États-Unis

Steve Bannon frappe un mur en Europe

L’ex-stratège de Donald Trump peine à fédérer les partis de droite radicale

PARIS — Le projet de l’Américain Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump, d’organiser les partis populistes en vue des élections européennes de 2019 se heurte aux formations disparates qui ont déjà fait l’effort de converger et peu enclines à recevoir des conseils d’outre-Atlantique.

Les élections européennes seront « le premier affrontement à l’échelle européenne entre les populistes et le parti de Davos », assure celui qui a joué un rôle crucial dans la dernière ligne droite de la présidentielle américaine et qui entend désormais mener à la victoire les partis de droite radicale en Europe.

Pour ce faire, l’ancien directeur du site de l’alt-right américaine Breitbart News prévoit lancer une fondation, appelée The Movement – Le Mouvement, actuellement pilotée par le patron du petit Parti populaire belge, Mischaël Modrikamen, à l’origine du projet.

Mais la conférence de presse de présentation de cette fondation, qui ne dispose d’aucun site internet et n’est pas encore formellement présidée par M. Bannon, ne cesse d’être reportée et pourrait ne jamais voir le jour.

Pour M. Modrikamen, futur directeur opérationnel, il s’agit d’un « club » sur invitation réunissant les formations qui défendent frontières et souveraineté, et combattent islam radical et immigration.

Les objectifs : aider à se coordonner et éventuellement constituer un groupe au Parlement européen.

« Indépendamment »

Steve Bannon, ancien vice-président de l’entreprise Cambridge Analytica, au cœur d’un scandale de vol de données personnelles de millions d’utilisateurs Facebook, va proposer des conseils en stratégie et communication, analyses et sondages, et jure ne pas vouloir « faire exploser » l’Union européenne (UE).

Son ambition est de devenir l’antithèse de la fondation Open Society du milliardaire américain George Soros, ennemi juré des nationalistes en Europe.

À voir. Le patron de la Ligue italienne et ministre de l’Intérieur Matteo Salvini l’a certes reçu dans l’optique de « sauver l’Europe ».

Mais le FPÖ autrichien s’est montré peu disposé à collaborer avec lui, préférant des alliances « indépendamment » de qui que ce soit.

Le premier ministre hongrois national-conservateur Viktor Orban, accusé d’entraver les activités humanitaires de M. Soros, a déclaré ne pas être « intéressé par des choses qui ne touchent pas la Hongrie ».

Et une rencontre entre M. Bannon et le président tchèque Milos Zeman s’est conclue sur un « désaccord » sur les droits de douane américains contre la Chine.

« Les intérêts nationaux en Europe sont à l’opposé de la politique tarifaire de Donald Trump » et Steve Bannon est « prisonnier de sa nationalité » face à des partis qui « critiquent fortement l’ultralibéralisme et l’hypercapitalisme », explique le politologue Jean-Yves Camus.

« Chef d’entreprise »

La patronne du Rassemblement national (ex-FN) Marine Le Pen, qui l’a rencontré jeudi, a clairement fait savoir qu’elle pourrait être intéressée par son aide technique, mais surtout pas politique. « La force politique qui naîtra des élections en Europe, c’est nous, et nous seuls, qui la structurerons », a-t-elle insisté lundi.

Steve Bannon « arrive après la bagarre » de formations qui « sont parvenues au bout de 30 ans à se tailler une place sur l’échiquier politique européen », où les règles de financement des campagnes et de communication sont de surcroît « très différentes », relève M. Camus.

En outre, « les sujets de divergence » restent nombreux entre ces partis, comme l’appartenance à l’euro et à l’UE, note M. Camus.

Même l’ex-députée FN Marion Maréchal, que M. Bannon avait qualifiée d’« étoile  montante de l’extrême droite », dit avoir « du mal à discerner les contours » de son projet.

Steve Bannon est avant tout « un chef d’entreprise qui va chercher des clients là où il y a un potentiel », juge M. Camus.

L’ancien stratège s’adresse à des partis eurosceptiques « moins enclins à se fédérer que les plus radicaux » qui, eux, « peuvent se retrouver sur la convergence de la race ou de la civilisation », ajoute l’historien Nicolas Lebourg, en citant Jacques Thiriart, fondateur de Jeune Europe en 1963, qui soutenait l’idée d’un État jacobin à l’échelle européenne.

M. Lebourg, auteur avec M. Camus des Droites extrêmes en Europe (2015, Seuil), se demande si l’intention de M. Bannon ne serait pas de repolariser vers les États-Unis ces mouvements qui, depuis une quinzaine d’années, sont « dans une transnationalisation orientée vers l’est de l’Europe » et la Russie.

Melania Trump fait peu de cas des possibles liaisons de son mari

La première dame des États-Unis Melania Trump assure, dans un rare entretien diffusé hier, avoir « d’autres choses » en tête que les infidélités présumées de son mari, mais garde le flou sur ses intimes convictions. Les aventures extraconjugales prêtées à Donald Trump ne sont pas « un sujet d’inquiétude », affirme l’ancienne mannequin slovène de 48 ans, interrogée par la chaîne ABC lors d’un voyage en Afrique la semaine dernière. « Je suis une mère et une première dame, j’ai de nombreuses choses plus importantes à penser et à faire. » La discrète épouse du tempétueux milliardaire était jusqu’ici restée muette sur la liaison supposée du président avec l’actrice de films pornographiques Stephanie Clifford – Stormy Daniels de son nom de scène – ou avec la playmate Karen McDougal. « Les médias aiment conjecturer », commente-t-elle cette fois, avec un long soupir. « Ce n’est pas toujours plaisant, mais je sais ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas », ajoute-t-elle, sibylline. À la question « Aimez-vous toujours votre mari ? », Melania Trump répond avec la même concision : « Oui, ça va. » — Agence France-Presse

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