TRANSPORTS ET GÉNÉRATION Y

Des habitudes qui changent

En plus de s’inquiéter des tendances d’achat de la génération Y, Toyota, GM, Ford et leurs compétiteurs sont préoccupés par une autre statistique : moins de la moitié des conducteurs potentiels âgés de 19 ans et moins avaient un permis de conduire en 2008 aux États-Unis, alors qu’ils étaient près des deux tiers, une décennie plus tôt.

Chez nous, les données de l’Institut de la statistique du Québec révèlent une diminution de 0,4 % des titulaires de permis de conduire âgés de 16 à 19 ans, entre 1998 et 2008. Les statistiques locales sur la possession de voiture ne sont pas non plus alarmantes pour les constructeurs automobiles. Selon l’Agence métropolitaine de transport, on note une diminution de 1,2 % des propriétaires de voitures chez les 25-29 ans entre 2009 et 2014.

L’EXCEPTION QUÉBÉCOISE

Même si les jeunes Québécois continuent d’acheter des voitures, ce produit n’occupe plus la même place qu’autrefois dans leur imagination. « L’achat d’une automobile représente moins un rêve à atteindre qu’il y a 30 ans, confirme Luc Arbour, vice-président, service-conseil, pour l’agence Bleublancrouge. Aujourd’hui, dans les grands centres urbains, les jeunes ont accès à tant de solutions de rechange : transports en commun, BIXI, Communauto, Car2Go, les réseaux de pistes cyclables qui se développent de plus en plus et qui sont, pour la plupart, accessibles de huit à neuf mois par année. »

D’ailleurs, bien des citoyens s’établissent en fonction du cocktail de transports. 

« De plus en plus de gens sont dépendants des transports collectifs par choix, même s’ils ont les moyens d’acheter une voiture. Ils n’en ont pas envie ou pas besoin. »

— Ugo Lachapelle, professeur au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM

Par contre, il n’est pas toujours simple de se déplacer en transports en commun, surtout en banlieue. « C’est plus improbable de bien vivre sans voiture dans les couronnes nord et sud de Montréal. Les gens y sont dépendants de leur propre capacité motrice à se déplacer, de l’offre de transport alternatif et de ses rayons d’action », estime Florence Paulhiac, titulaire de la Chaire de recherche-innovation en stratégies intégrées transports-urbanisme à l’UQAM.

VOITURE TOUJOURS POPULAIRE EN RÉGION

Lorsqu’on analyse les habitudes des jeunes dans le reste du Québec, des nuances s’imposent. Ayant peu ou pas d’options de rechange à la voiture, les 30 ans et moins sont encore nombreux derrière le volant. Et ce, même si beaucoup d’observateurs croient que, en ce qui concerne la vie sociale, les jeunes sont désormais comblés par les moyens de connexion de leurs appareils électroniques. « Certains prétendent que le WiFi est suffisant pour donner aux jeunes la liberté dont ils ont besoin, dit Ugo Lachapelle. Pourtant, ils veulent encore faire des activités et voir leurs amis en vrai. Et comme de nombreux jeunes vivent encore dans un territoire où ils n’ont pas accès aux transports en commun, la voiture demeure primordiale pour eux. »

En décortiquant la dernière Enquête sociale générale de Statistique Canada, le professeur Ugo Lachapelle et ses étudiants ont néanmoins confirmé que plus les utilisateurs vont fréquemment en ligne pour socialiser, plus leurs déplacements à des fins sociales diminuent. « Les jeunes branchés n’ont plus nécessairement besoin d’un véhicule pour se sentir libres ou exprimer leur personnalité », souligne le professeur. 

Ugo Lachapelle ne se gêne pas pour ajouter que le rapport des jeunes aux voitures est un phénomène complexe. À commencer par le fait que les jeunes vivent plus longtemps chez leurs parents qu’avant, ce qui leur permet d’utiliser la voiture familiale et de reporter l’achat de leur propre automobile. Ils paient également des forfaits de cellulaire oscillant entre 40 et 100 $ par mois : une dépense qui n’existait pas il y a 20 ans, et qui les oblige à faire des choix.

Sans oublier que les jeunes générations ne désirent pas toutes le style de vie de leurs prédécesseurs. « Ce n’est pas tout le monde qui veut une maison, un char, la clôture blanche, le chien et le conjoint, affirme le professeur en études urbaines. De plus en plus de gens acceptent de vivre dans des logements plus petits et sans cour arrière pour demeurer en ville, avec des commerces de proximité. » Dans ce contexte, la voiture est souvent perçue comme un élément superflu, voire un fardeau.

D’autre part, les jeunes sont davantage conscientisés aux changements climatiques planétaires. « Ils voient la voiture comme une sorte de pollution importante, qu’ils sont prêts à éviter », atteste-t-il.

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