société fête des mères

parce que la maternité change une vie

Tout au long de la grossesse, on parle avec assiduité aux femmes de la santé de leur corps. Mais qu’en est-il de ce qui se passe entre les deux oreilles, alors qu’elles vivent une des périodes les plus marquantes de leur vie ? La psychologue et écrivaine Lory Zéphyr s’est posé la question et tente d’outiller les futures mères par rapport à leur santé mentale dans son livre Maman en construction.

« Au niveau sociétal, l’image de la femme enceinte parfaitement heureuse et épanouie est très tenace, soulève Lory Zéphyr. On ne dit pas vraiment aux femmes qu’elles risquent de trouver ça très difficile. »

Et pourtant. Psychologue spécialisée dans le lien d’attachement parent-enfant, doctorante s’intéressant notamment à la périnatalité et ayant œuvré auprès de femmes enceintes et de nouvelles mamans à l’unité de gynécologie-obstétrique du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Lory Zéphyr en a vu passer, des femmes affectées par leur grossesse.

Elle insiste sur la normalité de tels sentiments. Tout d’abord, simplement parce que la grossesse et l’arrivée d’un enfant équivalent à un grand changement dans une vie.

« Comme pour toute expérience, ça vient avec un aspect négatif parfois. Mais il y a une espèce de tabou, on n’en parle pas. Et pour moi, c’est un fléau. »

— Lory Zéphyr, psychologue spécialisée dans le lien d’attachement parent-enfant

Si « la majorité des femmes, peu importe le lot de difficultés qu’elles peuvent vivre, finissent par trouver un certain repère là-dedans », certains cas s’aggravent. « J’en ai qui viennent dans mon bureau pour épuisement professionnel, mais quand on creuse, ça a été une dépression prénatale ou post-partum qui n’a jamais été réglée à la base », donne-t-elle comme exemple.

Il est donc nécessaire de s’interroger sur « ce que la maternité fait vivre à la femme », explique la professionnelle. « Parce que oui, ça fait vivre quelque chose, et il faut arrêter de considérer ça comme une activité normale, comme aller à l’épicerie. »

« Un énorme manque »

Une fois cette réalité assimilée, afin d’aider les femmes à traverser les différents aléas psychologiques que peut causer une grossesse, « il faut du soutien ».

C’est lorsqu’il est question de ce soutien que Lory Zéphyr constate « un énorme manque ». Tout d’abord parce qu’à la source, dans le corps médical qui entoure la personne enceinte, « je vois qu’il y a un manque de ressources et, surtout, un manque d’information », constate-t-elle.

Au cours de ses études, la professionnelle a été à même d’observer que sur le plan de l’enseignement et de la recherche, le concept de la périnatalité n’était que très peu abordé en psychologie.

« On sait qu’à la grandeur du Québec, en santé mentale de façon générale, il y a ce manque. Mais je le vois particulièrement sur la question de la périnatalité, qui est un peu mise de côté. »

Pour la psychologue, il est « paradoxal » que, durant la grossesse, les femmes soient minutieusement accompagnées par les médecins, « qu’on leur dise que leur bébé a la grandeur de tel fruit », mais qu’on ne leur raconte pas qu’en parallèle, « il va se passer des choses au niveau psychologique ».

« Alors elles souffrent en silence, constate-t-elle. Ça m’a frappée à quel point elles se sentaient seules et à quel point le système ne les aide pas. » Lorsque la détresse atteint un certain point, certaines chercheront de l’aide, mais devront souvent se tourner vers des services privés, un autre problème à l’équation. « Ça coûte cher, et quand tu es en processus de tomber en congé parental, tu n’as pas forcément les sous pour ça », soulève Lory Zéphyr.

De multiples changements

En consultation et à travers ses recherches, Lory Zéphyr a observé certains problèmes récurrents liés à la santé mentale des femmes enceintes et des mères. Gestion du stress, remise en question identitaire, culpabilité…

« Elles peuvent se sentir très mal. En psychothérapie, on peut faire un sens de tout ça. Comprendre que ça ne fait pas d’elles de mauvaises mères. »

« Un des motifs que je vois souvent, c’est au niveau du couple. Ça arrive pendant la grossesse, mais surtout après, dans les premiers mois. Il y a quelque chose qui complexifie la dynamique familiale pour tout le monde, et cette lourdeur peut faire en sorte que c’est difficile. »

— Lory Zéphyr

Puis il y a l’image corporelle, qui pose des difficultés à plusieurs femmes, « qui ont du mal à accepter ces changements ». « Elles se sentent impuissantes, dit Lory Zéphyr. Ça peut devenir isolant, décourageant. »

De plus, « les liens avec l’entourage élargi, la famille, le travail, les médias sociaux » sont également des facteurs potentiels d’éreintement psychologique, indique la psychologue. Par exemple, « la femme doit accepter de changer, de ne plus performer comme avant, d’être un peu plus dans la dépendance, au travail et dans la vie en général ».

Un livre « qui manquait »

Souvent, il est bénéfique pour les femmes de réaliser qu’elles sont loin d’être les seules à vivre ce qu’elles vivent et à ressentir ce qu’elles ressentent et, plus encore, qu’il est normal que ces émotions les traversent.

Pour mieux les outiller et les aider à comprendre ce qu’elles vivent, Lory Zéphyr a écrit Maman en construction « en pensant à toutes les femmes qui, à la maison, se sentent mal, ont honte de dire “Je n’aime pas ma grossesse” ».

Dans cet ouvrage, elle souhaite « amener la femme à réfléchir », en « lui expliquant ce qu’elle vit, dès le début de la grossesse, pour que ce soit un peu moins inconnu, désarmant et tabou ». Le livre se veut également un guide « pour dire d’emblée à la personne qui le lit que si elle se reconnaît à un certain stade, elle doit aller consulter ».

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