Football

Trump et la rocambolesque USFL

C’est ce soir que la première saison de l’Alliance of American Football s’amorcera. Il y a 35 ans, c’est une autre nouvelle ligue de football qui faisait parler d’elle, la USFL (United States Football League), qui a tenté de se faire une place aux côtés de la puissante NFL. La mort de la sympathique ligue est en grande partie attribuable à... Donald Trump.

L’HOMME QUI VOULAIT ÊTRE DANS LA NFL

Devenu le propriétaire des Generals du New Jersey à leur deuxième saison, Donald Trump s’est vite imposé comme celui qui allait tout décider dans la USFL. Il a insisté pour que la USFL cesse d’être d’une ligue de printemps pour devenir une ligue d’automne (mauvaise décision) et il a été derrière la poursuite de la USFL contre la NFL, l’accusant de détenir le monopole du football professionnel. Son objectif réel ? Que la NFL choisisse ultimement de fusionner avec la USFL ou, à tout le moins, qu’elle annexe les Generals à sa ligue. Le commissaire de la NFL de l’époque, Pete Rozelle, avait pourtant été catégorique : Trump était un indésirable dans les cercles de la NFL et n’obtiendrait jamais une franchise. En 1986, la USFL a remporté sa cause, mais n’a reçu que la somme symbolique de 1 $ (au fait, 3 $, car les gains sont multipliés par trois dans des causes antitrusts). La USFL a fermé boutique peu de temps après.

JOHN BASSETT LUI A TENU TÊTE

En lisant Football for a Buck, on constate très rapidement que Donald Trump était le même personnage au milieu des années 80 qu’à la présidence des États-Unis. Il imposait ses idées, avait très peu de respect pour son entourage et utilisait tous les moyens nécessaires pour arriver à ses fins. Propriétaire des Bandits de Tampa Bay – avec commen partenaire l’acteur Burt Reynolds, notamment –, l’homme d’affaires canadien John Bassett a rapidement vu le jeu de Trump et lui a envoyé une lettre pour le moins savoureuse. « Certaines personnes sont peut-être en mesure de laisser vos commentaires insensibles et dénigrants passer, mais ce ne sera plus mon cas. Vous êtes plus grand, plus jeune et plus fort que moi, alors je n’aurai pas le moindre regret de vous frapper en plein visage la prochaine fois que vous me mépriserez, ou n’importe qui d’autre, parce que nous n’épousons pas vos idées », a écrit Bassett dans une lettre officielle envoyée à Trump.

LES STARS DE PHILADELPHIE

Il y avait également de l’action sur le terrain dans la USFL, qui a eu de 12 à 18 équipes durant ses trois saisons. Le calibre de jeu n’était pas tout à fait comparable à celui de la NFL, mais certaines équipes auraient pu offrir une bonne opposition aux équipes du vieux circuit. C’était particulièrement le cas des Stars de Philadelphie, qui ont participé aux trois finales de la USFL et qui ont remporté deux titres. C’est peut-être parce que Carl Peterson et Jim Mora étaient leur directeur général et leur entraîneur-chef. Les deux hommes ont connu de longues carrières dans la NFL par la suite. Le meilleur joueur des Stars et le joueur par excellence de la USFL était le demi offensif Kelvin Bryant.

HERSHEL WALKER, STEVE YOUNG, JIM KELLY, REGGIE WHITE…

La USFL a frappé son premier coup de circuit lorsque les Generals sont parvenus à embaucher Hershel Walker, qui venait de remporter le trophée Heisman. Walker a pris cette décision parce qu’il ne voulait plus jouer dans la NCAA mais qu’il n’était pas encore admissible à un poste dans la NFL. Steve Young a quant à lui obtenu un contrat de 40 millions pour se joindre à l’Express de Los Angeles. Jim Kelly, Reggie White, Bobby Hebert et plusieurs autres jeunes joueurs de talent ont également choisi la USFL plutôt que la NFL.

FINALE ET GAZ LACRYMOGÈNE

Le tout premier match de championnat de la USFL, disputé entre les Stars et les Panthers du Michigan, a offert un très bon spectacle à Denver. Mais ce n’est pas pour cette raison que la rencontre a retenu l’attention. À la fin du match, des dizaines de partisans bien imbibés sont descendus sur le terrain. A suivi un affrontement avec la police, qui a utilisé du gaz lacrymogène pour calmer les ardeurs des partisans. « Une bonne façon de casser le “momentum”. Un excellent match pour terminer la première saison, mais les dernières images étaient celles de policiers en train d’envoyer du gaz lacrymogène sur des partisans », raconte Kevin Noonan, qui couvrait les Stars pour le Wilmington News Journal.

ILS ÉCHANGENT LEUR ÉQUIPE !

On vous épargne tous les détails qui ont mené à la transaction, mais celle qu’ont conclue le Blitz de Chicago et les Wranglers de l’Arizona est non officiellement la plus imposante de l’histoire du sport professionnel. Entre la première et la deuxième saison de la USFL, le Blitz a été envoyé en Arizona et les Wranglers à Chicago… les deux équipes en entier ! Propriétaire du Blitz, Ted Diethrich a déménagé son équipe en Arizona. « Nous sommes les nouveaux Wranglers de l’Arizona, mais j’espère qu’on pourra poursuivre notre tradition de succès que nous avions à Chicago », a-t-il commenté.

MENACES DE MORT ET GARDE DU CORPS DE LIBERACE

Greg Fields était un imposant joueur de ligne défensive, reconnu pour être un tantinet instable. Lorsque l’Express de Los Angeles a annoncé à Fields qu’il était libéré, sa réaction a été un peu excessive. Fields a frappé l’entraîneur-chef John Hadl en plein visage et l’a menacé de mort. L’Express n’a pris aucun risque et a embauché un certain Nelson Mercado, qui était notamment le garde du corps du pianiste Liberace à cette époque. Mercado a surveillé Fields durant des semaines, jusqu’à ce que ce dernier signe un contrat avec les Gunslingers de San Antonio. Lorsque Fields est arrivé au stade des Gunslingers, les entraîneurs l’attendaient équipés d’épaulières et de casques de football.

PAS VRAIMENT UNE ÉQUIPE MODÈLE

Plusieurs équipes de la USFL ont connu des ratés, mais la palme revient certainement aux Gunslingers de San Antonio, qui appartenaient à un dénommé Clinton Manges. Pearlman raconte qu’il aurait facilement pu écrire un livre entier au sujet des Gunslingers, mais on doit plutôt se contenter du chapitre le plus drôle (et triste) de Football for a Buck. Un entraîneur-chef avec des doigts manquants qui regardait les matchs de son équipe assis dans les gradins ; un annonceur maison qui gagne au tirage au sort et qui remporte une voiture lors d’un match local ; une équipe incapable de rentrer à San Antonio après un match sur la route parce que la compagnie aérienne n’a pas été payée… C’était le far west chez les Gunslingers de Manges, qui n’étaient finalement pas aussi riches qu’ils le disaient.

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