BOTTES BOULET

Intemporel cow-boy

Tout le monde à Saint-Tite connaît les Boulet. Les quelque 200 employés qui fabriquent à la main les fameuses bottes de cow-boy sont presque tous des résidants de la ville. De passage au festival western, La Presse en a profité pour faire un petit crochet par la rue Saint-Gabriel et parler à l’un des copropriétaires, Louis Boulet.

ENTREPRISE FAMILIALE

L’entreprise fondée en 1933 par Georges Alidor Boulet a d’abord été le principal fournisseur de chaussures et de bottines des Forces armées canadiennes. À partir de 1964, les trois garçons du fondateur – Robert, Roger, Reynald – ont décidé de se spécialiser dans la fabrication de bottes de cow-boy. Depuis 1987, ce sont les frères Pierre et Louis Boulet qui ont pris la relève. Mais ils ont plutôt adopté la stratégie de diversification de leur grand-père. Une quatrième génération est actuellement en formation, Jenny Boulet (la fille de Pierre) – qui participe aux compétitions de rodéo – et François Boulet (le fils de Jean Boulet). Tout ça dans la manufacture d’origine construite en 1933.

VENDUES PARTOUT DANS LE MONDE

Boulet inc. produit en moyenne 850 paires de bottes par jour dans sa manufacture de Saint-Tite. Celles-ci sont vendues principalement à des détaillants américains (50 % de la production). « Avec les accords de libre-échange, on avait l’obligation de percer le marché américain, nous dit Louis Boulet. C’est ce qu’on a réussi à faire. On est présents dans toutes les villes [et régions] de rodéo, incluant le Texas et Denver. » L’autre moitié de la production est vendue au Canada, en Australie et en Europe, principalement en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Norvège et aux Pays-Bas. Depuis un an, Boulet a commencé à vendre ses bottes au Tibet !

LE SECRET EST DANS LE LIÈGE

Boulet attribue son succès à la qualité de ses bottes, notamment aux semelles cousues à la main, à la sélection de ses matières premières et à sa main-d’œuvre (les employés sont syndiqués). Une des particularités de la botte est l’ajout d’une couche de pâte de liège entre les deux semelles (intérieure et extérieure) qui permet au pied de bien se mouler à l’intérieur de la botte, selon Louis Boulet. « Le fait que Pierre et moi avons des chevaux, qu’on fasse partie de ce milieu-là, qu’on les porte, nos bottes, ça nous aide, confie-t-il. Parce que ça inspire confiance aux gens. On n’est pas des outsiders. »

DIVERSIFIER SA PRODUCTION

Le tiers de la production de Boulet est centré sur les chaussures et bottes destinées aux forces de l’ordre : cadets et membres des Forces armées canadiennes, Gendarmerie royale canadienne (GRC), Sûreté du Québec (SQ), agents des Services correctionnels, Police provinciale de l’Ontario (OPP). « Notre grand-père avait cette clientèle, mais la deuxième génération a choisi de se consacrer aux bottes de cow-boy. Nous, on a voulu diversifier notre production, détaille Louis Boulet. C’est ce qui nous permet de passer au travers les périodes économiques plus difficiles. »

DURS À CUIRS

La plupart des cuirs proviennent des peaux de vache ou de bison. Les bottes fabriquées avec ces cuirs-là se vendent entre 200 et 300 $ la paire. Des cuirs exotiques sont également utilisés : l’autruche, le caïman et même le pirarucu (un poisson d’eau douce de près de deux mètres !). Celles-là coûtent plus cher : de 500 à 700 $ la paire. « Chacun des cuirs a ses particularités, explique Louis Boulet. Le cuir américain, par exemple, est très résistant parce qu’il est plus gras. Il y a plus d’huile dans le tannage. Le cuir italien, lui, est plus fin et plus travaillé, il a souvent des motifs. Et le cuir mexicain est souvent plus texturé. »

AU-DELÀ DES MODES

Comment survivre aux modes qui changent ? « C’est vrai qu’il y a toujours eu des cycles de mode de sept ou huit ans. Il fallait combler les creux. Pour remédier à ça, on s’est assurés de conserver notre clientèle institutionnelle, mais on s’est aussi concentrés sur le monde à chevaux, des cow-boys qui ne suivent pas les modes, qui achètent des bottes de travail, qui les usent à la corde et qui en rachètent. J’inclus aussi les camionneurs et les motards. C’est eux, notre clientèle de base. Par contre, depuis une dizaine d’années, on remarque que les gens adoptent un style et s’y tiennent. On est moins vulnérables au passage des modes. »

SAVOIR SE DÉMARQUER

« Parmi la clientèle de cow-boys, il y a des modes ou des préférences, analyse Louis Boulet. Par exemple, on fait maintenant des bottes avec des bouts carrés ou avec deux rangées de coutures sur la semelle. Chaque année, on a au moins une nouvelle collection. Avec des cuirs, des teintes et des motifs différents. Des bottes hautes, basses, avec des semelles de cuir ou de caoutchouc. Avec ou sans cap d’acier. Pour femmes, pour hommes, il y a beaucoup de possibilités. En ce moment, c’est difficile, parce que nos principaux concurrents sont des Américains qui fabriquent leurs bottes au Mexique ou en Chine à faible coût. »

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