HOCKEY

Muller revient à Montréal encore mieux outillé

TORONTO — Vladimir Tarasenko avait hâte de conclure son point de presse avec les journalistes russes. Ses réponses étaient courtes et peu enthousiastes. Mais lorsqu’on s’est approché pour qu’il commente le départ de Kirk Muller, qui a quitté les Blues de St. Louis au profit du Canadien, son visage s’est illuminé.

« Je tiens à dire que je suis fier d’avoir pu travailler avec lui au cours des deux dernières années », a dit le marqueur de 24 ans en avançant sa bouche vers le magnétophone, comme s’il faisait une déclaration officielle.

« Je ne sais pas qui est cette personne qui va le remplacer, puisque je ne suis pas encore allé à St. Louis, mais c’est une décision de la direction et ils savent ce qu’ils font.

« Je veux souhaiter bonne chance à Kirk à Montréal. »

Tarasenko a perdu plus qu’un entraîneur ; il a perdu une personne-ressource qui a facilité son adaptation à l’environnement nord-américain.

« C’est un gars qui était toujours disponible pour répondre aux questions, surtout les miennes », a indiqué le jeune Russe. 

« J’avais des questions sur le hockey, sur la vie, sur tout, et il a été plus qu’un entraîneur pour moi. C’est pratiquement devenu un ami. Il m’a tellement aidé... »

— Vladimir Tarasenko

C’est de cette façon que Muller a le plus fait sa marque depuis son arrivée derrière les bancs de la LNH : en nourrissant un bon contact avec ses joueurs. On l’avait déjà vu à son premier passage à Montréal lorsque sa personnalité chaleureuse réchauffait le message transmis par un Jacques Martin plus froid.

Mais il a conservé cette nature une fois devenu entraîneur-chef avec les Hurricanes de la Caroline, en 2011. À l’époque, il s’était promis de ne jamais devenir le genre d’entraîneur qui s’enferme dans son bureau. Il était conscient que les plus jeunes joueurs veulent sans cesse plus d’informations et qu’ils réclament une communication qui n’est pas à sens unique.

« C’est un entraîneur pour qui tous les joueurs aimaient jouer », se souvient le défenseur slovaque Andrej Sekera, qui a connu en 2013-2014 sa meilleure saison offensive en carrière, avec 11 buts et 44 points en 74 matchs, dans l’uniforme des Canes.

« C’était un gars raisonnable. Il était très bon avec nous, il nous laissait jouer au hockey, et j’ai beaucoup aimé jouer sous ses ordres. »

PLUS DE PLACE

À St. Louis, Muller avait été embauché comme adjoint à Ken Hitchcock neuf jours seulement après avoir été remercié par les Hurricanes.

On raconte qu’à sa première saison à St. Louis il cherchait quelque peu sa place dans l’ombre de l’entraîneur-chef. Mais pour un entraîneur si bien outillé sur le plan humain, pouvoir apprendre d’un tacticien comme Hitchcock représentait une belle occasion.

« Le fait d’avoir travaillé avec Hitch, qui est un vrai penseur du hockey, je pense que c’est un peu la même chose qu’avec les joueurs : tu côtoies des gens différents et tu apprends d’eux pour t’améliorer », estime le défenseur Jay Bouwmeester.

À sa deuxième campagne, les Blues ont trouvé un Kirk Muller encore plus impliqué.

« C’est en partie en raison des joueurs », explique l’ancien capitaine des Blues David Backes, qui a signé un contrat en tant que joueur autonome avec les Bruins de Boston cet été.

« On lui a dit : tu as joué pendant des années, tu es aussi connaisseur et aussi crédible que n’importe quel entraîneur dans la salle des entraîneurs, et on veut savoir ce que tu as en tête, car tu as probablement raison de toute manière. Les gars vont t’écouter.

« C’est ce qu’il a fait, et ça nous a rendus meilleurs. »

OFFRE AVANTAGEUSE

Muller aurait aimé devenir entraîneur-chef à St. Louis, mais peut-être a-t-il senti que la direction de l’équipe ne voyait pas vraiment en lui un successeur à Hitchcock. Ce dernier était sur la corde raide tout au long de la dernière campagne, mais les succès des Blues en séries n’ont laissé d’autre choix à la direction que de le ramener pour une saison de plus.

Selon une source proche de Muller, le Canadien aurait pris contact avec lui après la saison avec une offre fort avantageuse, autant sur le plan salarial que des responsabilités qui lui incomberaient. Geoff Molson lui-même serait intervenu. Ils lui auraient toutefois laissé peu de temps pour décider s’il acceptait ou non l’invitation.

Toutes les parties impliquées sont emballées de la tournure des évènements, car Muller, mieux équipé qu’à son premier séjour à Montréal, est manifestement devenu le numéro 2 au sein du personnel d’entraîneurs. Le fait qu’il soit anglophone apportera une voix différente auprès des joueurs. Et Michel Therrien devrait retrouver en lui le genre de courroie de transmission qu’il avait jadis avec Gerard Gallant.

Quant aux Blues, ils ont trouvé leur homme en embauchant Mike Yeo à titre d’entraîneur associé. Il est convenu qu’il prendra la place de Hitchcock après la prochaine saison.

CHEF D’ORCHESTRE EN AVANTAGE

Si le retour en santé de Carey Price garantit de meilleurs résultats pour le Tricolore sur le plan des buts accordés, le retour de Muller dans le giron de l’équipe après un exil de cinq ans risque d’avoir un effet positif sur l’avantage numérique.

Son bilan lorsqu’il a été responsable de l’attaque à cinq parle de lui-même : 

AVANTAGE NUMÉRIQUE

CANADIEN 2006-2007 à 2010-2011

2e de la LNH (21,6 %)

ST. LOUIS 2014-2015 à 2015-2016

2e de la LNH (21,9 %)

SANS MULLER 

CANADIEN 2011-2012 à 2015-2016

26e de la LNH (16,7 %)

Qu’est-ce qui a rendu l’attaque à cinq des Blues efficace ?

« Nous avions une structure en place, mais il était prêt à laisser nos habiletés et notre capacité à fabriquer des jeux s’exprimer à l’intérieur de cette structure-là, répond le défenseur Alex Pietrangelo. Je pense que c’est la raison pour laquelle j’ai autant aimé travailler avec lui. »

Bouwmeester assistait à toutes les réunions de supériorité numérique même si on faisait très rarement appel à lui dans cette situation.

« Il était très bon pour dire exactement ce qu’il attendait de ses unités, estime l’arrière de 32 ans. Il tenait compte des commentaires des joueurs quand nous faisions des suggestions. De nos jours, c’est une attitude que les entraîneurs se doivent d’avoir. Nous ne sommes plus à l’époque de “c’est ma manière ou c’est rien”. Dans le grand ordre des choses, ça ne fait pas si longtemps qu’il a cessé de jouer. Il a vu que le message, de nos jours, n’est plus transmis de la même manière... »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.