Mon clin d'œil

Il existe un seul appareil permettant de détecter le pot : le nez.

Affaire Walmart

« Le monsieur est en maudit ! »

La société québécoise a vécu d’importants changements dans ses systèmes éducatifs et sociaux au cours des dernières décennies.

L’un d’eux concerne nos perceptions des personnes présentant des déficiences et des incapacités dans la mesure où elles sont maintenant, dans le discours à tout le moins, reconnues comme citoyens à part entière.

Suivant la parution de la Charte des droits et libertés du Québec (1975), une succession de mouvements et d’approches ont vu le jour. Puisque notre mémoire collective semble défaillante, et à en juger par les actions irréfléchies, archaïques et dénudées d’empathie et d’humanisme récents, je me sens la responsabilité de nous la rafraîchir !

Un peu d’histoire

À la fin des années 60, des Scandinaves (Bank-Mikkelsen et Nirje), nobles de la pensée et du cœur, ont dénoncé les mauvais traitements et conditions réservés à ces personnes et suggéré qu’il fallait les sortir des grands asiles en énonçant le principe de la « Normalisation ».

Pour eux, ceci signifie que toute personne a le droit et devrait jouir de conditions de vie normales au même titre que tous.

L’idée principale étant de leur permettre de vivre dans LA société avec leurs différences et d’expérimenter les mêmes routines et activités pour apprendre les uns des autres.

Un Américain (Wolfensberger) reprend ce principe en 1972 en lui donnant un sens davantage orienté sur les efforts collectifs devant être faits pour favoriser le développement de comportements et d’apparences les plus normales possible. Il craint que le vivre-ensemble ne soit suffisant pour permettre à ces personnes d’apprendre et de manifester des comportements similaires aux nôtres.

Dans cette foulée, les conditions de vie exécrables des milieux de vie québécois de ces personnes furent dénoncées dans le livre Les fous crient au secours, ce qui amorce notre grande désinstitutionnalisation (sortie vers la communauté). Ceci a marqué le début d’un demi-siècle où se sont succédé plusieurs mouvements ayant pour but de nous diriger vers une société inclusive et adaptée aux différences de tous afin de permettre une pleine participation sociale. Nous avons donc mis l’épaule à la roue et travaillé avec cœur et passion sans ménager les efforts pour développer cette société inclusive.

En l’espace de 50 ans, plusieurs cadres conceptuels, lois et politiques sont venus paver la voie à l’arrivée de nouvelles pratiques d’intervention spécialisées et surspécialisées dites « centrées » sur les besoins des personnes handicapées.

L’Office des personnes handicapées du Québec a publié la politique « À part entière : pour un véritable exercice du droit à l’égalité », dans laquelle il est fait mention de 3 grands défis et 11 priorités d’intervention visant à accroître la participation de ces personnes dans tous les secteurs de la vie quotidienne (école, travail, loisirs, sport, culturel, etc.).

Intervenant pendant plus de 10 ans puis professeur et chercheur depuis plus de 20 ans dans le domaine de la déficience intellectuelle, j’ai eu le privilège de rencontrer messieurs Nirje, Wolfensberger et plusieurs autres géants. Les valeurs humaines et principes fondamentaux qu’ont défendus ces pionniers toute leur vie durant, je les partage et milite pour l’autodétermination, l’inclusion et la participation sociale de toute personne. Je ne suis pas dupe, j’ai vu neiger et je sais pertinemment que ce sont des principes et des idéaux qui doivent orienter nos choix et nos actions.

Mais à la base, une « vision » ne peut se concrétiser que si les « bottines suivent les babines ».

Or voilà que l’affaire Walmart nous éclate à la figure, semant consternation, indignation, incompréhension, colère… S’il fut une époque où cette entreprise pouvait se targuer d’une pub dont tous se souviennent, « La madame était contente ! », je leur offre mes services pour en tourner une ou le slogan serait « Le monsieur est en maudit ! ». En terminant, sans vouloir être prophète de malheur et sur la base d’autres situations qui m’ont été rapportées, j’ai bien peur que l’événement Walmart ne soit que la pointe d’un iceberg vers lequel nous nous dirigeons directement.

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