Hockey

Un Triste record

Pour la 10e fois cette saison, le Tricolore a été blanchi par ses adversaires. Un triste record de médiocrité dans l’histoire de l’organisation.

Analyse

Apprendre à la dure

Commençons par un chiffre : 10.

Dix, c’est le nombre de joueurs dans la formation du Canadien, hier, qui avaient été aussi en uniforme lors du tout premier match de la saison. Ça veut donc dire que la moitié des joueurs au banc hier n’étaient pas avec le grand club au début de la saison.

Faisons maintenant le tour des blessés : Max Pacioretty, Shea Weber, Carey Price, Victor Mete, Charles Hudon, David Schlemko. S’est ajouté à la liste Phillip Danault avant le match, en raison de raideurs au cou. Et pendant le match, Rinat Valiev s’est blessé. Brett Lernout a donc été rappelé d’urgence.

À un moment donné, ça fait beaucoup. Résultat, le Canadien s’est fait dominer par les Panthers 5-0 à Sunrise. C’est la 10e fois cette saison que le Canadien est blanchi, un triste record de concession. Et la fiche sur la route est plus pitoyable que jamais, à 9-21-3.

« C’est assez simple, on a beaucoup de blessures, beaucoup de jeunes, beaucoup de joueurs qui sont placés dans une position pour laquelle ils ne sont pas encore pas prêts », a dit Claude Julien.

« On fait jouer des jeunes, on espère qu’ils vont apprendre de ces moments-là. On leur en demande beaucoup. »

— Claude Julien

Puis il a ajouté ceci, fort révélateur. « On aimerait voir certains vétérans dans un rôle de leadership. »

Hier, les A étaient sur les uniformes de Brendan Gallagher, Jeff Petry et Paul Byron. C’est à eux, implicitement, de jouer un plus grand rôle face à l’adversité. Le Canadien, c’est un peu leur équipe, désormais.

Gallagher a bien essayé. On l’a vu après une mise en jeu carrément plonger pour essayer de récupérer une rondelle libre devant le filet. Un effort que même Roberto Luongo a souligné d’un petit coup de bâton sur sa jambe. Il a quand même terminé la soirée à - 3.

Petry a bien essayé. Il a été impliqué par moments, il s’est parfois rendu au filet. Il a même obtenu une échappée après un revirement en zone neutre. Luongo a bloqué son tir avec la mitaine, et Petry a donné libre cours à sa rage en frappant la baie vitrée de son poing. Il a terminé la soirée à - 3, lui aussi.

Byron a bien essayé. Il a inscrit un but, finalement refusé, en récupérant une rondelle devant le filet en plein milieu d’une mêlée. Jacob De La Rose a toutefois commis l’erreur de nuire au travail du gardien sur la séquence. Avant de lui jeter la pierre, reconnaissons que De La Rose a tout de même connu un match honnête.

« On doit juste continuer de travailler à chaque présence, la saison n’est pas finie, a dit Byron au sujet de son nouveau rôle. Tu dois faire ton travail. Je veux être un bon exemple, les jeunes nous regardent. C’est à nous de montrer l’exemple. Je suis fier d’avoir la chance de porter le A. »

Des choses doivent changer

Mais certains vétérans doivent se ressaisir, peu importe le contexte. Jonathan Drouin fait partie du groupe. Il a terminé la soirée à - 3, tout comme son partenaire de trio Alex Galchenyuk.

« Tout le monde prend ses responsabilités, personne n’est exclu de ça. »

— Claude Julien

« On aimerait voir ces gars-là en donner plus. C’est ce qu’ils sont reconnus pour faire », a ajouté l’entraîneur-chef.

Drouin était par moments assez pénible à regarder. Inefficace à l’attaque, inefficace à la défense. Lui-même, dans le vestiaire après le match, semblait désemparé. Il est arrivé à Montréal par la grande porte, il ne s’imaginait certainement pas à 10 buts et 23 aides, avec un différentiel de - 26, si près de la fin de la saison.

« La qualité des chances [de notre équipe] n’est pas proche [de celles d’autres équipes]. Ç’a été comme ça pas mal toute l’année. Il y a des choses qui ne changent pas, mais il faut que ça change. On a des nouveaux gars, mais tout le monde doit prendre le blâme. »

Claude Julien évoquait il y a quelques jours, après le match face aux Devils, le concept d’adversité. L’importance pour le Canadien de grandir dans l’adversité pour ne plus revivre une saison comme celle-ci. Hier soir, il a parlé de la « school of hard knocks », une expression qui se traduit grosso modo par « apprendre à la dure ».

En effet, c’est dur. Ne reste plus qu’à apprendre.

Ils ont dit

« Je ne veux pas trouver des excuses »

« Tous les joueurs font face à la même chose. Je ne veux pas trouver des excuses pour les joueurs. J’aimerais que les joueurs trouvent des solutions. »

— Claude Julien sur les joueurs mieux surveillés sur la route

« On a travaillé fort, mais on n’avait pas assez d’attaque. C’est difficile de gagner sans aller dans les endroits qui brassent. Aller devant le filet, on doit continuer à travailler là-dessus. »

— Paul Byron

« On n’a pas pris nos chances. On ne lance pas au filet assez souvent. Personne ne va au filet, ça ne nous aide pas. Les gardiens donnent des rebonds et on n’est pas là. Quand il y a des blessés, nous, les nouveaux, on doit prendre nos responsabilités et on ne le fait pas. »

— Nicolas Deslauriers

« Sur la première, deux joueurs ne font pas partie du jeu, c’est quelque chose qu’on laisse souvent passer. Sur la deuxième, on était cinq joueurs, le sixième était accoté sur la bande. J’ai rarement vu quelque chose être appelé comme ça. Mais tu prends la responsabilité, c’est comme ça qu’ils voulaient l’appeler. Tu continues d’aller de l’avant. »

— Claude Julien, sur les deux pénalités pour avoir eu trop de joueurs sur la glace

« Il y a 82 matchs à jouer. Tu es hors des séries, mais si tu jettes l’éponge, tu ne seras pas meilleur l’année prochaine. Tu fais de ton mieux. »

— Jonathan Drouin

« Si on n’était pas si amochés, ils profiteraient d’une situation comme Victor Mete en début de saison. C’est dur de protéger les jeunes dans ce contexte. »

— Claude Julien, sur les temps durs pour les jeunes

Propos recueillis par Jean-François Tremblay, La Presse

Dans le détail

Luongo comme le bon vin

Robert Luongo est comme le bon vin. À 38 ans, il est le plus vieux gardien de la LNH, et il ne fait vraiment pas son âge. Hier, avec sa victoire face au Canadien, il a porté sa fiche à 7-1-1 depuis son retour au jeu après une absence de 26 matchs pour une blessure au bas du corps. L’entraîneur des Panthers Bob Boughner nous en disait ceci avant le match : « Il joue son meilleur hockey depuis très longtemps. Il a été notre meilleur joueur. » Un synchronisme parfait pour une équipe qui aspire à faire les séries. Hier, on l’a vu calme, en contrôle, jamais dérangé quand la situation se corsait. Quand Jeff Petry s’est échappé en deuxième période, il a sorti la mitaine. Quand Nicolas Deslauriers a décoché un puissant tir du cercle de mise en jeu quelques secondes plus tard, il a fait l’arrêt puis a maîtrisé le retour. Luongo joue pour assurer la qualification des Panthers. Il joue aussi pour une cause depuis la tragédie de Parkland, l’endroit où est née sa femme et où ses enfants vont à l’école. C’est beau à voir.

Dans le détail

L’arrêt de Lindgren

Charlie Lindgren n’a pas fini de faire face à l’adversité, si le match d’hier est un indicateur des autres à venir. Il a encore connu une soirée, disons… d’apprentissage, au cours de laquelle il a cédé cinq fois. Aussi bien, dans ce cas-là, qu’il se fasse tout de suite à l’idée qu’il devra travailler fort pour chaque arrêt. On dit de Lindgren que c’est un gardien qui refuse d’abandonner, et ça l’a bien servi dans un arrêt spectaculaire au milieu de la première période. Nick Bjugstad a pris la rondelle libre et a contourné le filet à grande vitesse pour surprendre le gardien. Un bon vieux wrap-around, comme on l’appelle. Lindgren, déporté du mauvais côté, a pourtant décidé de plonger et de s’étendre de tout son long, bâton devant. Il a ainsi réussi un arrêt aussi improbable que désespéré. Ça fait quelques fois cette saison qu’il nous offre ce genre de bijoux, et c’est tout à son honneur. Il pourra revoir son arrêt pour se remonter le moral quand il pensera aux 11 buts accordés en deux matchs…

Dans le détail

Trocheck et Barkov, les centres de luxe

Avec Aleksander Barkov et Vincent Trocheck, les Panthers peuvent compter sur un véritable duo de luxe au centre. Non seulement l’entraîneur Bob Bougner les utilise autant en avantage numérique qu’en désavantage numérique, mais ils sont excellents au cercle de mise en jeu. Pour Barkov : 12 victoires en 22, après un ralentissement en fin de match. Pour Trocheck : 17 duels gagnés sur 23. À un certain moment de la soirée, les Panthers avaient gagné 86 % des mises au jeu. Le Canadien a peu à peu comblé l’écart jusqu’à ramener la statistique à 59 % en faveur des Panthers. En plus, Trocheck a contribué au premier but en réussissant une passe parfaite de dos. Puis, sur le deuxième but, c’est Barkov qui a rejoint Nick Bjugstad devant le but de Charlie Lindgren malgré la couverture de Mike Reilly. Puis Barkov a ajouté une passe. Puis Trocheck a ajouté un but…

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