Société / À la recherche du bonheur

Bas les masques !

Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

« Au lieu de vouloir s’améliorer à tout prix, Franck nous encourage à simplement accepter ce que l’on est, afin de devenir des gens plus heureux », écrit Jérémy Demay en quatrième de couverture de son troisième livre, La vie. Il n’en fallait pas plus pour qu’on traverse le pont Jacques-Cartier afin de jaser bonheur avec l’humoriste, dans sa paisible maison de Saint-Bruno.

« Franck », c’est Franck Lopvet, un conférencier français qui donne des séminaires pour guider les gens vers l’acceptation de soi. L’espace d’un week-end, en 2016, Jérémy Demay est tombé en profonde amitié avec lui. Il y a un an, les deux hommes ont passé trois jours dans un chalet pour jeter les bases d’un livre. Celui-ci prend la forme d’un dialogue de 199 pages, sur plusieurs thèmes qui touchent à… la vie !

On y découvre la vision du monde assez unique de Franck. Plusieurs de ses réflexions tombent sous le sens. D’autres sont surprenantes, voire choquantes, comme son rejet de l’amour inconditionnel, voire de l’amour tout court, ou ses théories sur la maladie. Jérémy Demay en convient : il y a matière à faire réfléchir, voire à provoquer des débats, dans ce livre. « Voici une caisse à outils. Moi, elle m’a aidé. Tu utilises ce que tu veux », propose-t-il.

Connaissance de soi

C’est en 2009, en pleine dépression, que Jérémy a entrepris le fascinant et inépuisable chemin vers la connaissance de soi. « J’ai lu beaucoup de livres. J’ai rencontré plusieurs thérapeutes. J’ai fait du yoga, de la méditation. » L’artiste a bien remonté la pente, il faut croire, puisque son premier spectacle solo, sorti en 2013, s’intitulait Ça arrête pu d’bien aller. Le deuxième, Vivant, est toujours en tournée.

« Au fond de tout ce que je fais, il y a de l’espoir. Je suis plus lumineux que sombre. Mais je ne suis pas que ça. » Il trouve d’ailleurs assez parlante la réaction d’une partie de son public, qui est parfois choquée de le voir explorer des zones un peu plus grivoises. « Des fois, j’ai envie de casser cette image de bon gars pour être encore plus authentique. Mais les gens veulent que tu restes ce qu’ils pensent que tu es. »

« Ce qui nous stresse, nous fatigue, nous angoisse, dans la vie, c’est tout ce travail qu’on met à cacher qui on est réellement. C’est le mensonge. Le jour où on transgresse la peur de déplaire, on peut commencer à s’accepter et à vivre. »

— Jérémy Demay

Sa rencontre avec Franck Lopvet, en 2016, a permis à Jérémy d’accélérer le processus. Lorsqu’on lui demande lesquels des enseignements de son mentor et ami l’ont le plus marqué, Jérémy ne tarde pas à répondre. C’est déjà clair dans son esprit. « Dans la vie, on a deux options : être une “bonne personne” ou être soi-même, avec toutes ses qualités ET tous ses défauts. Petits, on apprend à devenir de bonnes personnes. On réalise qu’en étant polis, gentils, en ayant de bonnes notes à l’école, on attire encore plus l’amour de nos parents. Alors on continue comme ça dans la vie. On porte tous des masques sociaux. On ne veut montrer que le beau côté des choses, projeter une image de bonheur. Regardez Instagram et Facebook. Mais pour être bien, il faut aussi commencer à reconnaître les moins beaux côtés. »

Besoin de reconnaissance

Jérémy a grandi en France. À 8 ans, il a vu son père succomber à une crise cardiaque. À sa sœur de 12 ans, inconsolable, il a déclaré : « Ce n’est pas grave. On en trouvera un autre. » Et juste comme ça, le garçon venait de se couper complètement de la violence des sentiments provoqués par cette mort si soudaine. Il y est resté insensible pendant longtemps.

Aujourd’hui, avec le recul, l’humoriste arrivé au Québec en 2004 croit qu’il est peut-être monté sur scène pour combler ce besoin de reconnaissance, cette soif d’amour exacerbée par l’absence de son père. « Au début, je faisais les choses pour plaire. Mais je me suis beaucoup, beaucoup, beaucoup calmé. »

Avant la publication de son premier livre, La liste, en 2015, le trentenaire était d’ailleurs pétri de doutes et de peurs de déplaire. « Je craignais d’écrire des livres “comme ça”. Je me disais que les gens me jugeraient, que ça nuirait à mon image. Toujours cette question d’image. Mais les gens l’ont bien pris, finalement. »

En effet, ses deux premiers ouvrages de « non-développement personnel » se sont vendus à plus de 140 000 exemplaires. Le nouveau est en librairie depuis mardi. Jérémy aimerait peut-être donner des conférences sur le sujet au printemps, une fois la tournée de Vivant terminée.

Dans une conférence TED donnée en 2017, on voit que Jérémy est aussi à l’aise devant un public de HEC qu’un parterre de gala d’humour. Il y compare l’être humain à une rivière et nos programmations mentales à des rochers qui empêchent l’eau de passer, qui créent des barrages. Aujourd’hui, le trentenaire semble se rapprocher du joli ruisseau qui coule librement dans sa cour, dans son havre de paix de Saint-Bruno. Il n’a plus besoin de forcer autant. La vie vient à lui.

Questionnaire bonheur

Une définition du bonheur

« Avant, j’aurais dit : “être bien avec moi”. Maintenant, c’est plutôt : “accepter toutes les parties de moi-même”. On dit souvent : “Aime-toi !” Comment on fait ça ? Si je te disais : “Aime-moi !”, tu ne saurais pas quoi faire. S’aimer, c’est s’accepter. Et plus on reconnaît et qu’on accepte toutes les parties de soi-même, y compris ses défauts, plus on peut être heureux. »

Une routine de bien-être

« Je suis une personne très disciplinée. J’ai une routine du matin, qui comprend un litre d’eau citronnée, un jus de céleri et des exercices de respiration. Mon alimentation est végétarienne à 90, 95 %. Je fais souvent un peu de yoga avant de me coucher. J’aime me sentir bien. J’ai un métier qui me permet beaucoup de temps libre. Alors je l’utilise à prendre soin de moi, à rester en forme. »

Une chose qui vous éloigne du bonheur

« Ne pas m’écouter, des fois. Ça m’arrive encore de rire un peu trop à une blague qui n’est pas drôle du tout, ou de faire semblant de m’intéresser à un sujet dont je n’ai rien à foutre. Pour faire plaisir. »

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