construire mon garage dans le bois ! »

En 2020, peut-être…

Les entrepreneurs du parc industriel espéraient que Bell déroule la fibre optique jusqu’à chez eux dans le cadre du G7. L’entreprise l’a fait, à la demande du gouvernement fédéral, jusqu’à La Malbaie, qui va accueillir le Sommet les 8 et 9 juin.

L’entreprise a reçu 6 millions du gouvernement fédéral pour le faire. Mais le raccordement de Clermont, à 5 km de là, n’était manifestement pas dans le contrat.

« C’est un parc industriel régional », fait valoir le maire de Clermont, Jean-Pierre Gagnon. L’élu explique avoir écrit au député libéral Jean-Yves Duclos et au premier ministre Justin Trudeau pour leur demander d’intercéder auprès de Bell.

« On aurait aimé que ça se fasse cette année pour le G7. Les camions et les équipes de Bell étaient tous sur place. Chez Bell, on me répond que le dossier de la ville de Clermont a été devancé. On était planifiés pour 2026 et là, on est rendus en 2020. Les devis sont censés être faits l’année prochaine. »

Jean-Pierre Gagnon, maire de Clermont

Bell n’a pas voulu confirmer le raccord du parc industriel de Clermont à la fibre optique d’ici à 2020. « Pour ce qui est des plans de déploiement pour la région, c’est de l’information que nous ne dévoilons pas pour des raisons stratégiques », explique une porte-parole de l’entreprise, Marie-Ève Francoeur.

Clermont n’est bien entendu pas la seule municipalité dans cette situation. Le Québec regorge de régions privées de l’internet à haute vitesse (voir capsules).

Mais pour les entrepreneurs de Clermont, le contraste entre leur situation et la présence du Sommet du G7 est frappant. « Je trouve qu’on ne tire pas avantage à 100 % de la présence du Sommet. Parce que le G7, c’est juste une fois et ça dure deux jours, dit le président de Fibrotek, Luc Tremblay. Alors, arrangez-vous pour avoir la face dans la fenêtre quand le store s’ouvre. »

Le Sommet du G7 à La Malbaie va s’attarder à cinq thèmes, dont celui des emplois de l’avenir. « Les technologies et les marchés évoluent, et les gouvernements du G7 auront un important rôle à jouer pour préparer nos citoyennes et citoyens et nos industries aux emplois de l’avenir », peut-on lire sur le site de l’événement.

L’internet en région

Le plan de Québec

Le gouvernement du Québec reconnaît le besoin criant d’infrastructures technologiques solides à l’extérieur des grands centres urbains pour freiner l’exode des nouvelles générations. L’an dernier, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé que son gouvernement injecterait 105 millions de dollars dans 82 projets visant à offrir l’internet haute vitesse à quelque 100 000 résidences, dans le cadre du programme « Québec branché ».

340 000 foyers sans internet

Le gouvernement québécois estime que près de 340 000 foyers de la province n’ont actuellement aucun accès à l’internet ou disposent seulement d’une connexion médiocre. Selon le ministère de l’Économie, le programme « Québec branché » a pour but d’offrir aux Québécois en milieu rural une vitesse de téléchargement d’au moins 5 mégabits par seconde. Pour 2021, cette cible passe à 50 mégabits par seconde.

Un coup de pouce

Certaines entreprises, dont l’organisme sans but lucratif IHR Télécom, aident le gouvernement à remplir ses engagements. IHR Télécom a récemment conclu une entente avec les autorités provinciales pour améliorer les vitesses de téléchargement dans la MRC de Brome-Missisquoi, dans les Cantons-de-l’Est. IHR Télécom garantit une vitesse de téléchargement de 5 à 125 mégabits par seconde, selon les besoins des clients, ce qui est relativement rapide, mais tout de même inférieur à ce qu’obtiendra La Malbaie.

Même proche de Montréal

Le directeur général de la municipalité régionale de comté, Robert Desmarais, affirme que près du quart des bâtiments de Brome-Missisquoi, la plupart en zone rurale, n’ont pas d’accès internet convenable. Est-ce étonnant qu’une région si proche de Montréal n’ait toujours pas accès à l’internet haute vitesse en 2018 ? « Absolument », dit-il.

Espoir à Baie-Saint-Paul

Du côté de Charlevoix, le président de la chambre de commerce locale, Julien Dufour, applaudit l’arrivée des nouvelles stations cellulaires. Celui qui travaille à Baie-Saint-Paul, où ne se rend pas l’internet haute vitesse par câble de Bell, n’est pas rongé de jalousie. Au contraire, il espère que la bonne fortune de La Malbaie aura un effet « boule de neige ».

— La Presse canadienne

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