Jusqu’au bout

Les Bruins enlèvent le sixième match à St. Louis et forcent la tenue d’un septième affrontement en finale de la Coupe Stanley.

Analyse

Bergeron s’est levé

Patrice Bergeron n’est pas reconnu pour ses déclarations-chocs, mais il suffit de l’interviewer une fois pour constater qu’il est à l’aise de s’exprimer devant un public.

Hier, les Bruins de Boston n’avaient aucune autre option que la victoire, puisqu’ils étaient menés 3-2 dans cette finale de la Coupe Stanley. Avant le match, Bergeron a pris la parole dans le vestiaire. Puis, il est passé de la parole aux actes. Ses vieux alliés aussi.

Bergeron et Tuukka Rask ont uni leurs efforts pour mener les Bruins à une victoire de 5-1 contre les Blues, hier.

Avec ce résultat, les Bostoniens se sont donc assuré que la Coupe Stanley ne voie pas la lumière du jour et reste dans sa boîte. On la reverra seulement mercredi soir, au TD Garden, dans ce qui sera la première finale depuis 2011 à se rendre à la limite des sept matchs.

C’est Charlie McAvoy qui a ébruité l’histoire du discours en révélant que Bergeron s’était levé avant le match. Bergeron était bien placé pour parler ; il était là, en juin 2011, quand les Bruins ont défait les Canucks de Vancouver dans le sixième match de la finale, pour forcer la tenue d’un match ultime. Coup que les Bruins ont refait aux Maple Leafs de Toronto cette année, au premier tour.

Comme tout joueur, le principal intéressé était mal à l’aise de raconter son discours. Qu’a-t-il dit ?

« On est dans une situation où on vit un rêve d’enfance. Il faut se rendre compte de l’occasion qu’on a. »

— Patrice Bergeron

Et des prises de parole du genre, ça arrive souvent ? « Oui, ça m’arrive souvent, ça fait partie de mon travail ! », a-t-il lancé, amusé.

McAvoy, lui, n’était aucunement mal à l’aise d’en dire davantage.

« Patrice a fait tout ce que tu recherches d’un meneur. Il agit toujours en meneur, mais encore plus ce soir. Il a trouvé les bons mots pour rassembler les joueurs. Nous avions besoin de ce discours », a assuré le jeune défenseur.

Enfin, des résultats

Si les Bruins étaient en situation périlleuse hier, c’est justement parce que le trio de Bergeron n’avait pas son efficacité habituelle depuis le début de la finale.

L’unité de Bergeron, Brad Marchand et David Pastrnak a eu besoin d’un avantage numérique de deux hommes pour s’inscrire au pointage, mais c’est parfois le petit influx de confiance nécessaire. Ce but permettait par ailleurs aux visiteurs de souffler un peu, après avoir vu les Blues connaître un fort début de match. En fait, la pénalité à Brayden Schenn, pour une mise en échec inutile contre Joakim Nordstrom, a mis un frein à cet élan.

Pastrnak a quant à lui marqué l’important quatrième but en fin de match, quelques instants après que Ryan O’Reilly eut resserré la marque à 3-1.

Cela dit, attendons avant de décréter que le trio de Bergeron est redevenu dominant comme au début des séries. Un des buts a été marqué à cinq contre trois, et sur celui de Pastrnak, c’est Sean Kuraly, un joueur de quatrième trio, qui a fait le jeu clé en décollant Samuel Blais de la rondelle le long de la rampe.

C’est sans oublier qu’en jouant avec sa fougue habituelle, Marchand a aussi écopé d’une pénalité en ayant été trop agressif en échec avant, en deuxième période. Heureusement pour lui que l’avantage numérique des Blues est en panne.

En attendant de savoir si le trio de Bergeron redeviendra la « Perfection Line », les Bruins savent que Rask est là pour eux. Le gardien finlandais était brillant comme il l’a été tout au long du printemps, et a été largement supérieur à son rival, Jordan Binnington, qui a perdu de sa superbe en finale. La tenue de Rask explique en grande partie pourquoi les Bruins ont pu tenir bon en début de match, quand les Blues contrôlaient le jeu.

« C’est notre meilleur joueur. Il l’a été depuis le début des séries, en saison aussi, a décrit McAvoy. Quand il joue de cette façon et qu’on fait notre travail devant lui, on sait qu’il sera là pour nous, qu’il sera notre pilier. »

Septième match Blues c. Bruins, mercredi (20 h) à Boston

« On doit simplement jouer »

« On doit simplement jouer. On a été bons sur la route toute la saison. On sait que l’on doit mieux jouer. Il faut simplement appliquer notre recette habituelle sur la route. »

— Alex Pietrangelo

« Je ne sais pas, ça s’est passé tellement vite. J’ai vu la rondelle toucher le poteau, puis son dos, et j’ai eu le réflexe de tenter de la frapper au vol. »

— Charlie McAvoy, au sujet de la chance de marquer des Blues en première période

« C’était le retour aux détails. C’était le mot-clé depuis quelques jours. On voulait bien jouer défensivement, et c’est là que ça te donne des occasions en attaque. On voulait éviter à Tuukka de recevoir trop de tirs dangereux dans l’enclave. »

— Patrice Bergeron

« On a eu le rythme, on a eu des occasions, mais on n’a pas marqué. Rask a fait de gros arrêts. Mais on doit être meilleurs. On aurait pu gagner le match avec ça. On a obtenu 12 tirs en avantage numérique, mais on doit convertir certaines de ces occasions. »

— Craig Berube, au sujet de l’avantage numérique des Blues

Propos recueillis par Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Un avantage numérique en panne

Ce n’est rien de bien extraordinaire pour un observateur de Montréal de remarquer qu’un avantage numérique ne fonctionne pas, mais disons qu’en finale de la Coupe Stanley, le constat est troublant. Avant le match d’hier, les Blues avaient inscrit un seul but en 14 occasions en supériorité numérique en finale. C’est maintenant un en 18. Hier, ce ne sont pas les occasions qui manquaient pour débloquer ! Les Bruins ont offert de jolies chances aux Blues en cafouillant à quelques reprises. St. Louis a au moins réussi à menacer à quelques reprises, mais l’avantage numérique obtenu dès la troisième minute de la soirée aurait pu faire très mal aux Bruins. Cette unité fonctionnait pourtant à 21,1 % en saison, mais semble devenue prévisible. Il reste un match pour que Craig Berube trouve les correctifs à apporter.

Perron était prêt !

Si cette série retourne à Boston, David Perron ne fait certainement pas partie des coupables. Dès sa première présence, l’attaquant québécois a démontré son intensité habituelle des séries – exposant 4 pendant cette finale. Sa combativité lui a permis de provoquer deux pénalités aux Bruins : sa pression en échec avant sur le dégagement dans la foule de Sean Kuraly et son acharnement devant le filet pour faire perdre les pédales à Zdeno Chara. Offensivement, il a dirigé sa part de tirs dangereux vers Tuukka Rask. Même dans les courses pour les dégagements refusés, il avait la pédale au plancher. Perron ne gagnera peut-être pas le Conn-Smythe, mais son apport est crucial aux succès des Blues.

De mauvais augure pour Backes

Les Blues sont costauds et leur mur défensif est particulièrement difficile à pénétrer en raison de la taille des arrières. Dans les circonstances, un attaquant du style et du gabarit de David Backes devrait rendre de précieux services aux Bruins. Mais son manque de vitesse est de plus en plus problématique, si bien qu’hier, Bruce Cassidy l’a de nouveau laissé de côté et lui a préféré Karson Kuhlman, une recrue qui a 11 matchs d’expérience dans la LNH et qui n’avait pas joué depuis le 30 avril. Le pari a souri à l’entraîneur-chef, car Kuhlman a inscrit le but d’assurance en plus d’avoir donné un coup de main le long de la rampe sur le but de Brandon Carlo. Backes, rappelons-le, détient un contrat valide pour deux autres saisons, à une valeur annuelle moyenne de 6 millions de dollars. À ce salaire, s’il est dans les gradins au moment où les Bruins luttent pour leur survie, on voit mal comment il sera encore membre de l’équipe en septembre prochain.

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