Présentation spéciale Glen Sutton

Un fabuleux pan d’Europe en Estrie

L’immobilier fait rêver. Chaque semaine, notre journaliste présente une propriété haut de gamme offerte sur le marché de la revente.

Reproduire les beautés de son Europe natale dans son pays d’adoption, c’est ce qu’Henrietta Antony s’est employée à faire dans son domaine de Glen Sutton. Maintenant qu’elle n’est plus là, l’œuvre de sa vie est à vendre. Avec la terre de 177 acres viennent un vignoble à paliers, une chapelle en pierre, deux maisons, un cellier médiéval avec son chevalier en armure, un lac en forme de cœur, alouette !

Quand Henrietta Antony, une antiquaire renommée de Westmount, achetait quelque chose, peu importe où dans le monde, c’est que l’objet avait de l’histoire et du vécu. Et c’est dans cet esprit de legs qu’Henrietta a construit cet incroyable domaine qu’est le vignoble Chapelle Sainte-Agnès, à Glen Sutton. Pour se rendre au bout de son rêve un peu fou, elle aurait dû vivre au moins jusqu’à 150 ans. La vie lui en a accordé 82, mais elle n’en a pas perdu une seconde. C’était une esthète, doublée d’une femme de projets et d’action, dit-on. Pas si longtemps avant de s’éteindre en 2015, atteinte d’un cancer, elle rêvait encore d’y bâtir un château.

Ailleurs

En mettant le pied dans le domaine, on est ailleurs. Ces bâtiments à l’allure si particulière, ces belles terrasses en pierre, et cette vue en plongée sur le vignoble en étages, est-ce l’Italie ? La France ? La Moravie, cette région de la Tchécoslovaquie que Mme Antony a quittée à l’âge de 16 ans, en 1948, avec sa famille, pour fuir le communisme ? C’est un peu de tout ça, et un peu d’ailleurs aussi. Ici, on perd agréablement ses repères. Et on peine à croire que Mme Antony a bâti tout ça en moins de 30 ans, les dernières de sa vie.

Mme Antony a commencé à acheter du terrain sur la route Scenic en 1959, mais ce n’est que beaucoup plus tard qu’elle a entrepris son grand projet. « Ici, sur cette terre, il n’y avait qu’une petite maison. Tout ce que vous voyez est récent », explique John Antony en nous faisant visiter le domaine érigé par sa mère. 

Ce projet a commencé à prendre forme sur papier vers 1986. La construction s’est étalée sur plusieurs années. La petite maison a été agrandie et est devenue la grande maison de Mme Antony. La chapelle a été construite en 1993, la maison de John a été érigée en 1994, le vignoble a été établi en 1997. Le bâtiment le plus étonnant, que l’on appelle la réception, avec tourelle et mezzanine, a été terminé en 2009. Il surplombe un cellier d’allure médiévale, qui s’enfonce à huit mètres sous le sol. Le lac en cœur a été creusé quelque part dans ces eaux-là. Pourquoi en cœur ? « Pour la romance », répond John en souriant. De fait, c’est l’endroit tout indiqué pour célébrer des mariages et y tenir de grandes cérémonies. Au moment de notre passage, 70 personnes y étaient attendues pour tenir une grande fête.

Travail colossal

Peu importe où l’on regarde, on est surpris par la beauté ou la finesse d’une chose, un détail cocasse ou l’ingéniosité de l’aménagement. Mme Antony tenait à ce que tout soit fait dans le respect des traditions, pour durer. Maçons, tailleurs de pierres, sculpteurs, charpentiers et experts en vin s’y sont succédé. Des tonnes de pierres ont été amenées pour construire les paliers du vignoble, et les terrasses. On ne doute pas une seconde qu’il a fallu un travail colossal et de grands moyens financiers pour arriver à ce résultat. Mme Antony admettait elle-même avoir englouti sa fortune dans son projet. Et elle ne regrettait rien, consciente de laisser un héritage.

« John Antony a participé activement au projet de sa mère. Il parle de celle-ci avec vénération et montre un profond attachement pour l’endroit. Aujourd’hui, à 61 ans, c’est toujours lui qui tient le fort avec sa conjointe, en attendant que l’endroit soit vendu selon le désir de la succession. Celle-ci est composée des trois enfants de Mme Antony et du frère de celle-ci. Mis en vente à 4,9 millions après le décès, le domaine est maintenant affiché à moins de 3 millions, un prix bien en-deçà de ce qu’il a coûté, admet M. Antony. C’est un endroit magnifique mais tellement particulier, et qui demande de l’entretien, reconnaît le courtier immobilier Reginald Gauthier, chargé de vendre cette propriété. Ce dernier croit que l’acheteur, en plus d’avoir un bon compte en banque, devrait avoir un projet en tête. « Ça pourrait être quelqu’un qui veut avoir son propre vignoble, sans nécessairement que ce soit ouvert au public », dit-il.

En attendant, le vignoble de la Chapelle Sainte-Agnès est toujours ouvert pour des réceptions et des noces. On peut aussi visiter l’endroit en payant 10 $. Et pour 10 $ de plus, on goûte aux vins de dessert qui y sont produits.

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