Opinion Sociétés publiques canadiennes

Quel est le prix à payer pour atteindre la parité ?

Sommes-nous bien en 2018 ? La situation de la femme canadienne est pour certaines enviable et avancée. Toutefois, pour bien d’autres, nous sommes en retard.

Le nombre de femmes aux conseils d’administration des sociétés de la Couronne canadienne n’est pas paritaire, malgré le fait que ce sont des nominations du bureau de l’exécutif. En fait, la parité est loin d’être en place lorsqu’il est question des conseils d’administration des sociétés publiques canadiennes, ces dernières étant toutefois soumises à des obligations quant à la représentation féminine, selon le Règlement 58-101 avec ses critères bien délimités(1)

Pour les sociétés privées, il n’y a aucune obligation, alors la présence féminine est encore moindre. À cette réalité s’ajoute le fait que, selon les secteurs d’activité de certaines entreprises cotées en Bourse, la présence féminine est réduite au minimum. Quelle déception ! 

Notre gouvernement canadien se dit féministe, mais ce dernier n’a instauré aucune mesure concrète pour pallier ces inégalités dans les entreprises. Les gouvernements européens islandais et norvégien, entre autres, ont pourtant adopté des mesures claires pour intégrer les femmes au cœur des centres de décision des entreprises. En 2003, la Norvège a instauré des mesures pour féminiser les conseils dans un délai de quatre ans et le même processus a été mis en place en 2011 pour la France avec la loi Copé-Zimmermann avec un délai de 7 ans(2)

Les gouvernements européens ont pris le taureau par les cornes avec des lois et des règlements afin de s’assurer une représentativité équilibrée aux conseils d’administration.

Il est temps que le gouvernement canadien agisse et instaure des mesures correctrices. Inutile de clamer que nous sommes avant-gardistes, que nous sommes féministes et que nous avons un Conseil des ministres paritaire sans en faire la démonstration.

Il faut des mesures claires qui visent à ce que toutes les entreprises canadiennes aient des femmes dans leur conseil d’administration.

La parité au conseil des ministres a été atteinte en 2007 avec le gouvernement Charest au Québec. Des mesures gouvernementales avaient aussi assuré une meilleure représentation des femmes aux conseils et dans les postes de direction des entreprises québécoises. En 2016, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la Loi sur la gouvernance des entreprises d’État, afin de s’assurer que toutes ses organisations, telle la Caisse de dépôt et placement, prennent des mesures pour la parité. La féminisation des conseils est un levier important de changement des représentations sur les femmes. Il est évident qu’il y a une résistance aux changements dans les postes de haute direction, mais on ne peut continuer de priver la société canadienne de personnes talentueuses.

Plusieurs études démontrent que la performance des entreprises a été améliorée grâce à l’intégration des femmes dans des postes de direction ou aux conseils d’administration. Les compétences, les expériences et les perspectives des femmes enrichissent les discussions et les débats au sein d’un conseil d’administration. En somme, la mixité dans la gouvernance des entreprises favorise la croissance.

Est-ce que la société canadienne peut se priver de ces talents ? Certainement pas. Le marché économique ayant grandement besoin de travailleurs, il faut s’assurer d’intégrer tous les actifs.

Comment s’y prendre ? Il faut planifier et structurer des mesures gouvernementales afin de s’assurer que les entreprises puissent graduellement obtenir des conseils d’administration paritaires. Il faut que tous les conseils de société d’État soient paritaires. De plus, il faut adopter un système de parité dans toutes les sociétés et organisations privées et publiques en imposant une échéance de cinq ans aux sociétés pour adopter de telles mesures, en plus d'établir le dévoilement obligatoire des moyens adoptés par les organisations afin d’obtenir la parité. De plus, il faut veiller à ce que les sociétés non conformes se voient imposer des pénalités si le pourcentage adopté de femmes n’est pas atteint dans le délai prévu.

Hors de question de faire l’autruche ou d'adopter une attitude de laisser-faire, c’est inacceptable. Ignorer les demandes et les cris d’alarme des groupes de femmes, des universitaires, est ridicule. Nous voulons la croissance de l’économie du Canada, nous devons faire la promotion de l’intégration, de la diversité et de la parité. Le gouvernement doit jouer son rôle de leader dans l’intégration des femmes et la promotion des femmes à l’international, mais aussi ici, dans nos propres organisations gouvernementales, publiques et privées.

Monsieur le premier ministre Trudeau, on compte sur vous pour défoncer le plafond de verre ! 

(1) Avis multilatéral 58-309 du personnel des ACVM Examen du personnel sur les femmes aux postes d’administrateurs et de membres de la haute direction – Conformité au Règlement 58-101 sur l’information concernant les pratiques en matière de gouvernance, 2017-10-05 

(2) La féminisation des conseils d’administration des grandes entreprises en France : au-delà des apparences

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