Ontario

Toronto et Niagara en moins de 40 heures

Visiter Toronto et les chutes du Niagara pour 59 $, transport et hôtel compris, est-ce trop beau pour être vrai ? Oui. La Presse a testé les voyages au rabais organisés par l’Agence de voyages Concorde. Avec des « oh ! » et des « bah ! ».

Jour 1

h 

« Toronto deux jours ! Toronto deux jours ! » Une jeune femme appelle les derniers retardataires à prendre place dans l’autocar garé près du métro Place-d’Armes. C’est la guide du voyage organisé express vers les chutes du Niagara et Toronto, et il n’y a pas une seule minute à perdre : le programme est chargé. Avant demain soir, on aura visité : la tour du CN, l’aquarium et le centre-ville de Toronto, le parc des Mille-Îles, les chutes du Niagara et Niagara-on-the-Lake. L’autocar est bondé. On nous prévient de ne pas utiliser les toilettes « parce que ça ne sentira pas bon du tout », répétera la guide plusieurs fois. Promettant au passage une boîte de Timbits si l’on se retient d’utiliser le petit coin. Ah bon ?

h 

C’est l’heure des comptes. Le séjour de deux jours est annoncé sur le site de l’Agence de voyages Concorde « 59 $ + », en occupation quadruple (le forfait de base est à 179 $ en occupation simple). Mais cela n’inclut pas la participation aux activités – dont certaines sont obligatoires – ni le pourboire, tout aussi imposé, de 7 $ par jour, par adulte. Selon nos calculs, impossible de s’en tirer pour moins de 121 $. La guide circule de passager en passager pour recueillir l’argent comptant. Aucun reçu n’est remis sur place. Pour participer à toutes les activités proposées, c’est 233 $ qu’il faut sortir de sa poche, 266 $ avec les repas du midi. « Et si on enlevait un repas, ça ferait combien ? », demande une femme en apprenant la somme à débourser pour sa famille : quelque 800 $ pour deux adultes et deux enfants. « Pour moi, ce n’était pas clair du tout qu’il fallait payer pour tous ces suppléments », dit Anna Maria Toledo Carceres, une Américaine de passage à Montréal pour y apprendre le français.

h 30

Premier arrêt, dans le parc national des Mille-Îles, en Ontario. Ceux qui ont payé le supplément feront ici une croisière d’une heure sur le fleuve Saint-Laurent, naviguant en eaux canadiennes et américaines à la découverte d’un chapelet de petites îles. Les haut-parleurs diffusent des explications préenregistrées qui ne collent pas toujours à la réalité : pas le moindre mot sur les crues exceptionnelles de cette année, les sacs de sable qui entourent encore certaines maisons, les entrées inondées, etc.

11 h 10 

L’autocar repart, non sans que la guide nous rappelle de nouveau de ne pas utiliser les toilettes à l’arrière. Les derniers à grimper sont sommés de chanter une chanson au micro à l’avant.

12 h 45 

L’autocar s’arrête (enfin) dans le stationnement d’un buffet chinois dont le principal avantage vanté par la guide est d’offrir 50 plats différents. Incluant à peu près tout ce qui peut être frit. Il n’est pas obligatoire d’y manger, mais les autres options sont rares sur ce boulevard industriel.

15 h 55 

On a eu de la chance : pas trop de congestion à l’arrivée à Toronto. L’autocar s’arrête devant l’hôtel de ville, mais il n’y aura pas de visite guidée dans la plus grande ville du pays. On se dégourdit les jambes – avec un arrêt aux toilettes – avant de repartir 20 minutes plus tard. « C’est un voyage de trois jours qu’on fait tenir en deux jours, alors on est toujours pressés », remarque Claude Rama. Celui-ci semble bien se plaire à ce rythme, puisqu’il fait ce circuit pour la deuxième fois et planifie déjà d’en faire un troisième avec la même agence. « Ça nous permet de voir beaucoup de choses. »

16 h 25 

Quelque neuf heures après le départ, arrive enfin le clou de la journée : la tour du CN et l’aquarium Ripley, pour ceux qui auront choisi de payer les suppléments (respectivement 42 $ et 40 $ pour les adultes). On n’a que trois heures, mais l’achat des billets avec l’agence permet d’éviter les files d’attente. Plusieurs préfèrent faire quartier libre : boutiques, resto, alouette. Il fait beau. Chaud. L’après-midi est superbe.

19 h 25 

Il faut reprendre la route. Même si, une semaine avant le départ, on nous avait affirmé au téléphone que l’on dormirait à Toronto, c’est plutôt à Niagara Falls que l’on passera la nuit. Impossible de profiter de la vie nocturne de la Ville Reine.

20 h 45

Terminus. L’hôtel est très propre, confortable, avec piscine. Sauf que voilà, il n’est pas à 900 m des chutes comme la guide l’avait indiqué dans l’autocar… mais à 3,9 km. Yasmine Maiza s’y est aventurée. « Ç’a été la galère, il a fallu prendre le bus pour y aller, le taxi pour revenir parce qu’on s’est trompés, on est rentrés après minuit, tout ça pour aller faire la grande roue qui finalement n’en valait vraiment pas la peine. » La guide a reconnu le lendemain son erreur. « Mais on a eu de la chance. Des fois, on dort à Mississauga [en banlieue de Toronto] parce que tout est plein ailleurs », a-t-elle relevé. N’empêche que les environs de cet hôtel ne sont pas des plus agréables : il faut se rabattre sur les restaurants d’hôtels du coin pour souper et deux dépanneurs pour acheter le petit-déjeuner du lendemain.

Jour 2

h 20

Pas question de faire la grasse matinée quand on a un horaire aussi chargé : la guide a prévu un appel pour réveiller tout le monde et s’assure que le groupe est fin prêt à partir à 6 h 45. « Ah non ! Arrêtez avec ça. On n’est pas des enfants ! », s’exclame une passagère quand la guide répète pour la énième fois du voyage qu’on doit éviter à tout prix d’utiliser les toilettes.

h 25 

Notre autocar est le premier à se garer dans le stationnement de Niagara-on-the-Lake. La guide nous entraîne rapidement sur le bord du lac pour y prendre des photos : le paysage est superbe, c’est vrai. Et on ne peut pas se plaindre de la foule à cette heure si matinale : on croisera quelques joggeurs, deux camions à ordures. Le village est encore endormi.

h 

Le groupe se divise encore entre ceux qui ont payé le supplément pour l’activité – une croisière de 20 minutes au plus près possible des chutes du Niagara – et les autres, invités à se balader dans les rues avoisinantes, bordées d’hôtels et de chaînes de restauration rapide.

10 h 

Les deux dernières activités proposées sont obligatoires : la tour Skylon (pour admirer les chutes de haut) et le parc Niagara (pour les voir d’en arrière). Certains visiteurs sont surpris de l’absence d’explications en français pour ces activités. Mais dans l’ensemble, le groupe est ravi. « J’ai payé pour voir les chutes, et je les ai vues, très bien vues », dit Yasmine Maiza.

12 h 20 

Les activités sont terminées. Ne reste plus qu’à rentrer à Montréal. À 14 h 20, on s’arrêtera (encore) dans un buffet chinois. À 16 h 45, ce sera la dernière pause, dans une grande boutique de produits de la pomme. L’autocar repartira plus tard que prévu, retardé par une passagère égarée : du coup, la dernière pause est retirée du programme. On filera sans s’arrêter jusqu’à Montréal. « Vous pouvez utiliser les toilettes maintenant », précise la guide. Le moindre détour risquerait de faire dépasser la limite de 14 heures de service continu au chauffeur.

22 h

Terminus. Le marathon est terminé. Les voyageurs ankylosés sont de retour au point de départ. « Ce genre de voyage n’est vraiment pas pour moi, on n’a pas le temps de profiter des lieux où l’on s’arrête. Tout va trop vite », remarque Anna Maria Toledo Carceres. Mais le groupe est dans l’ensemble satisfait. Il y a quelques mères et pères seuls qui ne voulaient pas faire la route seuls, des personnes âgées, des touristes de passage au Canada. « J’étudie en Allemagne, je ne connais personne ici et je n’ai pas de permis de conduire, mais je voulais vraiment voir les chutes du Niagara, alors c’était la formule idéale pour moi, dit Quiyu Chen. Et ça ne m’a pas dérangé qu’on ne reste pas longtemps à chaque endroit : la dernière fois que j’ai fait un voyage organisé, on nous laissait toujours du temps pour faire du shopping partout, mais moi, je ne voyage pas pour faire du shopping ! »

59 $ ou 121 $ ? L’OPC fait enquête

L’Agence de voyages Concorde annonce le voyage de deux jours à Toronto et Niagara à 59 $ + (en occupation quadruple) même si, dans les faits, il est impossible de payer moins de 121 $ pour le forfait en raison des suppléments exigés aux clients (de 48 $ pour deux activités obligatoires et de 14 $ par adulte pour les pourboires). L’Office de la protection du consommateur (OPC) mène actuellement une enquête pour vérifier si les pratiques de l’agence respectent la Loi sur la protection du consommateur.

La législation québécoise interdit au commerçant, par quelque moyen que ce soit, d’exiger un prix supérieur au prix annoncé, remarque Charles Tanguay, de l’OPC. « Si certains frais sont obligatoires, le prix annoncé d’un forfait doit les inclure », note M. Tremblay.

« Là où il y a un petit flou, c’est à cause du + après le prix [59 $ +]. On peut se demander si c’est trompeur ou pas », remarque Sylvie De Bellefeuille, d’Option consommateurs.

L’OPC a reçu 11 plaintes au cours des deux dernières années visant le Groupe Concorde Internationale Inc. (qui fonctionne sous le nom « Agence de voyage Concorde ») et une mise en demeure contre l’agence de la part d’un client insatisfait des services reçus. L’enquête de l’OPC pourrait mener à des démarches pénales ou administratives.

L’agence Concorde n’a pas répondu à nos questions sur le sujet.

Nous avons choisi de tester le séjour offert par l’Agence de voyages Concorde parce qu’au moment de faire notre choix, le prix offert pour ce type de séjour était le plus bas. D’autres entreprises offrent des voyages semblables au départ de Montréal. Règle générale, les détails sur les éléments inclus dans le prix du voyage sont détaillés sur le site web de l’agence, mais mieux vaut demander des précisions à ce sujet avant le départ. Voyage Concorde détaille sur son site les éléments exclus du voyage et les suppléments à payer.

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