offensive contre la ville de hodeida

L’ONU redoute une catastrophe humanitaire

Une offensive des forces soutenues par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis contre une ville portuaire stratégique pourrait entraîner un bain de sang et aggraver la crise humanitaire qui frappe déjà le Yémen.

La coordonnatrice humanitaire des Nations unies pour le pays, Lisa Grande, a prévenu au cours des derniers jours qu’il pourrait y avoir jusqu’à 250 000 morts en cas d’attaque contre Hodeida, la ville par laquelle passe 80 % de l’aide acheminée à la population.

Ses appels à la retenue n’ont apparemment pas convaincu la coalition dirigée par Riyad, qui espère chasser les rebelles houthis ayant pris le contrôle de la ville en 2014.

La Grande-Bretagne a averti les organisations humanitaires présentes à Hodeida que les Émirats arabes unis avaient donné trois jours aux Nations unies et aux organismes partenaires pour se retirer avant que les combats ne commencent.

L’Agence France-Presse a signalé hier que l’organisation internationale avait entrepris de retirer son personnel avant l’échéance, qui tombe aujourd’hui.

« Ça montre bien que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis n’ont aucune intention d’arrêter la guerre. Ils continuent d’avancer tête baissée », relève Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l’Université d’Ottawa.

La bataille, si elle se concrétise, promet d’être longue puisque les rebelles houthis ont eu le temps de consolider leurs positions dans la ville et résisteront fermement, dit-il.

« Ça va mener à des combats urbains très violents avec des affrontements rue par rue. »

— Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient

La perspective d’affrontements durables, et la destruction potentielle d’infrastructures portuaires qui pourrait en découler, inquiètent les organisations humanitaires en l’absence de solutions de remplacement viables pour acheminer l’aide.

L’instabilité entourant la ville, qui fait l’objet d’un blocus maritime de la part de la coalition, a déjà pour effet de limiter l’entrée des denrées, relève M. Juneau.

Trois ans d’offensive

Les forces soutenues par l’Arabie saoudite mènent depuis plus de trois ans une offensive musclée dans le pays pour tenter de reprendre le contrôle du territoire passé sous le contrôle des rebelles houthis, qui comprend la capitale, Saana. Ils souhaitent remettre en selle le gouvernement déchu d’Abd Rabbo Mansour Hadi.

Les combats ont déjà fait plus de 10 000 victimes et forcé le déplacement de millions de personnes. Plus des deux tiers de la population du pays dépendent aujourd’hui de l’aide étrangère.

L’offensive contre Hodeida doit permettre notamment, selon la coalition saoudienne, d’empêcher l’envoi aux houthis d’armes fournies par l’Iran.

Thomas Juneau pense qu’il est peu probable que ce flux d’armes soit très important à travers le port en raison du blocus en place.

Le spécialiste note par ailleurs que la chute éventuelle d’Hodeida a peu de chances de changer la donne du conflit sur le plan militaire.

« L’idée qu’ils vont vaincre les houthis militairement est inconcevable. Les lignes de front n’ont quasiment pas bougé en trois ans et demi de conflit malgré l’importance des ressources investies », note-t-il.

Le gouvernement américain, qui soutient la coalition saoudienne, a déclaré qu’il suivait de près la situation dans la ville portuaire. Sans condamner l’offensive annoncée, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, a prévenu hier qu’il était important de préserver la « libre circulation de l’aide humanitaire » à travers le port.

L’International Crisis Group a indiqué pour sa part que l’administration américaine devrait s’opposer à l’attaque de manière à favoriser la recherche d’une solution négociée.

La possibilité de placer la ville sous contrôle des Nations unies a été évoquée par un envoyé spécial de l’organisation internationale, mais les pourparlers n’ont pas abouti et risquent d’être définitivement interrompus par les combats.

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