Agropur

Des profits en baisse et des bonis suspendus

L’année 2018 a été compliquée pour Agropur sur le plan financier. L’excédent net a chuté de 61 %, à 67,7 millions. Aucun boni ne sera versé à la direction, a indiqué le président sortant du conseil aux producteurs laitiers réunis à l’occasion de la 80e assemblée annuelle, hier à Montréal. Et dans un environnement où les marges sont sous pression, l’organisation se fixe l’objectif ambitieux de réduire ses dépenses de 50 millions en 2019.

Nouveau tour de vis à donner

Agropur veut réduire ses coûts d’exploitation de 50 millions de dollars en 2019 dans le but d’améliorer sa rentabilité.

En 2018, la forte concurrence au Canada a eu pour effet de geler le bénéfice d’exploitation tandis que les bas prix du fromage et de la poudre de lactosérum aux États-Unis ont fait reculer la rentabilité de 31 %. À eux seuls, ces marchés ont coûté au-delà de 100 millions à Agropur.

« [On réalisera des économies de 50 millions par] la revue de nos processus, par les investissements dans nos usines, par l’augmentation de la productivité, a répondu le chef de la direction, Robert Coallier, en conférence de presse à une question sur de possibles suppressions de postes. Notre objectif premier n’est jamais de faire des mises à pied. »

En 2018, Agropur a annoncé la fermeture de son usine de Saint-Damase où travaillaient 110 personnes. La production sera transférée à ses installations de Beauce pour lesquelles le transformateur laitier a reçu une subvention et un prêt sans intérêt du gouvernement Legault.

L’organisation a surpassé son objectif de réduction de coûts de 100 millions pour la période 2016 à 2018.

Pas de boni pour les patrons

L’année 2018 aura été moins payante pour les hauts dirigeants de la coopérative que la précédente. Les 12 membres du comité de direction s’étaient partagé 18 millions en 2017, une année record pour la coopérative laitière. Cette année, avec un recul de 61 % de l’excédent net, la rémunération totale est réduite de moitié, passant de 18,2 à 9,97 millions. La rémunération incitative de court et de long terme est passée de 9,9 millions à 1,4 million. Les déclencheurs donnant droit aux bonis à court terme n’ont pas été activés. Concernant le 1,4 million, il s’agit d’une provision concernant le volet long terme, qui est basé sur l’accroissement de la valeur de la coopérative sur cinq ans. Seule consolation pour les patrons, leur salaire augmente quand même de 5,6 % en moyenne en un an, soit bien plus que l’inflation.

Le président s’en va

Après seulement deux années en poste, le président du conseil René Moreau, producteur laitier de Warwick, part à la retraite. Aucune explication n’a été donnée aux journalistes. Son prédécesseur, Serge Riendeau, était resté 15 ans au poste de président. M. Moreau, qui a plus de 60 ans, est administrateur de la coopérative depuis plus de 21 ans, dont cinq ans comme vice-président et les deux dernières comme président du conseil.

L’endettement s’alourdit

Agropur a accru ses revenus en 2018 grâce notamment à des acquisitions. Cette croissance se fait toutefois à crédit. La dette à long terme s’est accrue de 373 millions en 2018 pour atteindre 1,4 milliard. Quand M. Coallier est devenu le patron d’Agropur en 2012, la coopérative n’avait pratiquement aucune dette de long terme.

La facture d’intérêt est passée de 35,7 millions à 44,6 millions en un an. À ce niveau, le service de la dette correspond à 32 % du profit d’exploitation.

« Cette année et l’an passé, on a fait des investissements majeurs comme les 255 millions US à l’usine Lake Norden du Dakota du Sud, a expliqué M. Coallier aux médias. On est une entreprise qui génère beaucoup de fonds, on s’autofinance bien. On n’aura pas des Lake Norden tous les ans. Les surplus qu’on va produire vont servir à venir baisser notre dette. »

Merci à Donald Trump

La coopérative qui réalise maintenant environ 46 % de ses revenus aux États-Unis a profité de la réforme fiscale du président Donald Trump, qui a réduit rétroactivement au 1er janvier 2018 le taux d’imposition fédéral de 35 % à 21 %. En un an, sa facture fiscale a été réduite de 41,8 millions, augmentant d’autant son excédent net. M. Coallier a indiqué que la plus grande partie des économies d’impôt découlait de la baisse des profits de la division américaine plutôt que de la réforme du président. Il n’a pas donné de proportions plus précises pour l’un ou l’autre de ces facteurs.

Un nouveau Guide à digérer

Agropur aurait souhaité que les produits laitiers demeurent un groupe alimentaire dans le récent Guide alimentaire canadien.

« Nous demeurons optimistes parce que la majorité des Canadiens consomment et aiment les produits laitiers, dit le président d’Agropur, René Moreau. On parle d’environ 96 % des gens qui en consomment tous les jours. »

Agropur n’a toutefois pas encore évalué l’impact des changements apportés au Guide alimentaire sur ses activités.

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