Sexualité Derrière la porte

La fidélité à géométrie variable

Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.

Cette semaine :  Thomas*, début quarantaine

Thomas* est avec sa blonde depuis 20 ans. Il l’aime à la folie. C’est réciproque. Tellement qu’ils se donnent la liberté de vivre des aventures ailleurs, dans le virtuel ou le réel, et ce, sans craindre pour la survie de leur couple. Parce qu’avant d’être un couple, justement, ce sont des individus. Et ils s’assument ainsi. Récit.

Les deux voulaient d’ailleurs nous rencontrer. Elle et lui. Ensemble. Ce qui n’est pas habituel. C’est dire s’ils sont au diapason. Mais pour les besoins de la cause, c’est Thomas, début quarantaine, qui nous a finalement donné rendez-vous, un vendredi matin de janvier, pour nous raconter leur cheminement hors du commun, ponctué par les enfants, la maladie, bref, la vie.

Oui, la maladie : il faut savoir que sa douce, la jeune quarantaine aussi, a la sclérose en plaques. Si les premières années, ça ne se voyait pas, avec le temps, ça a évolué. Nous y reviendrons plus bas.

Leur histoire a commencé il y a 20 ans : tous deux travaillaient dans un camp. Leur rencontre électrique a été synonyme de folies, à se découvrir dans la cafétéria, s’embrasser dans le boisé et s’envoyer en l’air dans l’infirmerie. Ce qu’ils croyaient tous deux n’être qu’une amourette d’été a finalement duré.

On vous épargne les détails, mais disons que leurs 10 premières années ont été plutôt « vanille », bref conventionnelles, sexuellement parlant. C’était avant que n’apparaissent les premiers spasmes et autres douleurs. Avant que la santé de sa blonde ne devienne « préoccupante ». Bien avant que sa libido ne baisse « énormément »…

Évidemment : « Je comprenais », signale Thomas d’une voix douce, avec un regard tout aussi doux. Parce qu’avant d’être amoureux, ils sont aussi amis. « On a une super complicité. Au travail, on était un duo d’animateurs hors pair. On a bâti sur tout ça… C’est ma meilleure amie, et comme amoureuse, on a essayé plein de trucs. Alors quand la libido est là, le désir est intense. Quand on fait l’amour, c’est intense », dit-il, récits d’aventures dans des ascenseurs ou des salles d’essayage à l’appui. Mais quand la libido n’y est pas ? Le désert pendant des mois…

Tout cela pour dire qu’à un moment donné, au bout d’une dizaine d’années, Thomas a eu l’idée de faire des photos coquines de sa blonde, pour les afficher sur un site. Objectif ? Lui prouver qu’il n’était pas seul à la trouver furieusement sexy. Il a fait un album, même participé à un concours, carrément gagné un prix. « Ça nous a allumés beaucoup, se souvient-il. J’ai appris ce qu’était le candaulisme, le plaisir de partager ta femme, que ce soit en photo ou en racontant des expériences. »

Sauf que le virtuel a ses limites. Thomas, qui a l’imaginaire fertile et la libido dans le tapis, a eu envie de réel. Besoin de réel. Il a donc publié une annonce pour rencontrer un couple. Et l’annonce a porté ses fruits. Pour lui.

Sans en parler à sa blonde, vous l’aurez compris, enfin pas à ce moment-là, il a vécu le trip de sa vie. Et non, il ne s’est pas (trop) senti coupable. « À un moment donné, j’ai décidé : même si on est un couple, je suis un individu, et là, j’ai l’occasion de vivre ce que j’ai toujours voulu vivre », une notion qui lui tient à cœur depuis.

« La notion de la fidélité est à géométrie variable. Pour moi, tromper, ça aurait été développer une relation émotionnelle avec une autre. »

— Thomas

Or, dans sa tête, c’était – et c’est encore – très clair : c’est avec sa blonde qu’il veut être « pour toujours ». Le sexe, ici, « c’est un jeu ».

Parlant de jeu, Thomas a ensuite fait la rencontre (virtuelle) d’un homme de Québec qui aimait comme lui exhiber sa femme. Il lui a proposé de communiquer au moyen de l’application Snapchat, et après les photos coquines, ils sont passés aux échanges érotiques. Oui : à quatre. Car cette fois-ci, la blonde de Thomas a embarqué. À fond. Malgré sa maladie. Malgré ses complexes. Malgré sa canne. Pourquoi ? Parce que Snapchat, c’est éphémère, parce que le couple était intéressant, et puis surtout parce que le virtuel a ceci de magique qu’il permet de contrôler l’image véhiculée. C’est ainsi qu’ont débuté leurs séances de « mélangisme virtuel » avec photos ou vidéos pendant leurs ébats, et vice versa. Seuls, ensemble, à deux, trois ou quatre. Ils ont tout essayé. « Même si c’était virtuel, pour moi, c’était un gros wow. » Et savez-vous quoi ? « Ma blonde a adoré. Je ne sais pas à quel point tu veux qu’on rentre dans les détails, mais elle a vraiment tripé… »

Ce n’est pas tout. C’est ici que Thomas a eu ensuite l’idée, en plein ébat, d’avouer à sa blonde son premier trip à trois. Son infidélité qui n’en était pas une, si vous voulez. Et, contre toute attente, ça l’a allumée. Et pas à peu près. Ce qui est venu confirmer son intuition du départ : « Je ne trompais pas notre relation de confiance », se félicite-t-il.

C’est ainsi qu’est née leur entente : si une occasion se présente, Thomas peut aller voir ailleurs. Mais sa blonde ne veut pas le savoir. Ni avant. Ni pendant. Après ? En temps et lieu (« en dehors d’une relation sexuelle, ça tombe complètement à plat ! »). « Ça a servi de boost à notre sexualité… » Parce qu’évidemment, les aventures se sont répétées. Multipliées.

Et pas seulement de son côté à lui. Pour combler sa blonde, tout en respectant ses limites, Thomas lui a trouvé un « correspondant intime ». Et pendant plusieurs mois, elle a eu une « relation virtuelle » avec lui. Sans jamais rien dévoiler de sa maladie. Pour cause : « à travers Snapchat, elle pouvait être qui elle voulait », rappelle-t-il.

« Je t’aime. Vas-y, aie du fun ! lui disait-il. C’est le contraire de la jalousie ! » Et plus encore que vous croyez. Parce que cette aventure a eu l’effet d’une bombe sur sa confiance, et sa blonde a fini par se laisser convaincre de sauter du virtuel au réel. Dans une chambre d’hôtel. Pas à deux, mais à trois, avec l’amant et l’amoureux. Le croyez-vous ? « On a dû appeler le service aux chambres pour faire changer les draps…, dit en souriant Thomas, pas peu fier. Et la semaine qui a suivi, on faisait juste s’embrasser… »

Morale ? Thomas croit que tout cela relève d’un heureux et habile mélange de complicité, d’honnêteté, de partage de ses désirs et de communication de ses besoins. « D’accepter d’être un individu dans le couple, répète-t-il. Ça permet d’apprécier la vie… »

* Prénom fictif, pour préserver son anonymat

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