La pédiatre répond

Quelle mouche t’a piqué ?

Fête des Pères, c’est le traditionnel rassemblement familial au chalet. Le soleil et la chaleur sont – enfin – au rendez-vous. Votre Valérie, 7 ans, court avec ses cousins dans les sentiers boisés, et Grand-Papa regarde la scène avec fierté. Bien sûr, la première couvée de moustiques tout frais s’est aussi mêlée aux festivités. 

Au moment de s’installer autour des braises pour y faire griller les guimauves, vous remarquez un gonflement plutôt inhabituel de l’oreille droite de votre grande fille. Grand-Papa s’inquiète : « Elle s’est fait piquer. Elle est allergique. Elle va gonfler comme un ballon… » N’imaginez pas tout de suite l’évacuation en hélicoptère : impressionnante, cette réaction bien souvent inflammatoire – et non allergique – représente peu de risque pour votre coureuse des bois.

Les piqûres d’insectes sont des incontournables de l’été. En général, nos amis piqueurs laissent derrière eux une petite protubérance rosée, donnant lieu à une désagréable sensation de prurit, à laquelle les petits ongles coupants de Valérie répondent sans retenue.

Parfois, une piqûre de calibre raisonnable à l’origine peut rapidement prendre des proportions surprenantes, surtout lorsque la peau touchée est fine et souple, comme une paupière ou un lobe d’oreille par exemple. Cependant, ce gonflement spectaculaire est, dans la très grande majorité des cas, complètement inoffensif. Il résulte d’une inflammation s’installant rapidement dans les tissus entourant la morsure. Paradoxalement, Valérie ne ressent aucune douleur lorsque vous palpez la zone atteinte, ne présente aucune détresse et n’a qu’une seule envie : retourner autour du feu reprendre possession au plus vite de son bâton à guimauves, chipé par son frère.

C’est bien beau, mais que faire avec son oreille de Mickey Mouse ?

Vous pouvez appliquer des compresses d’eau froide, qui diminuent le gonflement. L’administration d’un antihistaminique, du type Benadryl, peut également limiter la taille de l’oreille en chou-fleur ; par contre, attendez-vous à ce qu’il amortisse un peu votre princesse.

On évite le grattage trop énergique en lui coupant les ongles.

Lotion du type « After Bite », calamine et compagnie n’ont malheureusement rien de miraculeux.

Si vous avez en votre possession un corticostéroïde en onguent ou en crème, il peut efficacement limiter la réaction inflammatoire. Discutez-en avec votre pharmacien, il vous conseillera sur la posologie à respecter.

Une véritable allergie, beaucoup plus rare, doit être suspectée si un ou plusieurs des signes suivants apparaissent : 

– Valérie devient subitement très gonflée au niveau de son visage, de son cou, des lèvres ou des yeux et cela semble progresser.

– Elle se plaint de démangeaisons particulièrement intenses.

– Des plaques d’urticaire apparaissent rapidement sur son corps.

– Son cœur bat très rapidement.

– Elle semble avoir des difficultés à respirer, s’étouffe et tousse, ou a du mal à avaler et à parler.

– Elle est soudainement très pâle, a les mains froides et moites.

– Elle perd connaissance.

C’est alors une urgence : appelez 9-1-1 et administrez-lui immédiatement une seringue d’épinéphrine de type EpiPen si vous en possédez une. Les insectes susceptibles de provoquer une véritable réaction allergique sont les abeilles, les guêpes et les autres insectes faisant aussi partie de la grande famille des hyménoptères. Très rarement, les fameuses mouches noires et les mouches à chevreuil engendrent de telles réactions systémiques.

Tout compte fait, il vaut mieux rester dans le béton rassurant de la grande ville et le monoxyde de carbone. Blague ! On se protège : les insectifuges à base de DEET sont efficaces, mais respectez tout de même certaines précautions. Voici ce que nous recommande la Société canadienne de pédiatrie à ce propos : 

– Pas d’insectifuges contenant du DEET avant l’âge de 6 mois. On leur préfère les manches longues, le pantalon et le filet qui couvre la poussette ou le parc de bébé.

– De 6 mois à 2 ans : utilisez un insectifuge avec une concentration maximale de 10 % de DEET, une seule fois par jour.

– De 2 à 12 ans : même concentration maximale de 10 % de DEET, mais jusqu’à trois fois par jour.

– Après l’âge de 12 ans : vous pouvez utiliser un insectifuge avec une concentration maximale de 30 % de DEET.

Il s’avère toujours plus prudent d’appliquer vous-même la « potion chasse-bibitte » chez vos enfants de moins de 10 ans. Évitez d’en mettre sur les mains des petits… qui vont immanquablement vers la bouche et les yeux. Nos poissons friands de baignades doivent être rebadigeonnés à leur sortie de l’eau. Truc de la mère en moi : je vaporisais les vêtements de mes filles à l’extérieur, avant qu’elles ne les enfilent, et complétais ensuite en protégeant d’insectifuge la peau qui « dépassait ».

Sur ces mots, je vous souhaite de vous laisser piquer par les plaisirs de l’été et je vous retrouve avec plaisir à la rentrée scolaire !

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