SANTÉ

L’OMS se penche sur le fléau des superbactéries

NEW YORK — L’ère des antibiotiques est-elle terminée ? Des dirigeants du monde entier ont appelé hier gouvernements, médecins, industriels et consommateurs à endiguer la menace mortelle des superbactéries résistantes aux antibiotiques.

« La situation est mauvaise et elle est en train d’empirer » et « certains scientifiques parlent de tsunami au ralenti », a prévenu la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Margaret Chan, à l’ouverture de la première réunion jamais convoquée sur ce sujet à l’Assemblée générale des Nations unies.

« Si on continue comme ça, une banale maladie comme la gonorrhée [maladie sexuellement transmissible] deviendra incurable. Vous irez chez le médecin et le docteur sera obligé de vous dire : “Désolé, je ne peux rien faire pour vous.”

« Les superbactéries hantent déjà les hôpitaux et les unités de soins intensifs du monde entier. Nous connaissons presque tous quelqu’un qui a subi une opération de routine avant de mourir d’une infection contractée à l’hôpital. »

— Margaret Chan, directrice générale de l’OMS

Le problème vient de la surutilisation et de l’utilisation à mauvais escient des antibiotiques chez les humains, mais aussi dans l’élevage (poissons compris) et dans les cultures. La propagation de résidus de ces médicaments par l’entremise des ressources en eau, notamment, contribue à aggraver la situation.

La transmission des infections résistantes aux superbactéries depuis les animaux d’élevage à la viande et aux humains qui la consomment a été largement documentée, a rappelé le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

UNE QUESTION D’ARGENT

« La résistance antimicrobienne pose une menace fondamentale à long terme à la santé humaine, la production durable de nourriture et le développement », a-t-il résumé. « Nous sommes en train de perdre notre capacité à protéger tant les humains que les animaux d’infections mortelles. »

Les infections résistantes aux antibiotiques tuent déjà plus de 230 000 nouveau-nés par an actuellement, selon les estimations de l’ONU. Les superbactéries pourraient tuer jusqu’à 10 millions de personnes par année d’ici 2050, soit autant que le cancer, selon une récente étude britannique.

Parmi les exemples de la progression de ce fléau, Ban Ki-moon a cité pêle-mêle une épidémie de typhoïde résistante aux antibiotiques qui se répand actuellement en Afrique, la résistance croissante aux traitements contre le sida, ou encore la progression d’une forme de tuberculose résistante aux antibiotiques enregistrée désormais dans 105 pays.

Les dirigeants réunis à New York ont adopté une déclaration par laquelle ils s’engagent à renforcer l’encadrement des antibiotiques, à mieux diffuser la connaissance sur ce phénomène, à favoriser la recherche de nouvelles classes d’antibiotiques et à encourager les autres traitements, appelant les gouvernements du monde entier à adopter rapidement des plans d’action nationaux.

Ils appellent aussi à mobiliser des fonds publics et privés – sans préciser comment ni combien – alors que le problème est aussi économique.

Ainsi, en 50 ans, « seules deux nouvelles classes d’antibiotiques sont apparues sur les marchés », car le retour sur investissement pour ce type de médicaments est insuffisant pour les laboratoires, a indiqué Mme Chan.

L’utilisation massive d’antibiotiques dans l’élevage est aussi une question d’argent. Les antibiotiques qui favorisent la croissance, encore utilisés dans de nombreux pays, permettent des gains de productivité.

Enfin, les consommateurs ont un rôle important à jouer, selon l’OMS. « Ils doivent cesser de demander des antibiotiques en cas d’infections virales comme le rhume ou la grippe », parce que cela ne sert à rien, a martelé Mme Chan.

Ils peuvent aussi faire pression sur l’industrie alimentaire et les restaurants en « faisant de la viande sans antibiotiques leur premier choix », a-t-elle ajouté.

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