SANTÉ

Les négociations entre Québec et les pharmaciens dans l’impasse

Après trois mois de négociations, les pourparlers ont cessé, vendredi, entre le gouvernement et l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), mais ce n’est pas faute d’offres sur la table. Selon ce qu’a appris La Presse, au moins deux propositions ont été faites de part et d’autre pour régler cet épineux litige qui oppose l’État à ses pharmaciens depuis 2015. Incapables de s’entendre, les deux parties se retrouveront sous peu en arbitrage.

En juin 2015, les pharmaciens de l’AQPP ont consenti à verser 400 millions sur trois ans au gouvernement, qui s’engageait de son côté à lever le plafond des allocations professionnelles des pharmaciens.

Aussi appelées ristournes, les allocations professionnelles sont les sommes versées par les sociétés de médicaments génériques aux pharmaciens en fonction du volume de ventes. Le plafond des ristournes est fixé à 15 % au Québec depuis 2011.

Dès l’automne 2015, les ponctions ont débuté sans que le plafond des ristournes ne soit levé. Une situation qui a affaibli la santé financière de bon nombre de pharmaciens, a souvent dénoncé l’AQPP.

LUCIEN BOUCHARD ENTRE DANS LA DANSE

En avril 2016, les pharmaciens ont été outrés quand Québec a fait volte-face et déposé un règlement dans lequel il imposait finalement une levée partielle et progressive du plafond des allocations professionnelles.

Estimant que le ministre de la Santé Gaétan Barrette revenait sur sa parole, les pharmaciens ont porté la cause en arbitrage et ont engagé l’ancien premier ministre Lucien Bouchard pour les représenter.

Moins d’un mois plus tard, l’AQPP et Québec ont accepté de mettre le processus d’arbitrage en veille, le temps de négocier une entente. Les ponctions imposées aux pharmaciens, qui atteignent environ 80 millions à ce jour, ont aussi été suspendues.

Selon des informations obtenues par La Presse, dans le cadre de ces pourparlers, le gouvernement a proposé aux pharmaciens de repousser l’application des ponctions en prolongeant leur suspension jusqu’en février prochain. À partir de cette date, les ponctions auraient repris progressivement jusqu’en juin, où elles auraient été rétablies complètement.

En étalant les ponctions dans le temps, Québec estimait que leur impact serait fortement diminué, puisque la levée progressive du plafond des allocations professionnelles aurait suivi son cours, permettant aux pharmaciens de récolter environ 100 millions de plus.

UNE AUTRE LOI INQUIÈTE LES PHARMACIENS

Dans sa proposition, le gouvernement promettait aussi de mettre sur pied un comité sur la révision du mode de rémunération des pharmaciens, de même qu’un comité chargé d’étudier les impacts du projet de loi 81.

Cette loi, dont l’adoption est attendue sous peu, vise à permettre au gouvernement de lancer des appels d’offres pour l’achat de médicaments afin d’obtenir le meilleur prix.

Les pharmaciens s’inquiètent des retombées du projet de loi 81 sur leurs honoraires, puisque si le prix des médicaments baisse, leurs allocations professionnelles baisseront d’autant.

Jean Bourcier, directeur général de l’AQPP, explique avoir refusé la proposition du gouvernement, qui aurait « créé des périodes où les ponctions auraient été très grosses », reconnaissant du même coup que le lien de confiance avec le ministre Barrette n’est pas à son plus haut.

« En reportant les ponctions dans le temps, on se rapproche de plus en plus de l’entrée en vigueur du projet de loi 81, qui va venir diminuer de beaucoup nos allocations. »

— Jean Bourcier, directeur général de l’AQPP

ABOLIR LES RISTOURNES

De son côté, l’AQPP proposait plutôt d’abolir les allocations professionnelles en échange d’une compensation de 159 millions par année du gouvernement.

« En abolissant les allocations, le projet de loi 81 n’aurait plus eu d’impact sur nous et le gouvernement aurait pu négocier des prix à la baisse à sa guise. Nous croyons que cette offre était profitable pour tout le monde », explique M. Bourcier.

Les pharmaciens demandaient également que les ponctions de 130 millions par année soient annulées. Une bouchée qui était trop grosse à avaler pour Québec.

Au cabinet du ministre de la Santé Gaétan Barrette, on indique que le ministre est « déçu » de l’impasse des négociations, sans vouloir commenter davantage. L’AQPP et Lucien Bouchard donneront quant à eux une conférence de presse à ce sujet cet après-midi.

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